Blog de Cheikh Yerim Seck

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Non, Bamba Fall, vous n’avez pas le droit

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Non, Bamba Fall, vous ne deviez pas user des obsèques de votre oncle comme d’une tribune pour orchestrer votre transhumance vers les prairies présidentielles. Les hommes politiques de ce pays ne reculent certes devant rien pour dérouler leurs mises en scène politiciennes. Ils n’hésitent pas même à violer le tabou de la mort et à profaner sa sacralité. Vous êtes, toutefois, allé trop loin dans la scénarisation.

Non, Bamba Fall, vous n’avez pas le droit d’abandonner Khalifa Sall dans l’épreuve, alors que vous êtes soupçonné d’être parmi ceux qui lui ont causé ses ennuis en l’entraînant dans une rupture frontale brutale d’avec Macky Sall et Ousmane Tanor Dieng. Ce cynisme politicien bien de chez nous pousse certes à lâcher les perdants pour se rapprocher des vainqueurs. Mais ce n’est pas cela la vie.

Non, Bamba Fall, vous n’avez pas le droit de rejoindre Macky Sall avec armes et bagages après avoir été, ces dernières années, l’un de ses plus virulents pourfendeurs. Les politiciens professionnels nous ont certes habitués à manger leur vomi. Mais toute chose a une milite, y compris l’affairisme politicien.

Non, Bamba Fall, vous ne pouvez pas, après avoir été soupçonné d’être l’instigateur de l’attaque contre la Maison du Parti socialiste, ce qui vous a d’ailleurs valu un séjour en prison, rejoindre de facto la tendance Ousmane Tanor Dieng qui vous avait fait poursuivre. Notre classe politique ne fixe certes aucune limite morale à ses ambitions. L’éthique n’en constitue pas moins la garante de la dignité de l’action humaine.

Non, Bamba Fall, la politique ne se résume pas à une stratégie personnelle pour accéder au pouvoir et à la richesse. Nos politiciens sont certes capables de tout pour préserver leurs postes et privilèges. N’empêche, la politique dans le bon sens du terme reste la voie royale pour changer les mentalités et les conditions de vie des citoyens.

Non, Bamba Fall, vous n’avez pas le droit de trahir la mission de votre génération qui consiste à tirer un trait sur les pratiques clientélistes du passé. Nos politiciens n’ont certes aucun sens de leur mandat historique. Mais toute action sans perspective historique est pure vulgarité.

Non, Bamba Fall, vous n’avez pas le droit de brader votre pôle-position parmi les hommes politiques de la nouvelle génération. Vous êtes bien malgré vous l’une des jeunes pousses prometteuses. L’argent et les postes sont certes plus importants que les postures aux yeux de militants clientélistes. Mais ils ne sauraient être les seuls moteurs.

Non, Bamba Fall, vous n’avez pas le droit de critiquer vos bientôt ex-camarades pour justifier votre projet de transhumance. Les transhumants ont certes un besoin de se justifier, de trouver des boucs-émissaire, tant leur conduite est immorale. Mais c’est indécent d’accuser de rage ceux qu’on quitte pour se donner bonne conscience au moment du départ.

Non, Bamba Fall, le pouvoir et l’argent ne sont pas les seuls objectifs en politique. Sous nos cieux, ils constituent certes les seules finalités de l’action militante. Cela doit toutefois changer, pour laisser place aux convictions qui, seules, donnent du sens à l’engagement en politique.

Cheikh Yérim Seck



L’amour existe-t-il encore aujourd’hui ?

YERIMPOST.COM Certaines périodes de l’histoire ont été marquées par le sentiment, le coeur, l’amour… Le 19ème a été le siècle du romantisme. Mouvement intellectuel et culturel, le romantisme « s’exprime dans la littérature, la peinture, la sculpture, la musique, la politique et la danse. Il se caractérise par une volonté de l’artiste d’explorer toutes les possibilités de l’art afin d’exprimer ses états d’âme : il est ainsi une réaction du sentiment contre la raison, exaltant le mystère et le fantastique et cherchant l’évasion et le ravissement dans le rêve, le morbide et le sublime, l’exotisme et le passé. Idéal ou cauchemar d’une sensibilité passionnée et mélancolique. Ses valeurs esthétiques et morales, ses idées et thématiques nouvelles ne tardèrent pas à influencer d’autres domaines, en particulier la peinture et la musique. » L’époque romantique est celle où on savait aimer, dire des poèmes pour l’exprimer à l’être aimé.

