Blog de Cheikh Yerim Seck

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ABC candidat à la présidentielle ? Lui-même répond sans langue de bois

YERIMPOST.COM Tout est clair maintenant ! La rupture est définitivement consommée entre Alioune Badara Cissé et l’Alliance pour la République. Ce constat vient de lui-même qui, en répondant aux questions de nos confrères de l’Observateur, s’est laissé aller dans son style sans langue de bois qu’on lui connait. Interrogé sur sa possible candidature à la présidentielle, ABC ne voit pas d’obstacle qui l’empêche de postuler. « Je suis citoyen sénégalais, j’ai plus de 35 ans, je sais lire et écrire le français… J’ai les mêmes droits que Macky Sall, Ousmane Sonko, Idrissa Seck… », a répondu le médiateur de la République.Aavant de poursuivre: « Je ne suis d’aucun bord ! Je suis médiateur, je n’appartiens à aucun parti politique, mais je suis un homme politique ! J’ai cessé de chercher un bord. Je dois en trouver un qui ne sera nul autre que celui que je me serais tracé moi-même. Je prépare mon avenir même si c’est trop dire à 60 ans. Mais j’en ai un ! »

A souligner qu’Alioune Badara Cissé était en France où il participait à un atelier du Collectif des associations des Sénégalais résidant à Lyon. Pour revenir sur sa candidature à la présidentielle de février, ABC a préféré maintenir le suspens: « Si je devais être candidat, ce n’est sûrement pas à Lyon que je vais faire ma déclaration… »



Cheikh Bamba Dièye, on ne vous reconnaît plus !

YERIMPOST.COM A vue d’oeil, le leader du FSD/BJ mute d’un dirigeant politique sage et pondéré à un trublion amer et excessif. Sa récente sortie contre Macky Sall et les magistrats, au cours du meeting du weekend dernier de Khalifa Président, est illustratif de la mue du personnage.

Des quolibets de toutes sortes (association de malfaiteurs, corrompus, bandits…), inhabituels dans son langage d’ordinaire si modéré, sont sortis de sa bouche.

La vie politique est certes violente. Cheikh Bamba Dièye doit l’avoir éprouvé avec sa défenestration du gouvernement et son éjection du siège de maire de Saint-Louis au profit de Mansour Faye. Mais ainsi tourne la roue du pouvoir… Le fils de Cheikh Abdoulaye Dièye, biberonné à la politique, qui a hérité du parti de son père avant de devenir l’un des plus jeunes candidats à une présidentielle du Sénégal indépendant, sait mieux que quiconque que, comme a dit Winston Churchill, il faut élever un chien et non faire la politique pour bénéficier de la loyauté.

Cheikh Bamba Dièye doit donc avoir suffisamment durci le cuir pour ne pas laisser les vicissitudes de la vie politique lui voler son âme. Cette belle pépite de la vie politique sénégalaise, qui a un passé et peut avoir un avenir, doit se ressaisir et revenir au style modéré mais efficace qu’on lui connaît. L’insulte le rend méconnaissable.

Cheikh Bamba Dièye a une capacité d’analyse avérée, un niveau intellectuel au-dessus de la moyenne dans le milieu politique sénégalais, une éloquence remarquable et remarquée… La politique de chez nous a certes besoin d’insulteurs. Mais pas de lui dans ce registre. Il y en a suffisamment qui ne savent faire que ça et qui excellent dans le rôle.

Le style de gouvernance de Macky Sall n’est pas tendre avec ses adversaires politiques. Le locataire du Palais depuis 2012 est un vrai posé mais un faux faible. Il a une main de fer dans un gant de velours. Il a le poignet dur sur ses opposants qui peut les pousser à la révolte. Voire à la faute. Tel est le piège à éviter !

Redevenez vous-même, Cheikh Bamba Dièye. On ne vous reconnaît plus !




Cheikh Yérim Seck

La destruction du Mali, une menace existentielle pour le Sénégal

YERIMPOST.COM Au cours du débat de l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2010, en Côte d’Ivoire, le candidat Alassane Ouattara avait lancé une prévision passée presque inaperçue. Il avait prédit que, avant 50 ans, nombre d’Etats africains allaient disparaître. Nous sommes en plein là-dedans, pour parler vulgairement.

Après la Somalie, le Soudan du Sud, la Centrafrique, la Guinée Bissau, voici que le spectre touche un Etat où on croyait la démocratie, la stabilité et le développement irréversibles: le Mali.

Dans ce pays sahélien vaste comme cinq fois la France métropolitaine, aussi grand que le Ghana, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Sénégal, le Bénin et le Togo réunis, ce qui s’est passé hier 29 juillet, à l’occasion de ce qui devait être le premier tour de l’élection présidentielle, est le signe de la destruction d’un Etat-multiséculaire qui remonte à l’Empire du Mali.

Bureaux de vote saccagés, attaques armées, assesseurs molestés, matériel électoral brûlé, localités embrasées… Ce pays, dont les parties nord et centre sont occupées par des bandes armées qui y sèment mort et chaos, n’est plus que l’ombre de lui-même. En dépit de la présence massive de forces internationales d’interposition et de maintien de la paix, l’Etat central ne contrôle plus rien ou presque. Il oscille la maladie grave et la mort clinique.

Le Mali est entrain d’être détruit au nez et à la barbe de la communauté internationale.

Si les djihadistes qui y sévissent prennent ce qui reste du pouvoir, le Sénégal partagera la moitié de sa frontière orientale avec une force sans foi ni loi mue par l’obsession d’accéder à l’océan. En clair, d’annexer le territoire sénégalais pour atteindre l’Atlantique.

Si le semblant d’Etat central résiste vaille que vaille sans rien contrôler, nous sommes à la portée des trafics en tous genres menés dans le très étendu no man’s land malien: armes, drogues, ressources naturelles, êtres humains… Etre dans le voisinage immédiat d’un pays où circulent autant d’armes entre les mains de djihadistes et de rebelles pose un sérieux défi sécuritaire au Sénégal. D’autant que, si le Mali tombe totalement, il n’y aura plus de tampon entre la bande sahélienne de tous les dangers et notre pays.

Si, à l’issue de cette élection chaotique, la situation dégénère au point de bouter les Maliens hors du Mali, ils ne partiront pas en Côte d’Ivoire encore incertaine, ni au Niger autant menacé que leur pays, encore moins en Guinée où l’économie et la monnaie ne leur offrent aucune perspective de bien-être. Ils viendront en grande partie au Sénégal. Or, celui-ci ne peut pas accueillir certains flux sans courir le risque de tomber dans une grave crise humanitaire et économique.

Dans tous les cas de figure, le Sénégal tousse lorsque le Mali s’enrhume. Nul doute que nos autorités exercent une vigilance stratégique sur ce pays voisin, ami et frère. Il ne peut pas en être autrement. La destruction du Mali constitue une menace existentielle pour le Sénégal.

Cheikh Yérim Seck




Cette promesse d’Abdoulaye Wade à Hadjibou Soumaré va casser ce qui reste du Pds

YERIMPOST.COM A défaut de susciter la candidature de Cheikh Hadjibou Soumaré, Abdoulaye Wade l’a vivement encouragée. Ou même plus. Il a laissé entendre à celui qu’il nomma Premier ministre qu’il allait l’adouber comme candidat du Parti démocratique sénégalais (Pds), sa formation politique.

Ce gentlemen agreement a été conclu avec la bénédiction d’un chef d’Etat ouest-africain en exercice. Depuis que le très politique Abdoulaye Wade a compris, après moult menaces et tentatives de négociation restées vaines, que la candidature de Karim Wade à la présidentielle allait être déclarée irrecevable, il ne cesse de chercher une alternative. Mais partout, sauf parmi les responsables restés fidèles à son parti.

De la même façon qu’il avait surplombé ces derniers pour adouber son propre fils comme candidat, « la seule constante » du Pds s’est tournée vers un ancien collaborateur resté longtemps, à la tête de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), à l’écart de la vie politique du pays. Ce choix, qui a toutes les allures d’une option du désespoir, traduit le vide sidéral que ressent Wade dans les rangs de ce qui reste de son parti.

A ses yeux, Oumar Sarr, le coordonnateur du Pds, Madické Niang, le président du groupe parlementaire du parti à l’Assemblée nationale, et tutti quanti sont du menu fretin et ne peuvent être élevés à la dignité de candidat à la présidentielle.

Abdoulaye Wade ne s’est pas arrêté là dans l’outrance. Sûrement saisi d’un doute à propos des chances de victoire du très peu populaire Cheikh Hadjibou Soumaré, il a continué à chercher… Et pensé à… Boubacar Camara, un novice en politique quasi-inconnu en dehors du très fermé microcosme dakarois.

Tel un enfant à une distribution de cadeaux dans la fratrie, Abdoulaye Wade veut tout, sauf ce qu’il a. Il peut adouber tous les candidats, sauf ceux qui sont devenus banals à ses yeux à force de rester dans son champ de vision. « La seule constante » tarde à se rendre compte qu’elle l’est moins depuis qu’elle ne peut plus distribuer de privilèges liés à la position de pouvoir. S’il persiste dans cette lubie Cheikh Hadjibou Soumaré, il va casser ce qui reste du Pds.




Cheikh Yérim Seck

Visite de Xi Jinping à Dakar, succès du leadership diplomatique de Macky Sall

YERIMPOST.COM Ce samedi 21 juillet, peu après 15h, l’avion de Xi Jinping a foulé la piste de l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar. Arrivé en compagnie de son épouse, pour une visite d’Etat, le numéro un chinois a été accueilli à sa descente par le couple présidentiel sénégalais.

Notre pays est la première étape d’une tournée africaine qui mènera Xi au Rwanda et à Maurice, l’étape d’Afrique du Sud étant imposée par sa participation au sommet des pays émergents, les Brics. Les Etats choisis pour cette tournée, réputés pour leurs progrès dans la gouvernance politique et économique, reflètent, par l’effet de comparaison, le rayonnement du Sénégal aux yeux de l’hyper-puissance chinoise.

Dakar est en quelque sorte un passage obligé des leaders des plus grandes puissances mondiales, d’Obama à Macron, en passant par Xi et bien d’autres rois et têtes couronnées d’Europe et d’Asie. Macky Sall, dont la présence aux sommets du G8 s’est imposée depuis son arrivée au pouvoir, en mars 2012, a inscrit notre pays au banquet des grandes puissances qui scellent le destin du monde. Et il est l’un des premiers présidents africains que le nouveau locataire de la Maison Blanche, Donald Trump, va recevoir.

Dans ce style qui est le sien, discret mais efficace, et qui tranche d’avec celui tonitruant de son prédécesseur, Abdoulaye Wade, l’actuel numéro un sénégalais a réussi à imposer un leadership diplomatique fort en Afrique et dans le monde. Son humilité et sa courtoisie y sont pour quelque chose, après douze ans au cours desquels le pedigree professoral et le ton donneur de leçons de Wade avaient fini d’agacer nombre de ses pairs d’Afrique et d’ailleurs.

La Chine, convoitée par tous les pays en développement, du fait de la diligence de ses concours financiers, va injecter 1 milliard de dollars dans l’économie sénégalaise. A l’ère contemporaine, la diplomatie, c’est aussi et surtout la conduite des relations internationales dans le souci de sauvegarde des intérêts économiques. Au niveau de la symbolique comme à celui des répercussions concrètes, la visite de Xi Jinping à Dakar est un succès du leadership diplomatique de Macky Sall.




Cheikh Yérim Seck

Modou Diagne Fada rejoint une sphère présidentielle où tous le détestent

YERIMPOST.COM Pépite de la jeunesse politique du Sénégal, porte-étendard de la relève au lendemain de la première alternance, en 2000, Modou Diagne Fada s’est mué en un politicien froid qui pose des actes suivant une seule boussole: ses intérêts propres. La vitesse supersonique à laquelle il a créé une coalition avec Abdoulaye Baldé, au sein de laquelle était censé être désigné un candidat, pour ensuite virevolter en direction de la prairie présidentielle, est sidérante.

Mais Fada, qui a mis à exécution un plan dont la préméditation n’a échappé à personne en dépit des détours, a fait l’un des plus mauvais choix de sa carrière politicienne. Il a basculé dans la sphère présidentielle où tous le détestent. Macky Sall, qui a la rancune tenace et la revanche dure en politique, n’a pas oublié que Modou Diagne Fada, poulain d’Idrissa Seck puis de Karim Wade, fut un moment instrumentalisé contre lui.

Les proches du chef de l’Etat ne font aucun mystère de leur opinion: Fada a rejoint le Macky avec le seul calcul de prendre à leur candidat des fonds de campagne qu’il n’utilisera que pour ses besoins personnels. Le locataire du Palais, allergique à tous les types d’entrepreneurs politiques, martèle urbi et orbi que tous ceux qui viennent à lui pour le rouler dans la farine se prendront à leur propre jeu.

Mahammed Boun Abdallah Dione, conciliant devant l’Eternel, modéré et capable de traiter avec quiconque peut apporter un tant soit peu à son « boss », compose avec tout le monde. A l’exception de quelques-uns dont Modou Diagne Fada. C’est chimique; ce dernier l’insupporte…

Inutile de préciser que les caciques de l’Alliance pour la République (APR, le parti présidentiel), connus pour leur ostracisme et leur réticence à partager la moindre portion du gâteau du pouvoir, tueraient les intrus au banquet du style de Fada s’ils le pouvaient.

Last but not least, le leader de Les Démocrates Réformateurs /Yeesal, publiquement accusé par Abdoulaye Wade d’être la taupe de Macky Sall au sein du PDS, et qui avait été l’instrument de la cassure du groupe parlementaire de cette formation politique, ne peut susciter que méfiance au sein du camp qu’il vient de rejoindre.

En un mot comme en mille, Modou Diagne Fada a rejoint une sphère présidentielle où tous sinon le détestent, du moins se méfient de lui.




Cheikh Yérim Seck

Faut-il croire Pierre Goudiaby Atépa ?




YERIMPOST.COM J’ai récemment rencontré Pierre Goudiaby Atépa dans un avion sur l’axe Paris-Dakar. Nous avons échangé quelques minutes. Et sommes convenus de nous voir pour discuter de sa candidature à la fonction suprême. Il m’a défini son engagement par une formule-choc: « Et si on remplaçait les politiciens qui ont échoué par des gens qui ont fait leurs preuves ailleurs ? » Je dois avouer partager le diagnostic et l’amorce de solution.

Mais, si Pierre Goudiaby Atépa est novice en politique, ce n’est pas un homme neuf. Il est, à sa façon, un dignitaire politique, ayant gravité autour des pouvoirs successifs de Senghor à Wade. Il a toujours été là, profitant même de ses entrées dans les allées du pouvoir pour rafler des marchés hors de toute concurrence. Ce sont ses collègues architectes qui l’ont clamé haut et fort, après que Wade lui a attribué sans appel d’offres le chantier de la Porte du Millénaire.




C’est seulement sous l’ère Macky Sall que l’architecte n’a pas une introduction notoire au Palais. Est-il né de cet éloignement une frustration, source de candidature en guise de revanche ? Je soulève une interrogation légitime mais ne puis y répondre, n’étant pas dans la tête du leader du mouvement  » Ensemble pour une refondation ».

S’il n’a jamais été candidat, Pierre Goudiaby Atépa n’en a pas moins été dans la politique. Ou tout au moins dans les jeux de pouvoir. Son propos sanguin sur la candidature de Karim Wade est dans la logique de l’adversité qui a toujours animé ses rapports avec le rejeton de l’ancien président. Wade-fils, qui a toujours pris ce visiteur régulier du Palais pour « un escroc », ne l’a jamais raté. L’attaque à la mitraillette contre lui de Karim Wade, qui l’a violemment accusé d’avoir cherché à voler l’Etat, à l’occasion d’une réunion autour des tracteurs indiens, résonne encore aux oreilles de quelques habitués du Palais sous Wade.

Comme nombre de politiciens, Atépa traîne son lot d’accusations de commissions occultes et de pratiques nébuleuses. En Afrique, du Tchad à la Guinée Equatoriale, en passant par l’Angola, l’architecte a réalisé des oeuvres dont le Sénégal doit être fier, même si l’opinion sur son travail et sur lui est fort contrastée.

Dans une tirade récente, le frais émoulu candidat a accusé la presse de traiter la politique politicienne au détriment du développement. Il a raison. Mais Pierre Goudiaby lui-même fait-il du développement ? A la tête des cadres casamançais, il est l’objet de critiques récurrentes. Son association est réputée se servir de la Casamance plutôt que de servir les populations de cette région. De là à penser que ces cadres agitent le spectre de la crise casamançaise pour servir leurs intérêts personnels, il y a un pas que nul ne doit franchir sans disposer de preuves  irréfutables d’agissements aussi graves sur une question si sensible.

L’architecte milite pour la protection du littoral contre la prédation foncière. C’est tout à son honneur, même si cet engagement peut être entaché d’un doute. Il est interprété par certains comme visant à protéger l’accès à la mer de sa propriété qui surplombe la corniche de Dakar.

Pierre Goudiaby Atépa est à bien des égards une identité remarquable. Le très politique homme d’affaires, qui a déjà voulu être candidat en 2012 avant de se désister, a réussi dans le privé mais entretient une relation avec la politique qui peut relever de la psychanalyse. Ce businessman prospère et tentaculaire, qui aurait pu se suffire à son activité, est, à sa manière, « un complexé du pouvoir ». Il n’est pas le seul. Il est de ces hommes qui brûlent de l’obsession de se retrouver au sommet de la pyramide de Maslow. Il revient aux Sénégalais d’analyser son offre politique pour y croire ou pas…




Cheikh Yérim Seck

De juriste adulé à tailleur du droit: chronique de la chute d’Ismaïla Madior Fall

YERIMPOST.COM Ismaïla Madior Fall a suivi une trajectoire classique, presque triviale, sous nos cieux. Comme beaucoup avant lui, il s’est positionné dans la masse critique, a dépassé la mêlée d’une tête pour être repéré et récupéré, avant de se muer en thuriféraire sans borne du régime…

Chez le professeur de droit constitutionnel Ismaïla Madior Fall, l’arrivée sous les ors, lambris et dorures du pouvoir a sonné le début d’une décadence intellectuelle aiguë. Pour rester dans les faveurs du Prince, celui qui fut crédité d’une crédibilité dans l’exégèse de nos institutions est aujourd’hui amené à tordre le coup aux normes constitutionnelles et principes généraux du droit dans le but d’auréoler d’un semblant de légalité les coups tordus de Sa Majesté.

C’est consternant de voir ce constitutionnaliste, spécialiste de la norme fondamentale qui fixe les droits essentiels de la personne humaine, tenter une fastidieuse argumentation contre la décision de la Cour de justice de la Cedeao qui établit la détention arbitraire infligée à Khalifa Sall.

C’est une tragédie d’entendre celui qui passait il n’y a guère longtemps comme l’une des consciences juridiques de notre pays défendre les entorses les plus graves à nos lois, de la liberticide Crei à la déconsolidante révision constitutionnelle destinée à écarter certains adversaires de la bataille électorale de février 2019, en passant par le reniement de l’engagement de réduire le mandat présidentiel maquillé en refus du Conseil constitutionnel…

A sa décharge, Ismaïla Madior Fall n’est pas seul dans son cas. Bien des diseurs de vérités sous Abdoulaye Wade ont aujourd’hui le bec cloué par les postes et privilèges distribués par Macky Sall. Le président du Sénégal depuis mars 2012 a un talent fou pour boucher la bouche à ceux qui parlaient un peu trop à son goût. Bien des grandes gueules d’hier grossissent aujourd’hui les rangs de ses « dames de compagnie ».

Mais l’exemple de son ex-conseiller juridique promu garde des sceaux est un cas d’école. Sans doute du fait de la scientificité du droit, l’alchimie d’Ismaïla Madior Fall est on ne peut plus grossière. Sa chute est symptomatique de l’opportunisme et de la vénalité de bien des intellectuels de chez nous. Ce professeur d’université, cible de critiques de plus en plus ouvertes de ses collègues, est tombé du piédestal de juriste de référence pour s’enfoncer dans l’abîme de tailleur sur mesure du droit.




Cheikh Yérim Seck

 

Détention arbitraire! Le péril de la détention! Le danger de l’arbitraire!

YERIMPOST.COM Ce 29 juin 2018, la Cour de justice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a déclaré, dans un arrêt à forte charge historique, que Khalifa Ababacar Sall, maire de Dakar, poursuivi et incarcéré au Sénégal pour malversations dans la gestion de la caisse d’avance de sa commune, a été arbitrairement détenu de la proclamation par le Conseil constitutionnel des résultats des législatives de juillet 2017, qui le donnaient élu, à la levée de son immunité parlementaire.




Du 14 août 2017 au 25 novembre de la même année, un citoyen sénégalais a été privé de sa liberté. Il a été délesté de son droit d’aller et venir, de travailler pour sa mairie, de vivre dans son domicile, de profiter de sa famille, d’être maître de lui-même… Pendant ces plus de trois mois, il est resté, sans fondement légal, confiné entre les quatre murs d’une cellule de la prison de Rebeuss, gelé dans sa volonté et son activité.

Il n’y a pire martyre. La prison est l’une des meilleures inventions pour faire souffrir son pensionnaire dans sa chair et dans son esprit. Roger de Bussy-Rabutin a raison, « on ne se réveille pas un matin en prison qu’on ne soit triste jusqu’à la mort. » (Mémoires, 1693).

Jeter un être humain à juste raison en détention est contesté, a fortiori à tort. Si la détention est un drame, la détention arbitraire est une tragédie.

Or, le régime de Macky Sall en a fait une spécialité. Ses deux opposants les plus coriaces, Karim Wade et Khalifa Sall, ont été frappés de détention arbitraire dûment constatée par des juridictions internationales libres de toute influence, du Groupe de travail international de l’Onu sur les droits humains à la Cour de justice de la Cedeao. Le vernis démocratique sénégalais craquelle pour laisser place à des points rouges sur la carte du monde des violations des droits de l’homme.

C’est une loi immuable de l’Histoire: l’arbitraire favorise l’injustice, l’injustice génère la révolte, la révolte conduit à la guerre, la guerre crée le désordre, le désordre cause la destruction et la mort… L’arbitraire est le début de la chaîne qui mène à la mort. Il est plus périlleux que le péril. Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes l’a écrit: « l’autorité arbitraire n’est jamais plus active et plus dangereuse qu’alors qu’elle devient un instrument de vengeance contre un particulier. » Avant d’ajouter: « Le bien de l’Etat, la tranquillité et la liberté légitime exigent que tout arbitraire soit détruit. »

Et c’est là une cause nationale: les organisations de défense des droits de l’homme et toutes les forces démocratiques de notre pays doivent se dresser. Elles ont la mission historique de freiner le spectre de la détention arbitraire, d’enrayer plus globalement le danger de l’arbitraire.




Cheikh Yérim Seck

 

A l’image du Sénégal, les Lions sont une symphonie inachevée

YERIMPOST.COM Quand on observe le Sénégal, on ne peut pas ne pas être saisi d’une sensation de terrible gâchis. Notre pays est un hub naturel. Situé à une poignée d’heures de l’Europe, il n’est séparé de l’Amérique et de l’Asie que par la frontière naturelle de l’océan. En dépit de ce privilège géographique, nous n’avons toujours pas réussi à positionner ne serait-ce un pavillon national pour desservir les capitales du monde.

L’océan Atlantique borde toute la longueur du pays qui compte parmi les plus beaux sites du moindre. Notre secteur touristique est toutefois entre la maladie grave et la mort clinique.