Au 20ème siècle, avec l’explosion de la science et le triomphe de la rationalité, la raison a pris le dessus sur le sentiment. Au gré de l’explosion démographique, de la raréfaction des ressources, et de l’installation d’une crise qui ne cesse de s’intensifier, les hommes et les femmes ont commencé à avoir les pieds sur terre. La réalité a peu à peu supplanté le rêve. L’expansion du capitalisme, c’est-à-dire la compétition pour accéder aux ressources afin de survivre, a re-formaté les esprits, transformé l’inter-relation humaine et modifié substantiellement le rapport homme-femme.

Une expression dans l’air du temps a fait son irruption pour traduire une réalité cruelle: «On ne peut vivre d’amour et d’eau fraîche.» Le sens de ce proverbe dépend tout particulièrement de la signification que l’on attribue à l’amour. Ordinairement, il est adressé aux nouveaux amoureux, à ceux qui pensent que, puisqu’ils s’aiment, il ne pourra rien leur arriver. Dans ce sentiment très fusionnel des débuts d’une relation amoureuse, on croit volontiers que le monde vous appartient et que tout est possible. Or, le réel résiste bien souvent à la toute puissance de l’imaginaire. Les amis, les parents, le conjoint parfois, ayant l’impression que tel ou telle se trouve déconnecté du réel, peuvent alors renvoyer cette expression de sagesse pour rappeler le poids et les exigences de la vie.

Plus on vit, plus la réalité prouve que l’amour est passé de mode. Si les êtres humains continuent d’avoir un coeur, ils laissent une plus grande place à leur cerveau dans leurs choix amoureux.

Cheikh Yérim Seck

Pour notre dignité nationale, l’Etat doit ramener Lamine Diack au Sénégal

YERIMPOST.COM Lamine Diack a 85 ans. Il a atteint l’âge canonique, celui auquel, selon les Ecritures, même Dieu est indulgent à son égard. Pourtant, il vit depuis plus de deux ans et demi dans une prison dorée à Paris, assignée à résidence par une interdiction de sortie du territoire. En cause, des malversations qui lui sont reprochées et qu’il est soupçonné d’avoir commises avec la complicité de son fils, Massata Diack, dans le cadre de ses fonctions de président de l’Association internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF).

Si nul ne saurait revendiquer l’impunité ni l’exemption de reddition de comptes au profit d’un responsable de ce niveau, on peut s’interroger sur la brutale sévérité avec laquelle ce Sénégalais de premier plan dans le mouvement sportif mondial a été traité par la justice française. Alors qu’il présidait l’UEFA, le Français Michel Platini a été accusé d’être impliqué dans des malversations portant sur des montants plus importants que ceux reprochés à Lamine Diack. Pourtant, il continue à disposer d’une liberté d’aller et venir. Le Suisse Sepp Blatter a été et reste poursuivi pour de gros scandales de corruption. Il n’en sillonne pas moins le monde avec un passeport diplomatique.

La question est brutale mais est légitime à poser: Est-ce la différence de la couleur de peau qui explique cette inégalité de traitement ?  Ou est-ce la place dans le monde du pays d’origine du responsable qui détermine les mesures judiciaires à lui infligées ?

L’argument brandi par le juge d’instruction français repose sur le postulat que M. Diack peut se soustraire définitivement à la justice s’il est autorisé à quitter le territoire français. Le calcul secret du magistrat instructeur consiste, pour contraindre à se présenter le trop convoqué Massata Diack, vers qui convergent des indices graves et concordants, à garder son père. Comme si la prise d’otage, en clair la rétention d’un être humain en gage, est reconnue par le Code de procédure pénal français.