Nous bénéficions depuis l’indépendance d’une stabilité insolente (zéro coup d’Etat et nulle crise grave) qui ne nous a servi qu’à engranger une aide internationale massive ayant paradoxalement conduit à nous appauvrir chaque année davantage.

Le Sénégal est une démocratie qui fonctionne mais qui n’a jusqu’ici permis, en dépit de deux alternances pacifiques, que de substituer des équipes dirigeantes corrompues et incompétentes à d’autres.

Notre pays a des ressources humaines de qualité aussi bien à l’intérieur que dans la diaspora. Aux postes de décision ont toutefois toujours été placés des politiciens dont le seul mérite est la capacité d’user d’intrigues et de clientélismes pour s’accaparer de sinécures et privilèges.

Tel est le sort, quasi-métaphysique, du Sénégal. Nous avons tous les atouts mais n’en usons aucun pour construire le progrès.

Un peu comme, de l’avis de tous les spécialistes, notre équipe nationale de football avait toutes les cartes en main pour réussir cette Coupe du monde Russie 2018, mais a fini par plonger ses 15 millions de supporters dans la déception et la déprime. C’est ainsi: sur tous les fronts, le Sénégal n’a pas remporté de victoire essentielle depuis 1960. Notre peuple si superstitieux doit oeuvrer à élaguer la guigne qui le plombe.

L’histoire bégaie… A l’image du pays, cette belle génération de Lions a été une symphonie inachevée…




Cheikh Yérim Seck

La vraie signification des mots et actes du grand discret et gros taiseux Baba Diao

YERIMPOST.COM Il faut connaître un tant soit peu le très discret et trop peu accessible Abdoulaye Diao dit Baba pour se risquer à qualifier ses mots et actes à l’occasion de la cérémonie de deuil suite au décès de sa mère. Ce trader mythique, discret jusqu’à la caricature, doit être le Sénégalais le plus avare en parole et en apparition publiques.

En privé, ce diplômé de l’Institut français du pétrole, patron compétent de la prospère entreprise Itoc, est un homme intellectuellement structuré, cultivé, soucieux de la situation du Sénégal… Il n’a toutefois aucune sensibilité politicienne ni la moindre velléité partisane. D’ailleurs, sa position actuelle de trait d’union entre les acteurs politiques, économiques, religieux et coutumiers, ne lui permet de rouler pour aucune coterie.

Le geste qu’il a posé en pleine cérémonie, consistant à intimer l’ordre à Talla Sylla de se lever pour serrer la main à son « grand-frère » Idrissa Seck, avec qui il était en froid, n’a rien de politique. C’est un acte social d’un Sénégalais pur jus qui réconcilie ses deux cadets brouillés qui se sont croisés chez lui en une circonstance particulière. C’est d’ailleurs la énième fois qu’il rapproche des personnes en conflit.

De même, lorsque Baba Diao, affirme que Karim Wade est son neveu qui lui a toujours manifesté de la politesse, il n’agit sous aucune forme de calcul politique. Le président de la République, Macky Sall, est pour lui « un frère » par affection pour qui il a accepté un poste de conseiller spécial à la présidence. De même, Madické Niang, Ousmane Tanor Dieng, Idrissa Seck, Souleymane Ndéné Ndiaye… sont ses proches. Il est, dans un pays clivé comme le Sénégal, l’unique trait d’union de la classe politique. Cette position est précieuse. Tout pays a besoin de passerelles, surtout pour atténuer les chocs en cas de crise.

La présence à la cérémonie de deuil de Serigne Bassirou Mbacké Abdoul Khadre, d’Ahmed Khalifa Niasse, et de représentants de toutes les familles religieuses est le signe de la centralité de « Baba ». Ce quasi-septuagénaire fringant à la chevelure généreuse, au regard de félin, à la mine ferme et à l’esprit vif est ce qu’on appelle sous d’autres cieux un homme influent. Cet ingénieur, qui a bâti sa fortune sur le trading de pétrole et de gaz, a un mode de vie qui tranche d’avec celui clinquant des Sénégalais. Il commence à travailler après la descente de ses compatriotes, au crépuscule, pour se conformer à l’horaire des bourses du pétrole. Et épouse les codes de son très sélect monde professionnel qui imposent, pour pouvoir décider, de savoir se cacher.




Cheikh Yérim Seck

Candidature de Karim Wade: l’aveu d’Aly Ngouille Ndiaye

YERIMPOST.COM « Karim Wade ne peut pas être candidat. Il ne s’est pas encore inscrit sur les listes électorales. Karim a demandé à s’inscrire », a lâché le ministre de l’Intérieur, hier 18 juin, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Aly Ngouille Ndiaye répondait aux questions des députés qui statuaient dans le cadre d’une procédure d’urgence sur le projet de loi portant modification du Code électoral.




Dans une vidéo datée du 17 avril dernier, on apercevait pourtant Karim Wade se plier au protocole de l’inscription dans le centre ouvert à cette fin dans son actuel pays de résidence, le Qatar. Il ne s’était pas inscrit pour autant… Ces trois phrases d’Aly Ngouille Ndiaye, qui sonnent comme des révélations sciemment lâchées, nous apprennent aujourd’hui que le candidat déclaré du Parti démocratique sénégalais (Pds) s’est présenté pour être inscrit sur les listes électorales mais ne l’a pas été.

En cause, son casier judiciaire. Condamné à plus de cinq ans de prison, sa peine emporte la perte de ses droits civiques et politiques. En clair, le fils d’Abdoulaye Wade a perdu sa qualité d’électeur… Et on est, là, au coeur de la polémique qui avait surgi au moment de la révision constitutionnelle instituant le parrainage. L’aspect de la modification, qui exigeait d’être électeur pour être éligible, avait été fortement décrié comme étant une disposition conçue pour permettre d’écarter de la présidentielle de février 2019 deux adversaires potentiels du candidat au pouvoir: Khalifa Sall et Karim Wade.

Le régime est allé de dénégations en démentis, niant tout calcul crypto-personnel dans l’élaboration de la modification constitutionnelle. Depuis hier, la confusion est terminée et le doute n’est plus permis. La sortie d’Aly Ngouille Ndiaye, qui déclare que Karim Wade n’est pas candidat parce qu’il n’est pas inscrit sur les listes électorales, qui conditionne donc l’éligibilité à la possession de la qualité d’électeur, sonne comme un aveu de ce que le pouvoir niait.

Le Pds, enfermé dans un déni de la réalité depuis plusieurs mois, doit se rendre à l’évidence que continuer à miser sur Karim Wade comme candidat équivaut à se résoudre à être exclu de l’échéance électorale de février 2019. Pilier du régime en place, premier flic du pays, organisateur du scrutin, Aly Ngouille Ndiaye a lancé des propos qui, loin d’être banals, reflètent la position du pouvoir à propos de la candidature du poulain du Pds. Et, par ricochet, celle du Conseil constitutionnel, au regard de l’inféodation de cette institution à l’Exécutif.




Condamné lui aussi à plus de 5 ans de prison, comme par hasard, Khalifa Sall va devoir faire face à la même mécanique broyeuse de candidature. Si sa condamnation n’est pas encore définitive, la justice, qui a fait montre d’une grande célérité pour le convoquer devant la Cour d’appel, se dépêchera de confirmer sa peine en appel, puis en cassation… Et le maire de Dakar, à l’instar de Karim Wade, perdra sa qualité d’électeur, donc son éligibilité…

Cheikh Yérim Seck

Ma proposition pour mettre fin à la mendicité des handicapés

YERIMPOST.COM L’affaire de cette femme handicapée, rouée de coups par un agent de la sécurité de proximité, doit, au-delà des cris d’indignation, inciter à une réflexion pour mettre fin à la mendicité dans les rues des personnes en situation de handicap.




Il faut d’abord commencer par rapatrier dans leurs pays d’origine tous les handicapés et autres mendiants ouest-africains, réfugiés économiques au Sénégal où le business de la manche est l’un des plus juteux au monde. C’est une question de tranquillité publique et de salubrité humaine. Les rues de Dakar, il faut avoir l’honnêteté de le dire, sont surchargées de ces hommes, femmes et enfants qui créent un réel problème d’encombrement. Et une gêne pour les passants qu’ils n’interpellent pas de la meilleure des manières.

Après cette première mesure salutaire, qui va renvoyer à chaque pays ses propres mendiants, il faudra créer un Fonds d’assistance aux handicapés et nécessiteux qui va recevoir les dons et offrandes en espèces et en nature des Sénégalais si prompts, par croyance ou par superstition, à donner. Ce Fonds, à confier à une personnalité intègre, va également, à l’image de Zakat House, institution ayant pignon sur rue dans certains Etats arabes, recueillir l’aumône légale des musulmans de notre pays.




Le Fonds se chargera ensuite de redistribuer tous les avoirs et biens collectés à des handicapés et nécessiteux dûment recensés. Cette redistribution ne se fera pas seulement à des fins de consommation. Il s’agira également d’organiser les bénéficiaires en entités économiques pour financer leurs projets. L’objectif étant, bien évidemment, moins d’entretenir dans la durée les récipiendaires que de les extirper de la pauvreté.

Tout ce dispositif devra être accompagné par un Etat fort qui retirera tous les mendiants des rues, désencombrera les artères de notre capitale et combattra la mendicité sur la voie publique sous toutes ses formes. Y compris par le biais de sanctions pénales. C’est à ce prix que le Sénégal sera débarrassé de cette étiquette de carrefour ouest-africain de la mendicité que les pays voisins, à juste titre, lui collent.

Cheikh Yérim Seck

Ces manipulations de Macky Sall pour s’éviter des remarques au sommet du G7 !!!

YERIMPOST.COM Rien de ce qui est arrivé au cours de cette journée du 07 juin n’est fortuit. Tout au contraire… Tout a été froidement orchestré pour tomber pile poil ce jour où, comme par hasard, s’est ouvert le sommet du G7 auquel prend part, es-qualité, Macky Sall, président du comité d’orientation des chefs d’Etat et de gouvernement du Nepad.




Dans un scénario bien réglé, avec aucun détail laissé au hasard, le pouvoir de Macky Sall a fait courir, dès le matin du 07 juin, la rumeur du retrait de la loi sur le parrainage, briefé certains journalistes, orchestré l’intox… Il est question d’attirer l’attention sur le rappel par le gouvernement du projet de loi portant mise à niveau du Code électoral suite à la révision constitutionnelle instituant le parrainage. Dans quel objectif ? Faire comprendre aux dirigeants des sept nations les plus riches du monde, à travers les fiches de leurs ambassades respectives, qu’au Sénégal, après un bras de fer fort médiatisé, le pouvoir négocie désormais avec l’opposition autour de la question litigieuse du parrainage.

Ce n’est pas là l’unique manipulation de Macky Sall. Le 06 juin, en conseil des ministres, à quelques heures de prendre l’avion pour le Canada, le président de la République a annoncé et fait acter dans le communiqué que le dialogue avec l’opposition et la société civile autour de la gestion du pétrole et du gaz allait démarrer le 12 juin. Une manière fort habile de couper l’herbe sous les pieds de ces dirigeants de pays puissants prompts à poser des questions à leurs homologues d’Etats pauvres sur la gestion des revenus issus de leurs ressources naturelles.

Rien de ce que Macky Sall a fait ou dit ces derniers jours n’est donc le fruit du hasard. Tous ses actes et paroles ont procédé d’un calcul froid, voire cynique.

Il est certes vrai que le locataire du Palais de l’Avenue-Léopold-Sédar-Senghor ne pouvait pas ne pas tenter de montrer patte blanche avant de se rendre au Canada, dans ce contexte où la communauté internationale s’inquiète face aux dérives multiformes de son régime: emprisonnements d’opposants, changements forcés des règles électorales, népotisme dans la gestion du pétrole…

Pour ne rien arranger, Barthélémy Dias, emprisonné pour délit d’opinion, a commis un mémorandum sanguin qui a devancé Macky Sall en Amérique du Nord. Il fallait éviter à tout prix que cette contre-attaque largement diffusée aux Etats-Unis serve de base au numéro un américain, Donald Trump, pour interpeller notre président sans fioriture diplomatique.




En un mot comme en mille, le numéro un sénégalais a multiplié les gages à l’endroit de l’opposition et de la société civile, ouvert les vannes du dialogue autour du code électoral ainsi que du pétrole et du gaz, donné des signaux verts à ceux qu’il est allé rencontrer… Il est fort à parier que ces mesures cosmétiques n’iront pas beaucoup plus loin que le stade de l’annonce. Le vernis risque de craqueler sous l’effet de la révolte des Sénégalais exaspérés d’être pris pour les dindons de la force. Tout peut atteindre le point de rupture. Toute chose a une limite. Y compris le cynisme en politique !

Cheikh Yérim Seck

Etre une entreprise sénégalaise est un délit à l’Aibd, au Sénégal tout court

YERIMPOST.COM Les entreprises sénégalaises en activité sur la plateforme aéroportuaire de Diass voient rouge et broient du noir. Tout se passe comme si le staff dirigeant turc de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) s’emploie à les tuer pour, sait-on jamais, installer des sociétés étrangères à leur place.

Teylium Logistique, Global Com, Senecartours, Infinity… ont mis sur pied un Collectif des prestataires de l’Aibd (CPA) dans le but déclaré de « lutter contre la cherté de l’aéroport et les contrats usuriers et injustifiés mis en place par les Turcs ». Au même moment, ajoute le CPA, « les entreprises étrangères, françaises et turques, bénéficient de contrats très avantageux au détriment des entreprises sénégalaises. »




Vous avez bien lu: dans notre pays, sans doute le seul au monde dans ce cas, les entreprises locales sont les parents pauvres de l’économie, ostracisées, défavorisées au profit des sociétés étrangères. Une sorte de préférence nationale à l’envers… Lorsque le patronat s’en est plaint, voici la réponse que lui a servie le président de la République, Macky Sall: « Vous ne pouvez pas vous dérober à la concurrence… »

Nos patrons auraient pu faire face à la concurrence si elle était loyale. Elle est toutefois orchestrée par nos propres autorités de manière à les défavoriser. Nos fleurons nationaux de l’immobilier, confinés à Diamniadio, pourront-ils rivaliser avec la société marocaine à laquelle a été attribuée la trop bien située assiette foncière de l’ex-gare routière de Pompiers, au coeur de Dakar ? Par la force des choses, tout le business juteux du Sénégal s’est retrouvé entre les mains d’intérêts français, marocains, turcs…

A l’Aibd, les taxes imposées aux entreprises sénégalaises sont quatre fois supérieures à celles appliquées à leurs homologues des aéroports d’Abidjan et d’Accra, alors que la Côte d’Ivoire et le Ghana ont des économies plus fortes que la nôtre. Mais, ne nous y trompons pas, la préférence nationale, de rigueur dans tous les pays soucieux de leurs intérêts, doit relever d’une volonté politique pour être traduite dans la réalité.

La règle, de simple bon sens, consiste, pour paraphraser un dicton wolof, à poursuivre l’antilope en direction de la maison et non de la forêt. Cela s’appelle le patriotisme économique, le patriotisme tout court…



Cheikh Yérim Seck

 

Par décence, laissez à Abdoulaye Wade sa maison du Point E

YERIMPOST.COM Lorsque j’ai lu la lettre que ce patriarche de 92 ans a visiblement écrite, au vu de la laborieuse ponctuation, j’ai eu un pincement au coeur. Voir Abdoulaye Wade, ancien président du Sénégal, devoir batailler pour ne pas devenir SDF dans ce pays, est surréaliste.

Pour la dignité de notre République, dans un souci de décence tout court, aucun Sénégalais ne devrait se résoudre à cette éventualité. Surtout pas l’actuel chef de l’Etat, Macky Sall, dont l’ascension d’un poste de cadre à Petrosen à la fonction suprême s’est faite à coups de décrets de nomination signés par Wade.




Le très politique Abdoulaye Wade l’a bien compris, qui écrit: « Au lendemain de sa victoire, tentant de s’expliquer sur sa déclaration d’un patrimoine de 7 milliards, il avait répondu : «c’est le président Wade qui me les a donnés». J’ai déjà répondu que c’était faux et qu’il lui fallait trouver ailleurs une autre justification plausible. Au demeurant, il est étonnant que celui qui déclare que j’ai été son bienfaiteur en lui offrant sept (07) milliards de francs CFA ordonne la saisie de ma maison pour 550 millions, alors qu’un homme doué de raison et assis sur le socle de nos valeurs se serait empressé de payer les dettes de son bienfaiteur, qui ne représentent après tout que 7% de la supposée libéralité.​ »

Dépouiller l’ancien chef de l’Etat de sa maison du Point E serait, il est vrai, contraire à toutes les règles de bienséance et à nos codes culturels. D’autant qu’il l’a acquise antérieurement à son accession au pouvoir et qu’elle est partie intégrante de son histoire sociale. Wade le rappelle d’ailleurs si bien avec des mots qui touchent: « Avocat ayant l’un des plus grands cabinets de Dakar, c’est par de dures et longues journées de travail à travers tout le Sénégal, que j’ai acquis un respectable patrimoine dont la maison du Point E que Macky Sall veut m’enlever, m’obligeant à me faire héberger par des amis depuis qu’il a lancé l’affaire de Karim. Je ne dis pas qu’il ne réussira pas mais il faudra qu’auparavant il marche sur mon cadavre. »

La plainte annoncée pour diffamation et injure contre Macky Sall est un appel au secours, le baroud d’honneur d’un vieil homme usé par des décennies de lutte et poussé à bout au crépuscule de sa vie par un homme à qui il a fait tant de bien avant que les vicissitudes de la vie politique ne les sépare.




« Wadiste éternel », Samuel Sarr, dans un communiqué indigné, a réagi à la saisie des clés par l’huissier avec des mots qui résonnent: « Cette maison du Point E qui a été acquise par notre père spirituel après de dures années de labeur , au delà de sa fonction sociale, a servi de champ de batailles politiques pour asseoir une démocratie enviable au Sénégal et permettre à beaucoup d’hommes et de femmes, y compris l’actuel Président de la République, de se hisser au plus haut sommet de la pyramide politique et étatique. Je soutiens, solennellement que, quels que soient les mobiles évoqués pour la saisie des clés de cette maison par voie judiciaire, le Président de la République, Macky Sall, devrait prendre toutes les dispositions idoines pour faire éviter une telle situation à notre père spirituel, à son bienfaiteur qu’il ne cesse de harceler depuis qu’il lui à succédé à la magistrature suprême. Les valeurs qui caractérisent la nation sénégalaise parmi lesquelles l’honneur aux anciens et la reconnaissance de l’Etat à ses serviteurs pour services rendus devaient empêcher une telle bourde voire humiliation. »

Toute chose a une limite. Même la haine. Même la vengeance. Quel que soit ce qu’on puisse reprocher à Abdoulaye Wade et à sa famille, la simple décence impose de lui laisser sa maison du Point E.

Cheikh Yérim Seck

Arrêtez le feu ! Ce pays va brûler !

YERIMPOST.COM Chaque jour qui passe dans ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Idrissa Seck révèle une fissure profonde dans la nation sénégalaise. Au fil de cette polémique nauséabonde aux accents de règlement de comptes politique et de rivalité de chapelles religieuses, surgissent au grand jour les fragilités de notre vivre en commun sans cesse refoulées depuis plus d’un siècle.

Au bout de sa seconde sortie au vitriol contre le leader de Rewmi, Serigne Mbaye Sy Mansour, khalife général des tidianes, a laissé s’échapper le vrai motif de son courroux: la proclamation de sa sortie de la confrérie de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif par celui qui fut perçu il n’y a guère longtemps comme en étant membre. La mâchoire serrée, la mine fermée, le guide des tidianes du Sénégal a dit à Idrissa Seck « bon débarras », avec ce commentaire assassin: « Kou Yalla guéné si bopam seytané moo lay awou… »




Cette phrase a heurté bien des disciples de la confrérie mouride à laquelle Idy, comme le surnomment les Sénégalais, a proclamé désormais appartenir. De sorte que la polémique s’est subitement structurée autour d’une césure nette. Il suffit d’entendre l’intervenant pour savoir à quelle confrérie il appartient. Les réseaux sociaux se sont enflammés, avec des échanges entre mourides et tidianes d’une rare violence.

Au même moment, les étudiants, qui ont repris le pouvoir à la faveur du décès, le 15 mai 2018, de leur camarade Fallou Sène, tué lors de la répression d’une émeute à l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis, se succédaient, faisant dans la surenchère chaque jour davantage, au bureau du président de la République, qui a fait le choix dangereux de faire sauter tous les paravents entre eux et lui. Dans un contexte où l’Etat se saigne à blanc pour mobiliser les 50 milliards engloutis annuellement par le paiement de leurs bourses, ils réclament leur augmentation et une réduction des prix des tickets de restaurant. Non sans exiger, après avoir obtenu le départ du recteur de l’UGB et du directeur du Crous, les démissions de ministres importants du gouvernement ! La République des étudiants, en somme !

Cette République est tombée dans le grotesque, avec cette sortie fort malheureuse de Macky Sall qui, présentant son ouvrage, a déclaré que la France est l’amie du Sénégal parce que, sous la colonisation, les tirailleurs sénégalais bénéficiaient de… desserts à la différence des autres Africains ! Alors que l’on pouvait légitimement s’attendre à un Mémorial en souvenir de nos soldats tués par la France à Thiaroye en 1944, voila qu’une farce de mauvais goût vient aggraver une blessure nationale déjà béante.

Les équilibres de ce pays tanguent de tous bords. Le Sénégal s’embrase peu à peu. Arrêtez ce feu ! Le pays va brûler !

Cheikh Yérim Seck

Cessez de politiser la question technique du paiement des bourses !!!

YERIMPOST.COM Le décès de l’étudiant Mouhamadou Fallou Sène, le 15 mai, lors d’une manifestation d’étudiants réclamant le paiement de leurs bourses, est une tragédie, un incident à tous égards regrettable. C’est une épreuve vécue dans leur chair par un père et une mère de famille du Sénégal profond qui se sont saignés à blanc pour mettre leur fils dans les conditions de réussir à l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis, de réussir dans la vie tout court…

Pareil drame ne doit pas, décemment, servir d’alibi à un politicien de ce pays pour attaquer, accuser, accabler son adversaire… On ne fait pas la politique partout, avec tout, sur tout…

Dès que Fallou Sène est tombé, alors que son cadavre était encore chaud, des rivaux à Saint-Louis du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation ont rué dans les brancards, exigeant sa démission alors qu’il se trouvait à l’étranger, en mission à Addis-Abeba, et alors que sa responsabilité n’avait pas encore été évaluée. La suite a montré que le ministère de Mary Teuw Niane a mené le processus de paiement des bourses dans le respect des règles et des délais fixés. Et que le retard de paiement, cause de l’émeute au cours de laquelle Fallou Sène a été tué, ne peut pas lui être imputé.

Mary Teuw Niane n’est pas la seule cible dans le viseur des politiciens embusqués, désireux de faire leur beurre avec le sang de l’étudiant disparu. Amadou Ba, ministre de l’Economie, des Finances et du Plan, cible privilégiée des hommes d’affaires boulimiques et des hommes politiques chasseurs de primes, a fait l’objet d’attaques totalement injustifiées, signe d’une méconnaissance évidente des règles de fonctionnement de la trésorerie de l’Etat.
Le paiement des bourses est une opération récurrente gérée par des fonctionnaires du ministère en-dessous du directeur du Trésor, donc du ministre du Budget et du ministre des Finances. C’est le trésorier général qui ordonne au payeur général de payer. Mais, comme ces intervenants engagent leur responsabilité personnelle, ils vérifient la véracité des ayants droit qui ne font pas moins de 117 000 personnes. D’autant que le cadre même des bourses est propice aux trafics et magouilles de toutes sortes qui échappent y compris aux plus hautes autorités de l’Enseignement supérieur. Ce n’est pas pour rien que le ministre lui-même a déposé, le 19 mai 2014, une plainte devant le procureur de la République suite à la découverte d’un réseau de bourses fictives.