Face à la violation des droits de Lamine Diack, à qui a été de facto ôté son droit à la présomption d’innocence, l’Etat du Sénégal est resté scandaleusement silencieux. Et démesurément impuissant devant le sort de celui qui fut athlète international, champion de saut en longueur, maire de Dakar, footballeur puis entraîneur de foot, directeur technique national, président du comité national olympique, président de l’organisation qui gère l’athlétisme mondial… Tout pays occidental dont il serait le ressortissant aurait pesé de tout son poids pour lui restituer sa liberté de mouvement et le ramener à la maison.

L’une des plus fortes légitimités d’un Etat, c’est de protéger ses ressortissants à l’étranger. La France est allée à cet égard jusqu’à arracher certains de ses citoyens trafiquants de drogue à la justice colombienne pour, officiellement, les juger en France. Pour secourir un seul Américain brimé quelque part dans le monde, les Etats-Unis sont capables d’entrer en guerre.

Quel que soit ce que l’on reproche à Lamine Diack, l’Etat du Sénégal doit se battre pour le faire revenir au bercail. C’est une question d’orgueil national et de souveraineté internationale. Mais également d’image. Un de ses fils arrivé au sommet de l’athlétisme mondial ne peut être indéfiniment traîné dans la boue sans que la perception de notre pays par le reste du monde s’en ressente. Pour mettre fin à cette spirale qui, chaque jour davantage, l’enfonce dans la honte, le Sénégal doit emprunter tous les canaux diplomatiques et judiciaires susceptibles de ramener Lamine Diack dans notre capitale dont il fut le maire.

Cheikh Yérim Seck

Youssou Ndour, merci !!!

YERIMPOST.COM Quand ta voix de miel a déchiré la salle des congrès du Centre international de conférences Abdou Diouf, et résonné aux quatre coins du monde par le miracle des ondes, tous ou presque ont eu la chair de poule. La beauté de cette voix et la force du texte chanté ont donné un retentissement particulier à la Conférence internationale sur le financement du Partenariat mondial pour l’éducation.

Le co-président de la rencontre, Emmanuel Macron, n’a pu contenir son émotion. Rihanna, la star mondiale de la musique, n’a pu cacher ton effet qui s’échappait de la lueur de ses yeux.

Les télévisions internationales, qui ont zoomé sur le Sénégal tout au long de la journée historique du 2 février 2018, ont passé en boucle ta prestation comme le clou de cet événement mondial.

Devant une dizaine de chefs d’Etat et les directeurs des plus importantes organisations internationales, devant cinquante-cinq délégations de pays de tous les continents et sous l’œil des caméras et appareils-photo du monde entier, tu as appelé à l’unité africaine, magnifié l’Afrique, honoré nos illustres héros Cheikh Anta Diop, Nkwame Nkrumah, Steve Biko, Nelson Mandela…




La standing ovation qui s’est ensuivie est le signe qu’à travers cette assistance pluri-continentale, tu as touché le monde entier au cœur.

Comme lors de l’ouverture du sommet de la Francophonie, le 29 novembre 2014, tu as répondu présent à cette nouvelle occasion où le Sénégal recevait la planète. Tu es l’un des charmes les plus étincelants, l’une des beautés les plus attrayantes, l’un des trésors les plus précieux de ce pays… Tu es le produit-phare qui brande la marque Sénégal.

Tu es sinon le plus grand, du moins le plus influent ambassadeur du Sénégal. Barack Obama t’avait longuement retenu la main. Emmanuel Macron t’a familièrement tapoté le dos. Tu es l’incarnation de ce que ce pays a de plus méritant. Tu es l’icône de l’ingéniosité de notre nation, le symbole du génie créateur de notre peuple.

En chanson, tu as montré la voie de la réussite par le travail à des générations de Sénégalais. Par ton audace, tu as brisé le plafond de verre qui cantonne les Africains pour t’imposer sur les plus grandes scènes du monde. Avec ton nom, tu as inscrit notre pays au palmarès des plus prestigieuses distinctions musicales de la planète. Et donné l’illustration que tout est possible à force de détermination. Tu es un exemple absolu.

Le Sénégal t’a tout donné mais te doit beaucoup. Nul ne peut te rétribuer à la hauteur de ce que, en termes d’éclat, tu as offert à notre pays ce 2 février. A défaut d’un autre mot doté d’une plus grande profondeur sémantique, le Sénégal te dit MERCI.

Cheikh Yérim Seck

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