Dans un tel contexte, quelle que soit la pression des délais, l’agent du ministère des Finances qui s’occupe du paiement est obligé, sous peine d’engager sa responsabilité personnelle, de procéder à un minimum de vérifications et de recoupements. Cela relève d’une routine administrative dont Amadou Ba n’est même pas informé.

Ceux qui allèguent donc des difficultés de trésorerie de l’Etat pour expliquer le retard de paiement de la somme de 1 000 000 000 de francs cfa – laquelle a retenu Ecobank de payer du 2 au 11 mai – ont tout faux. A ce niveau, il y a une explication technique très simple. Environ 39 milliards de francs cfa ont été votés par l’Assemblée nationale pour payer des bourses qui culminent à la somme de 50 milliards !

L’écart d’une dizaine de milliards ne peut être décaissé par le ministère des Finances que sur la base d’une autorisation parlementaire. Sans ce quitus, le Trésor public, qui détient bel et bien les fonds pour payer Ecobank, ne peut les débloquer pour honorer sa dette vis-à-vis de cette banque. Voici ce qui explique ce que d’aucuns ont qualifié de difficulté du Trésor pour payer 1 milliard.

Par quelle alchimie certains ont-ils pu enjamber ces rouages techniques et les directeurs personnellement responsables de l’opération, pour convoquer la responsabilité du ministre des Finances ? C’est par le même procédé que ceux qui réclament la tête de Mary Teuw Niane ont cherché à le mouiller.

Il est vrai que le contexte de cette année pré-électorale, marqué par une guerre des tranchées au sein du parti au pouvoir, est on ne peut plus prompt à entretenir un climat délétère et une ambiance de coups tordus.

Grand argentier du pays, gardien du nerf de la guerre, Amadou Ba suscite, comme ses homologues de tous les pays, fixation, adversité et fantasmes. D’autant que l’ancien directeur des Impôts à qui Macky Sall a confié les cordons de la bourse est obligé de prendre des mesures drastiques et impopulaires dans un contexte économique difficile marqué par le renchérissement du coût du pétrole, donc la nécessité de raffermir la gestion pour ne pas creuser les déficits et aggraver la dette.

Si certains ont leurs raisons pour lui en vouloir, ils n’arriveront pas à établir sa responsabilité à propos du retard de paiement des bourses. En dépit des tirs sanguins de politiciens embusqués. Le souci de la vérité impose de dénoncer pareilles méthodes. Il est plus que temps de cesser de politiser la question technique du paiement des bourses.




Cheikh Yérim Seck

Arrêtez de tuer les Sénégalais !

YERIMPOST.COM Balla Gaye, Bassirou Faye, Mouhamed Fallou Sène… Au fil des années universitaires et des grèves et manifestations, la liste des étudiants tombés sous les balles des forces de l’ordre s’allonge. Le décompte macabre s’aggrave et, avec lui, les points noirs sur le visage de la démocratie sénégalaise.

Si cette spirale tragique n’est pas enrayée, notre pays risque de battre le record des démocraties tueuses de manifestants. Surtout avec le pic atteint par le régime d’Abdoulaye Wade qui, à la veille de la présidentielle de 2012, a ôté la vie à 12 de nos compatriotes, dont le très regretté Mamadou Diop.

Or, dans tous les pays respectueux de la liberté de manifester, il se passe des débordements pires que ceux qui ont cours au Sénégal sans que les forces de l’ordre usent de balles réelles pour tuer ou blesser. Le 1er mai dernier, les black blocs, ces groupes extrémistes d’anarchistes, ont semé en France des troubles plus graves et plus destructeurs que le soulèvement de ce 15 mai des étudiants de l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis. Ils n’ont pas été criblés de balles réelles, encore moins tués, mais ont été contenus, neutralisés, interpellés pour certains par des forces de l’ordre qui s’astreignent à la « norme zéro mort » qui constitue le référentiel de mesure de la qualité de leurs interventions.

Si nos policiers et gendarmes les ignorent, on doit leur enseigner les normes internationales protectrices des citoyens dans l’exercice du droit de manifestation et de cortège. S’ils connaissent les règles mais manquent d’expertise pour contrôler les foules, il convient de les former. Quitte à créer une brigade spéciale anti-émeute entraînée à contenir les manifestations violentes !

Il n’y a aucune raison que les groupes ultra-violents d’altermondialistes et autres casseurs soient efficacement contrôlés à l’occasion de moult sommets internationaux dans nombre de villes du monde, sans que nos forces de l’ordre parviennent à réprimer sans bavure la poignée d’agitateurs d’une petite université comme l’UGB.

L’mage du Sénégal dans le monde impose qu’on cesse de verser le sang des Sénégalais dans l’exercice de leurs prérogatives démocratiques. La jouissance des libertés constitutionnelles doit être garantie. Les débordements doivent être contrecarrés par des moyens proportionnés. Les auteurs de bavures doivent être sanctionnés sans faiblesse. Les balles réelles doivent être bannies comme instrument de restauration de l’ordre public. Les forces de l’ordre doivent une bonne fois pour toutes arrêter de tuer les Sénégalais…




Cheikh Yérim Seck

M. le président, voici pourquoi vous devez mettre fin à l’arnaque de Gérard Sénac

YERIMPOST.COM M. le président de la République, sans doute fort de certaines informations, vous vous étiez engagé, le 31 décembre 2011, sur le plateau de la 2stv, une fois élu, à dénoncer le contrat liant l’Etat à Eiffage.

Le 7 mai 2018, réagissant au décès accidentel de Papis Baba Diallo, suite à des négligences cumulées de la direction de l’autoroute à péage, vous avez réaffirmé la nécessité de revoir le contrat qui lie l’Etat à Eiffage. Vous devez, M. le président, aller jusqu’au bout de cette idée. Voici pourquoi.

Je passe sur le montage du projet qui a occasionné le vol d’au moins 37 milliards du Sénégal par Gérard Sénac qui n’a pas investi un seul penny. Ce businessman a construit l’autoroute avec au maximum 50 des 87 milliards que l’Etat lui a remis et a fait main basse sur le reste.

J’en viens au cahier des charges lui-même, qui stipule que l’entreprise titulaire de la concession doit concevoir, financer, construire, exploiter et entretenir l’autoroute. Eiffage n’a rien financé. C’est le Trésor public sénégalais qui l’a fait à sa place. Après n’avoir rien financé, cette entreprise s’est vue accorder l’exploitation de l’autoroute pour 30 ans, soit la durée maximale.

Et, même si elle avait investi 61 milliards, Eiffage est entrée dans ses fonds depuis longtemps et a engrangé un bénéfice conséquent. Sur une base de prévision de départ de 40 000 véhicules par jour, l’autoroute en reçoit en effet plus de 60 000 par jour. Et applique des tarifs de péage caricaturaux depuis plus de six ans. Alors que le Maroc est à 5,5 francs par km, et la Tunisie à 10 francs par km, Gérard Sénac est, sur la base des 1400 francs pour 20 km, à 70 francs par km. Il empoche tout, bien que n’ayant pas financé l’autoroute à 100%.

Même si Gérard Sénac avait déboursé la somme qu’il prétend avoir investie, il suffit de faire le calcul pour se rendre compte qu’il a fini d’amortir cet investissement fictif et d’engranger un bénéfice conséquent.

M. le président, voici quelques raisons parmi tant d’autres pour lesquelles vous devez mettre fin à l’arnaque. De Gérard Sénac, un industriel français qui a pignon sur rue au Sénégal a récemment dit: « M. Sénac rigole et fait du mécénat pour l’art. Il est fort sympathique. C’est la marque distinctive des escrocs. »

Cheikh Yérim Seck

Réponse à l’édito de Cheikh Yérim Seck sur le juge Ibrahima H. Dème (Amadou Tidiane Thiello, UGB)

Réponse à l’édito de Cheikh Yérim SECK sur le juge Ibrahima H. Dème.




Après avoir réussi l’examen du baccalauréat, j’arpentais avec beaucoup de fierté l’itinéraire de l’Université de Sanar. Je ne savais de ce creuset fécond du savoir que des choses positives, disons une bonne réputation.

En outre, en ces temps, un homme avait gagné l’admiration de beaucoup de jeunes parmi lesquels je faisais parti. L’homme en question est un produit de l’Université de Sanar.

Je veux nommer la personne de Cheikh Yérim qui excellait avec sa belle plume et ses sorties pertinentes.

Mais au fil du temps, cette admiration dégringole, de ses déboires avec la fille du magistrat jusqu’à la position de l’homme sur l’entrée en politique de l’autre juge.

Aurait-il un problème avec les magistrats ?

L’article de Cheikh Yérim sur le juge Dème est inopportun. M. Seck, en ces nuits où le dégoût de la chose politique gagne de plus en plus les citoyens sénégalais, votre position sur l’entrée du juge Dème dans la politique est plus que surprenante.

Surprenantes sont également les arguments que vous avez soulevés et la comparaison à laquelle vous avez recourue pour appuyer votre idée.

Cheikh Yérim, cette position aurait dû être  d’encourager le juge Dème au lieu de verser dans un pessimisme logico-déductif, contre-productif et déstabilisateur.

Si vous avez peur de vous baigner dans le fleuve pour éviter d’être dévoré par les crocodiles, restez alors sur la rive. Mais, attelez vous seulement à l’observation et ne vous amusez point à décourager ceux qui ont sincèrement envie de pêcher du poisson frais pour nourrir leurs concitoyens ou puiser de l’eau pour étancher la soif des autres.




Cheikh Yérim, il n’y a pas plus noble que la participation politique, il n’y a pas plus noble que l’engagement politique, il n’y a pas plus noble que le renoncement des privilèges pour la cause républicaine.

Mettre en place des cabinets de consultance, construire des écoles tout cela est bien beau, mais à la beauté du vers car aucun de ces éléments n’égale le fait d’être dépositaire du pouvoir politique. C’est l’ultime et l’incomparable responsabilité politique et la plus encline à apporter le changement, le vrai.

Cheikh Yérim, vous êtes paradoxal. On ne peut pas souhaiter changer un système sans être au cœur de celui-ci. Même si être au sein de celui-ci, ne garantit pas le changement. changer un système n’est pas chose aisée. En effet d’où la nécessité d’encourager ceux qui s’y attèlent.

Mais là où notre indignation caresse son comble et nous fait sortir de nos gongs, c’est quand vous prophétisez que le juge Dème n’aura pas un score important s’il décidait de participer à la prochaine élection présidentielle . Le grand journaliste s’est-il transformé en un Selbe Ndom ? Sur quelles bases vous fondez-vous?  Non, sur aucune sinon celle de vos humeurs et de votre démarche logico-déductive mais à l’arrivée toute biaisée. L’intellectuel que vous êtes déshonore ceux qui s’en réclament car livrer un verdict d’une compétition pas encore organisée relève de la mauvaise foi quelque soit les arguments utilisés.

Cheikh Yérim, à l’épreuve du bilan, nous serons tous comptables. Mais vous, vous serez doublement comptable. Non seulement à vous lire, il ressort aisément que vous n’êtes pas prêt à vous engager politiquement. It’s your choice !

Mais, vous êtes comptable, par ailleurs, d’avoir humecté votre plume dans l’encre du fatalisme pour décourager d’honnêtes citoyens qui n’ont que l’envie de participer dans la gestion des affaires de la cité avec une nouvelle dynamique.

Cheikh Yérim, ces mots ne sont nullement le condensé d’une attaque personnelle mais le fruit d’une indignation d’un jeune citoyen conscient qu’à défaut de soutenir les acteurs politiques porteurs de changements, il est maladroit, très maladroit de les décourager voire discréditer !

 

 

Amadou Tidiane Thiello

Science Po Sanar

thiellotidjane@gmail.com

 

Monsieur le juge Ibrahima Hamidou Dème, votre entrée en politique est une mauvaise option

YERIMPOST.COM Monsieur Ibrahima Hamidou Dème, le 26 mars 2018, vous démissionniez de la magistrature par une lettre qui fera date dans les annales glorieuses de la République. Un an plus tôt, vous quittiez la position enviable de membre du Conseil supérieur de la magistrature. Toutes les deux fois, les raisons que vous avez évoquées à l’appui de vos décisions ont frappé l’opinion publique par leur pertinence et leur dignité.

Mais, dès que vous avez ôté votre robe de juge, vous avez aussitôt annoncé votre volonté d’arborer à la place le manteau de politicien. Et, ce 5 mai à Thiès, avec tambours et trompettes, vous avez franchi le Rubicon pour pénétrer dans l’arène politique à la tête d’un mouvement. Je pense que vous avez pris la plus mauvaise des options qui s’offraient à vous. Vous auriez pu ouvrir une école de formation aux principes de la République, créer une association de défense des institutions, ouvrir un cabinet de consultation en droit ou sur les questions judiciaires, devenir un avocat défenseur de la liberté des juges…

Vous avez décidé d’entrer dans le segment de notre vie publique le plus brutal, le plus corrupteur, le plus pervers… Le précédent Ousmane Sonko, passé d’inspecteur des impôts à opposant crédible, n’est pas pertinent comme exemple pour vous. Sonko était dans l’anti-chambre de la politique pendant plus d’une décennie à la tête du syndicat des fonctionnaires des Impôts. Il a eu le temps de prendre des coups, d’en donner, de s’aguerrir, d’assimiler les codes d’un monde à part… Inspecteur des Impôts, il a appris à la tête de son parti et fait face au pouvoir des années avant d’être radié de la Fonction publique. La transition s’est donc naturellement opérée pour lui.

Quant à vous, Ibrahima Hamidou Dème, vous tombez comme un novice dans ce jeu de massacres. Vous avez le cuir tendre. Vous risquez de finir dans l’estomac des crocodiles du marigot politique sénégalais. Ils vont vous attaquer, vous déstabiliser, vous étriller, vous décrédibiliser, vous dévorer… Et je crains que vous n’ayez pas les moyens des ambitions de changement que vous portez pour le pays. Eux ont des appareils, de l’argent volé des caisses de l’Etat ou tiré de circuits louches, des apparatchiks experts en coups tordus, des mercenaires qui mobilisent pour eux contre avantages en nature et en espèces… Vous, vous n’avez rien de tout cela. Eux ont un discours fondé sur la manipulation et le mensonge. Vous, dans la droiture du juge imbu de principes, vous ne devez pas pouvoir faire dans ce registre.

Et, si vous vous présentez à la future élection présidentielle, je crains que vous ayez un score minuscule du type de celui qui a humilié et définitivement rayé des personnalités inconnues au bataillon qui par le passé ont cru pouvoir mener la mère des batailles politiques.

Or, votre pedigree personnel aurait pu servir notre démocratie comme force symbolique ou comme contributeur à la masse critique. Et, on ne le dira jamais assez, ce n’est pas que dans la politique que l’on peut être utile. Vigie de la République, sentinelle de la démocratie, puissance d’alerte… sont des rôles plus précieux et plus prestigieux que bien des positions politiques.

Cheikh Yérim Seck



Gérard Sénac, dans votre pays, auriez-vous osé pareilles négligences ?

YERIMPOST.COM Gérard Sénac, par vos négligences coupables, vous avez occasionné l’extinction d’un des plus illustres talents du monde audiovisuel africain. Papis Baba Diallo, membre de Gelongal, titulaire du prix de meilleur réalisateur africain, a perdu la vie ce 5 mai 2018 sur l’autoroute que vous gérez.

Les circonstances de l’accident qui l’a emporté laissent entrevoir de graves négligences de votre part. Papis s’est retrouvé nez à nez avec un troupeau de boeufs déambulant sur la chaussée. Votre autoroute, la plus chère au monde, n’est pas clôturée. Comment pouvez-vous prendre autant de liberté avec l’étancheité d’une route à grande vitesse aussi passante ?




L’autoroute n’est pas clôturée, elle n’est pas non plus éclairée. L’accident est intervenu à hauteur de Toglou 2, sur un tronçon dépourvu d’éclairage. C’est donc dans l’obscurité que Papis, qui a payé les tarifs usuriers qui sont les vôtres pour pouvoir aller vite, a vu son chemin coupé par un troupeau de boeufs. Il a trouvé la mort. L’un de ses frères qu’il transportait a eu le bras fracturé. Un autre a subi des contusions sévères.

M. Sénac, ce n’est que dans une République bananière, un Etat fragile pour lequel vous n’avez aucun respect, que vous pouvez vous permettre d’accumuler autant de négligences. Votre autoroute, dont les tarifs de péage sont tout simplement caricaturaux, est un vaste cimetière où des Sénégalais de plus en plus nombreux laissent leurs vies.

M. Sénac, vous êtes français, je crois. Oseriez-vous, si vous gériez un ouvrage de ce type dans votre pays, vous laisser aller à de telles légèretés ? Vous auriez été poursuivi, civilement et pénalement sanctionné pour mise en danger de la vie d’autrui ou homicide involontaire.

Mais, comme nous sommes au Sénégal, un pays africain pauvre, habité de nègres dont la vie ne compte pas pour un penny, vous amassez des sommes colossales sans avoir la décence d’en investir la plus infime partie pour conformer l’ouvrage aux normes prudencielles en vigueur dans le monde entier. Nous y reviendrons.

Cheikh Yérim Seck

 

 

 

Assane Diouf tabassé par des gardes… Honte à l’administration pénitentiaire !

YERIMPOST.COM Je ne peux pas être suspect de sympathie pour Assane Diouf qui m’a abreuvé d’injures parce que… dakaractu avait désapprouvé les insanités qu’il débitait. Je pense même que cet insulteur public, sauvagement violent et puérilement vulgaire, mérite la peine qu’il est entrain d’endurer pour avoir injurié le président de la République, la Première dame, le président de l’Assemblée nationale, le procureur de la République, ainsi que des symboles de notre pays comme Serigne Bassirou Mbacké Abdou Khadre, porte-parole du khalife général des mourides, et le premier porte-étendard du Sénégal, l’icône planétaire Youssou Ndour.

Mais, même s’il avait tué, Assane Diouf n’en resterait pas moins un être humain revêtu d’une éminente dignité, un être créé à l’image de Dieu, comme l’indique ce postulat de la pensée judéo-chrétienne, un des fondements historiques des droits de l’homme.




Assane Diouf est en prison. Il demeure un être humain, un citoyen protégé dans son intégrité morale et physique par des principes universels reconnus par ce qu’on appelait autrefois « les nations civilisées ». Ces gardes pénitentiaires qui l’ont tabassé, lui laissant des blessures au genou et à la cheville, ont déshonoré leur écusson, violé ses droits, nui à l’image du Sénégal, signataire de toutes les conventions internationales interdisant la torture et les traitements cruels, inhumains et dégradants. Honte à eux ! Honte à l’administration pénitentiaire qui admet en son sein ces pratiques d’un autre âge !

Le traitement fait à Assane Diouf est inadmissible dans un Etat démocratique. Placé en isolement total, il ne reçoit de visite que de son avocat, Me Elhadji Diouf. Son épouse, de nationalité américaine établie aux Etats-Unis, de passage au Sénégal, a été empêchée de lui rendre visite en prison. Autant de faits constitutifs de traitements cruels, inhumains et dégradants qui interpellent les organisations de défense des droits de l’homme !

Les sévices exercés sur ce détenu sont symptomatiques de la brutalité de l’administration pénitentiaire du Sénégal, largement en-deçà du niveau de notre démocratie, constituée de gardes pour la plupart quasi-analphabètes totalement ignorants des normes protectrices des droits de l’homme. Bourrés de complexes, ces matons se comportent comme s’ils avaient des comptes à régler avec les détenus célèbres. Karim Wade a subi un fauchage qui lui a laissé de graves séquelles au genou. Je ne veux pas, pour ne pas personnaliser cette question, évoquer ce que j’ai moi-même vécu.

Assane Diouf ne doit plus endurer de brimade d’aucune sorte. Tous ses droits doivent être respectés. Le procureur de la République doit s’auto-saisir pour poursuivre les auteurs des coups et blessures volontaires qu’il a subis. C’est cela faire justice. La justice n’est pas la vengeance. C’est un pilier de l’harmonie sociale. Les prisons ne sont pas des camps de torture. Ce sont des maisons de redressement, de rééducation, de réinsertion sociale. L’insulteur public ne doit pas être détruit. Il doit être corrigé et socialement reclassé.

Cheikh Yérim Seck

La construction des Sphères ministérielles de Diamniadio est d’une pertinence absolue

YERIMPOST.COM Ceux qui doutent de la pertinence de la construction des Sphères ministérielles à Diamniadio, je les invite à lire le texte ci-dessous, extrait d’un document de travail remis au chef de l’Etat, Macky Sall, et dont Yerimpost a obtenu copie…

 

 » Programme présidentiel de rénovation et de développement du parc immobilier de l’Etat

(…)

En ce qui concerne le développement du parc immobilier de l’Etat, il a été constaté dès 2012 un déficit de 300.000 m2 d’espaces de bureaux qui sont à l’origine des 16 milliards de loyers payés chaque année.




A cet effet, 120.000 m2 de bureaux, 10.000 postes de travail, 2.200 places de parking et 38 ascenseurs répartis dans 9 nouveaux immeubles sont érigés à Diamniadio sous l’égide de l’Agence de gestion du patrimoine bâti de l’Etat afin d’améliorer l’environnement de travail des agents de l’Etat, la réduction du parcours de l’usager, la mise en place d’un vrai dispositif d’accueil et d’orientation dissocié de celui des forces de sécurité, pour une administration plus à l’écoute des citoyens.

Ledit projet dénommé Sphères ministérielles de Diamniadio, est réparti sur 3 des 4 arrondissements que compte le nouveau pôle urbain.

Dans le 3e arrondissement, l’Entreprise sénégalaise Gétran développe une sphère de 20.000 m2 qui sont répartis dans 2 grands immeubles, pouvant accueillir jusqu’à 4 ministères de taille moyenne (2000 à 4000 m2) qui seront livrés en Octobre 2018.

Dans le 2e arrondissement, Spherex une filiale du groupe Teyliom développe une sphère de 54.000 m2 répartis en 3 grands immeubles de 6 ailes pouvant abriter jusqu’à 12 ministères de taille moyenne (3.000 à 4.000 m2) ainsi que des salles de réunion, de conférences et des espaces de commerce. L’infrastructure sera livrée en juillet 2018.

La sphère du 1er arrondissement qui sera inaugurée ce mercredi 2 mai 2018, a été réalisée par le groupe Envol immobilier. C’est un ouvrage de 42.000 m2 comptant 1.600 postes de travail meublés et équipés qui peut accueillir jusqu’à 6 ministères dont 2 de grandes tailles (6.000 à 8.000 m2) et 4 de taille moyenne.

Les méthodes contractuelles et le dispositif technique mis en place par les développeurs ont permis de réaliser le projet en 23 mois sur les 30 prévus par la convention et de permettre ainsi à l’Etat d’économiser 8 milliards d’engagements locatifs par an dès 2018 et de renouveler son parc immobilier.

En outre, il sera initié dans le cadre du programme présidentiel de rénovation et de développement du parc immobilier de l’Etat, un projet de regroupement dans le pôle urbain de Diamniadio, des 33 agences des nations unies présentes au Sénégal avec une capacité d’accueil de 3.000 agents qui permettra de créer plus de 10.000 emplois indirects.

Enfin, le programme présidentiel de rénovation et de développement du parc immobilier de l’Etat, c’est aussi les sphères administratives régionales (SAR) qui consistent en la création dans chaque chef-lieu de région d’une cité administrative regroupant sous l’autorité du gouverneur, tous les services déconcentrés de l’Etat et des logements des représentants de l’Administration territoriale. »

Aux extraits de ce document, on peut ajouter d’autres arguments en faveur de la pertinence du projet. La logique de l’investissement public à Diamniadio est de créer les conditions d’un cadre de vie meilleur qu’à Dakar avec des coûts d’accès à la propriété divisés par 2.

Permettre à  une génération de Sénégalais, qui ont subi les contre-coups d’une mauvaise gestion du foncier entre 2000 et 2012 ayant conduit à un phénomène d’exclusion des classes moyennes, d’accéder à la propriété avec les conditions de transport qui s’attachent à notre temps.

L’ État a veillé à installer dans chaque arrondissement du pôle urbain une infrastructure qui permet de catalyser des activités du logement afin d’éviter un phénomène de création de cités dortoirs.
Aussi, il a été mis en place un dispositif de segmentation de l’offre. Chaque développeur de quartier a l’obligation de faire un pourcentage de logements économiques, un autre de moyen standing, et un 3e de haut de gamme.
Pour exemple, un appartement de 3 pièces de 100 m2  sur la VDN à Dakar vaut 50 millions en moyenne, le même bien de même qualité vaut dans le pôle urbain entre 15.6 et 25 millions, soit environ 150 000 par mois pendant 20 ans avec les frais financiers.
Pour toutes ces raisons, la construction des sphères ministérielles en particulier et du pôle urbain de Diamniadio en général est d’une pertinence absolue.
Cheikh Yérim Seck




Ces multiples signes d’une crise mortelle à l’APR

YERIMPOST.COM Dissidence ouverte de l’aboyeur Moustapha Cissé Lô, rébellion à peine voilée du cofondateur Alioune Badara Cissé, frustrations lâchées puis ravalées de la Cojer, diatribes entre barons, absence de congrès, longue léthargie des structures… C’est un euphémisme: L’Alliance pour la République (APR) est aujourd’hui en crise.




A l’image d’un météore, qui atteint les planètes les plus éloignées à la vitesse de l’éclair pour ensuite imploser, le parti créé par Macky Sall en 2009, arrivé au pouvoir à une vitesse supersonique en 2012, risque d’être tué par des contradictions internes dès le lendemain de la présidentielle de 2019.

Signe de la décadence imminente de cette formation, Moustapha Cissé Lô, l’une de ses figures emblématiques, son « chien de garde », son aboyeur prompt à sortir les crocs contre les adversaires, a pris ses distances, proclamant urbi et orbi: « L’APR ne fonctionne pas comme un parti. Les rôles n’y sont pas distribués suivant les critères de la légitimité et de la représentativité. Au lendemain de la présidentielle de 2019,  elle va se briser en autant de morceaux qu’une calebasse cassée. » Avant d’enfoncer le clou: « A partir de ce moment, je vais prendre ma propre route. Comme vont le faire au moins dix hauts responsables du parti qui comptent agir comme moi, y travaillent déjà, mais n’osent pas le proclamer aujourd’hui. »

Le cas Moustapha Cissé Lô n’est pas le seul symptôme de la crise. L’âme de l’APR, celui-là même qui, avec Macky Sall, l’a créé, est en rébellion de plus en plus ouverte, et a fini de se constituer en opposant dans le pouvoir. Alioune Badara Cissé, car c’est de lui qu’il s’agit, vite défenestré du gouvernement au lendemain de l’accession au pouvoir, laissé au chômage durant des années, casé de fraîche date au poste de médiateur de la République, n’est aujourd’hui du camp présidentiel que de nom. Affectueusement surnommé ABC, cet intellectuel cultivé, qui profite de sa posture de médiateur, censé donc être équidistant, use aujourd’hui d’une liberté de parole dévastatrice pour le pouvoir. Et construit un nouveau pavillon politique avec des organisations qui se sont constituées pour le soutenir: Les Abcdaires, AbcJaime, Jeunesse avec Abc…

Cette guerre aujourd’hui ouverte des cadres au sommet se répercute jusqu’aux cellules de base de l’APR. Ainsi qu’aux structures comme la Convention des jeunesses républicaines (Cojer, le mouvement de jeunesse du parti), dont la présidente, Thérèse Faye, combattue par le cercle intime de Macky Sall, a laissé exploser sa frustration au lendemain du remaniement consécutif aux législatives du 30 juillet 2017, avant d’être calmée avec des promesses par le numéro deux, Mahammed Boun Abdallah Dionne.

L’APR est aujourd’hui une bombe à retardement qui bouillonne de toutes parts. Le moindre fait de l’actualité révèle le climat de guerre civile qui y règne. Pour avoir fait poster sur Yerimpost un article répondant à l’édito de Cheikh Yérim Seck sur le calvaire des fidèles de la première heure de Macky Sall, Mahmoud Saleh a essuyé des réponses au vitriol signées de responsables du parti et de mouvements comme Les Abcdaires et AbcJaime.

Le climat, déjà suffisamment tendu à l’APR, est alourdi par les transhumants, ralliés de la dernière heure, hommes d’affaires mués en politiciens et autres personnalités de la société reconverties en brasseurs de voix imposés dans diverses localités par Macky Sall lui-même, dans le souci de ratisser large pour assurer sa réélection. Ces nouveaux venus, qui ne sont pas les bienvenus, braquent les historiques.

Aux querelles d’ego au sommet s’ajoutent les violentes guerres au sein des cellules de base du parti. A cet égard, l’exemple le plus éloquent est sans nul doute le conflit qui oppose Abdoulaye Daouda Diallo à Cheikh Oumar Anne pour le contrôle de Podor. Cette confrontation fratricide fait régulièrement la une des journaux par les affrontements, les dommages collatéraux et les coups bas qu’elle occasionne.

A quelques mois de l’échéance cruciale de la présidentielle, l’APR est en lambeaux. Si la position de pouvoir et les privilèges y liés vont permettre à Macky Sall de la maintenir artificiellement en vie jusqu’au scrutin de février 2019, le parti présidentiel va commencer à se démembrer au lendemain de ce rendez-vous électoral. Dans le cas où Macky Sall se succède à lui-même, l’APR continuera à exister pour la forme. Avant de disparaître totalement avec la fin du second et dernier mandat de son leader.

Cheikh Yérim Seck

 

 

 

 

 

Macky Sall a beaucoup fait, les enseignants doivent retourner dans les classes

YERIMPOST.COM Au cours de sa conférence de presse d’hier, 21 avril, Serigne Mbaye Thiam a menacé les enseignants grévistes de mesures de rétorsion, en brandissant la Constitution. Le ministre de l’Education nationale est, à juste titre, ulcéré par la surenchère interminable d’une corporation en éternelle contestation qui réclame des droits sans jamais honorer ses devoirs. Pareille attitude est d’autant plus lassante que beaucoup d’efforts ont été faits pour satisfaire ses revendications.

Le vendredi 30 mars, au moment où les Sénégalais avaient les yeux rivés sur le palais de justice de Dakar où devait être vidé le délibéré du procès Khalifa Sall et cie, le président de la République recevait les enseignants réunis autour des six syndicats les plus représentatifs. Sur leur principale revendication, à savoir l’indemnité de logement, Macky Sall leur a proposé la somme de 85 000 francs CFA à atteindre comme suit: 15 000 francs d’augmentation à partir d’octobre 2018 et 10 000 francs en janvier 2019. De 60 000 à 85 000, les enseignants n’ont pas craché sur la proposition mais ont demandé à consulter la base. Les vacataires n’ont pas été laissés pour compte, puisque le chef de l’Etat a également proposé une augmentation de salaire. Un plan d’apurement sur trois ans des rappels a aussi été discuté. Le président a promis un paiement entre 20 et 25 milliards par an jusqu’à épuisement total.




L’Etat a consenti un effort financier exceptionnel dans le souci de mettre fin à un cycle infernal de grèves qui ont fini de mettre à genou le système éducatif. Macky Sall a bravé le veto des bailleurs de fonds pour poser sur la table des mesures concrètes et audacieuses de sortie de crise. Parallèlement à la mise en oeuvre de ces mesures, il a demandé aux enseignants de reprendre le chemin des classes pour éviter de compromettre l’avenir des élèves. Sans être entendu.

Face à ces avancées, les enseignants n’ont en effet même pas eu la courtoisie d’amorcer le dégel. Ils ont continué à se livrer à leur activité principale depuis des décennies: faire grève. Comme si une confusion sémantique s’était installée dans leur esprit entre enseigner et faire grève. C’est trivial mais le rappel est pédagogique: un enseignant enseigne. Les enseignants ont déserté les classes pour le macadam des manifestations, les plateaux des médias, les lieux des assemblées générales, les tribunes des conférences de presse…

Ils continuent quand même d’être payés pour un travail qu’ils ne font plus, tout en se faisant défrayer pour des cours clandestins et illégaux dans les écoles privées. Cette escroquerie détruit l’école publique qui est passée du stade de la maladie grave à celui de la mort clinique. Or, l’école publique est le lien de la nation, l’espace de promotion de l’égalité des chances entre les citoyens, le lieu d’impulsion de l’élitisme républicain…

Serigne Mbaye Thiam a raison de s’offusquer devant un tel gâchis dans un pays qui fut naguère le quartier latin de l’Afrique et qui s’est mué en une usine de fabrique de nullards. Et c’est là aussi que les enseignants doivent être interpellés. Alors qu’ils posent des revendications surtout financières et très peu pédagogiques, le résultat de leur travail au cours de ces dernières années est plus catastrophique que la catastrophe.

L’Etat doit siffler la fin de la récréation. L’heure du retour dans les classes a sonné. Serigne Mbaye Thiam est attendu sur des mesures énergiques. Macky Sall a fait son devoir. Les enseignants doivent honorer le leur. Un sursaut de conscience professionnelle leur est nécessaire. Il faut arrêter les dégâts. Beaucoup de générations d’élèves ont déjà été sacrifiées sur l’autel d’un corporatisme vénal, irresponsable et anti-patriotique.

Cheikh Yérim Seck

 

Quand le Sénégal vire du modèle au contre-modèle: Chronique d’une démocratie qui se déconstruit

YERIMPOST.COM « Tripatouillage constitutionnel », « manoeuvre pour écarter de potentiels adversaires », « changement des règles du jeu électoral », « révision constitutionnelle forcée »… Tels sont les termes par lesquels la presse internationale désigne ce qui se passe au Sénégal. Ces mots, on avait l’habitude de les entendre dans le traitement de l’actualité de pays comme le Togo, la RDC ou le Congo.

En l’espace de quelques mois, le vernis qui enveloppait le modèle démocratique sénégalais a craquelé. Notre pays est passé de la rubrique des démocraties-modèle à celle des républiques bananières. Arrestations d’opposants, interdictions de manifestations pacifiques, tripatouillages constitutionnels… Amnesty International a eu raison de constater un recul des libertés au Sénégal, n’en déplaise au Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne, qui a maladroitement répliqué en taxant cette organisation de défense des droits de l’homme d’officine au service des homosexuels.




La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est sans nul doute ce projet de révision constitutionnelle imposé par Macky Sall à moins d’un an de la présidentielle de février 2019 pour modifier les conditions d’éligibilité à ce scrutin. Pareille réforme viole les règles fixées en la matière par la Cedeao. Dans le monde où nous vivons, faut-il le rappeler, toute modification des règles du jeu électoral, surtout à quelques mois d’une élection, est juridiquement disqualifiée et politiquement mal perçue.

A cela, il faut ajouter l’effet de cumul, dans un contexte où le Sénégal est épisodiquement cité dans des événements peu glorieux. L’emprisonnement de Karim Wade a causé un sérieux dommage à l’image de notre pays, surtout du fait de cette décision de l’Onu qui a qualifié sa détention d’arbitraire. Les conditions dignes d’un scénario de série B dans lesquelles le fils de l’ex-président Abdoulaye Wade a été exfiltré vers le Qatar, le jour de sa libération, à bord d’un jet privé, n’ont pas été pour honorer notre pays.

L’embastillement qui s’est ensuivi du maire de Dakar, Khalifa Sall, est apparu aux yeux d’une bonne partie de l’opinion nationale et internationale moins comme un exercice de lutte contre la corruption que comme une opération de liquidation d’un adversaire politique potentiellement dangereux. Sa condamnation à une peine lourde par une justice aux ordres suscite la même perception que ce système de parrainage institué au forceps: ils découlent tous les deux de la volonté du président-candidat d’écarter tous les potentiels rivaux qui lui inspirent quelque crainte.

Et, comme pour aggraver son cas après le traumatisme causé par la condamnation du très réseauté maire de Dakar, le pouvoir de Macky Sall a emprisonné son lieutenant Barthélémy Dias pour délit d’opinion.

Cruelle ironie du sort, toutes ces dérives contre les libertés interviennent sous Macky Sall, né après l’indépendance, arrivé au pouvoir à la faveur d’une alternance qui a conforté la place de démocratie majeure du Sénégal en Afrique. C’est sous son magistère que notre pays passe du statut de modèle à celui de contre-modèle voire de risée du monde. Notre démocratie, qui inspirait tant de complexes aux Africains, se tropicalise, s’africanise… Signe des temps, la prochaine présidentielle verra la non-participation de deux supers favoris (Khalifa Sall et Karim Wade) et d’autres candidats qui seront recalés par le biais du filtre du système de parrainage.

La volonté de Macky Sall de rempiler à tout prix coûte cher au crédit international de notre pays. Ismaila Madior Fall, son ministre de la Justice, professeur de droit, ancienne vigie de la République, est passé maître dans l’art des réformes déconsolidantes. La situation actuelle de notre pays impose la nécessité d’une société civile forte, vigilante, gardienne intraitable des acquis. Car les acquis ne sont guère irréversibles. Le pire n’est jamais trop loin. Et les démocraties, comme les civilisations, sont mortelles.

Cheikh Yérim Seck




Moustapha Niasse, prenez vos responsabilités pour l’Histoire !

YERIMPOST.COM Moustapha Niasse, je suis né vous voyant parmi les principaux animateurs du pouvoir d’Etat. Vous avez toujours été là, en dépit des vicissitudes de la vie publique et des aléas de la respiration démocratique du pays. Directeur du cabinet présidentiel, ministre, ministre d’Etat, Premier ministre, président de l’Assemblée nationale… A l’exception du fauteuil présidentiel, que vous avez raté du fait de votre pedigree particulier, vous avez occupé toutes les positions dans l’appareil d’Etat. Le Sénégal vous a tout donné, a façonné votre carrière et vous a bourré de privilèges. Le monde étant petit, l’on sait que la position de pouvoir vous a enrichi et vous a permis d’enrichir vos proches.

Qu’avez-vous, en retour, rendu au Sénégal ? Vous avez été l’acteur d’un échec collectif de notre classe politique qui, de Senghor à Macky Sall, en passant par Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, a appauvri notre peuple et sinistré les secteurs stratégiques de l’éducation, de la santé, de l’industrie, de l’agriculture…

Comme peut-être beaucoup de ceux qui ont exercé des responsabilités importantes dans notre pays depuis l’indépendance, vous n’avez, M. Niasse, encore rien fait de transcendant pour le Sénégal. Tout juste avez-vous, certes avec succès, réussi à vous bâtir une longue carrière politique en dépit des changements dans la météo démocratique.

Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. Et vous tenez une occasion historique de rendre service aux Sénégalais. Ce 19 avril 2018 est l’un de ces jours au cours desquels se fait l’Histoire. Acteur central de cette réforme constitutionnelle controversée qui menace l’équilibre de notre pays, vous avez un rôle prépondérant à jouer. Pour une fois, oubliez votre personne, vos intérêts, votre position, votre perchoir, votre camp politique, et pensez à l’intérêt général. Refusez de rester dans l’Histoire comme le serviteur servile de coteries partisanes et d’intérêts personnels. Usez de votre position pour persuader ou, à défaut, contraindre Macky Sall de surseoir au vote de cet incendiaire projet de loi pour donner ses chances à une discussion.

Ce faisant, vous prouveriez que vous êtes ce sage de la classe politique non pas seulement de par votre position d’aîné. Et vous seriez le médiateur naturel pour dénouer cette crise qui porte un sérieux coup à la réputation démocratique de notre pays.

Si, au contraire, vous vous comportez en thuriféraire d’un camp pour faire voter une loi susceptible de brûler le Sénégal, vous sacrifierez définitivement une place d’homme d’Etat pour une position triviale d’homme politique, de politicien…

Moustapha Niasse, vous avez atteint cet âge canonique où même Dieu est indulgent à votre égard. Vous n’avez plus rien à perdre et tout à gagner. Pour égard à la dignité de votre fonction, prenez une posture qui honore la République, la démocratie, le dialogue si cher à votre défunt mentor Léopold Sédar Senghor…

Macky Sall était à peine né lorsque vous exerciez des responsabilités au plus haut niveau. Les privilèges qu’il vous a donnés ne doivent pas vous dissuader de lui tenir le langage de la vérité en ce tournant crucial. Le moment est d’autant plus propice qu’il ne courra pas le risque d’une rupture avec le président de l’Assemblée nationale que vous êtes à quelques heures du vote d’une loi si lourde de polémiques.

Moustapha Niasse, prenez vos responsabilités pour l’Histoire !

Cheikh Yérim Seck



Contrats Etat-Total: l’inquiétante nullité de l’opposition sénégalaise

YERIMPOST.COM Après des pressions intenses, auxquelles Yerimpost s’honore d’avoir contribué, l’Etat du Sénégal a fini par céder et par publier les contrats le liant à Total dans le cadre des gisements pétroliers et gaziers de Rufisque Offshore profond et de l’Ultra Deep Offshore.

Ces documents sont une mine d’informations, une illustration concrète de l’hérésie de la « gouvernance sobre et vertueuse » prônée par Macky Sall. Ils sont donc une aubaine au profit de ses adversaires politiques pour interpeller le locataire du Palais à partir de faits concrets.

Contre toute attente, l’opposition est muette sur les contrats publiés, accaparée qu’elle est par des polémiques politiciennes sans aucune prise directe sur la réalité. A l’exception notoire d’Ousmane Sonko, qui a évoqué la question sur sa page Facebook et promis d’y revenir par une conférence de presse, les leaders de l’opposition ont fait montre d’une nullité inquiétante face à une problématique aussi stratégique.

Dans les pays à démocratie raffinée, la publication de documents de ce type aurait poussé les opposants à commettre une batterie d’avocats spécialisés et de juristes-conseil pour les disséquer, en distinguer le bon du mauvais, proposer des pistes de modification en cas d’alternance au pouvoir…

C’est peut-être trop demander aux adversaires de Macky Sall qui mettent la politique politicienne au-dessus des questions stratégiques. Gageons qu’ils vont se raviser pour examiner les contrats et soulever les importantes questions qui en découlent. La nullité n’est pas une fatalité.

Cheikh Yérim Seck




Sidiki Kaba, pourquoi êtes-vous allé faire humilier si gravement le Sénégal en Israël ?

YERIMPOST.COM Propulsé ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, sans doute pour avoir sur-vendu à Macky Sall ses « réseaux » dans le monde, Sidiki Kaba confond-t-il diplomatie et réseautage ? Intérêts du Sénégal et développement de son tissu relationnel propre ? Comment expliquer sa récente visite en Israël, sinon par une volonté d’entrer dans les faveurs du lobby juif, quitte à malmener la ligne du Sénégal sur le conflit israélo-palestinien ?
Quelles que soient les motivations de ce déplacement, il a offert l’occasion à la très arrogante administration Netanyahou d’infliger à notre pays un traitement plus humiliant que l’humiliation. C’est le quotidien national Le Soleil qui, dans sa livraison du 30 mars, écrit, en page 5: « Cette fin de visite a été marquée par une audience avec le ministre de la Défense israélien à la place du Premier ministre empêché. »  Cette formule diplomatique usuelle signifie que Benyamin Netanyahou n’a pas souhaité recevoir Sidiki Kaba. Le pire est dans le mot « empêché » qui suggère que le rendez-vous avait été confirmé puis annulé au dernier moment…




L’humiliation ne s »arrête pas là. Le Soleil renchérit: «Avant cette audience, le ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur avait rencontré le directeur des affaires politiques au ministère des Affaires étrangères». En clair, fioriture diplomatique à part, Kaba n’a même pas pu rencontrer son homologue israélien. 
La figure du Sénégal a été versée par terre, pour parler comme les Ivoiriens. Mais ce n’est que logique. C’est le chef de notre diplomatie qui a payé des verges pour se faire fouetter. Le Sénégal n’est pas n’importe quel pays. Il est à l’avant-garde du combat contre les injustices imposées au peuple palestinien depuis 1948. Et a voté toutes les résolutions condamnant les atteintes au droit international perpétrées par Israël sur les territoires occupés.
L’Etat hébreu n’est pas notre ami. Il a annulé ses programmes de coopération avec notre pays, en décembre 2016, suite à la décision du Sénégal de faire partie d’un groupe d’Etats initiateurs de la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations-unies appelant à mettre fin à la colonisation juive en ‘’territoire palestinien occupé’’. La vision de Netanyahou des rapports avec la Palestine est contraire à la ligne historique de notre politique étrangère.
Tous les actes posés par le chef de notre diplomatie au cours de sa visite en Israël constituent des fautes symboliques. Alors que notre pays, peuplé à 95% de musulmans, a présidé l’Organisation de la conférence islamique de 2012 à 2013 et dirige le Comité permanent de l’Organisation de la conférence islamique pour l’information et les affaires culturelles (Comiac), le geste d’adoration de Kaba en kippa devant le Mur des lamentations a horripilé la oummah islamique.
Tandis que le représentant permanent du Sénégal à l’Onu a été élu en février 2017 président du Comité des Nations-unies pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, Sidiki Kaba a fait accoler à notre drapeau celui de la puissance occupante de la Palestine pour meubler le fond de sa photo avec Avigdor Libermann, l’un des hommes politiques juifs les plus racistes, les plus anti-arabes et les plus anti-musulmans.




Au moment où notre pays et ses plus grands intellectuels militent pour la protection d’Al Aqsa, le troisième lieu saint de l’Islam, Sidiki Kaba s’y est fait conduire manu militari par de nerveux soldats israéliens qui ont molesté les Palestiniens trouvés sur les lieux, et investi avec cette irrévérence mêlée d’arrogance ce lieu de culte à partir duquel le Prophète Mohamed SAWS s’est élevé vers le Ciel. Le cliché est assassin aux yeux des peuples musulmans.
Le ministre des Affaires étrangères est allé au bout de tout ce qu’il pouvait faire pour déshonorer le Sénégal et brouiller son image dans le monde. Si on vivait dans un pays communiste, il aurait été jugé pour haute trahison. Heureusement pour lui, nous sommes en démocratie. Sidiki Kaba a toutefois l’obligation d’expliquer au nom de quels intérêts il a commis des gaffes diplomatiques de cette gravité.
Cheikh Yérim Seck




Mon regard de juriste sur les incohérences de la décision de Malick Lamotte

YERIMPOST.COM Juriste dans une autre vie, j’ai gardé de ma formation universitaire des notions qui me permettent de me livrer à l’exercice du commentaire d’arrêt. La décision pénale qui m’intéresse, objet d’une grande attention de l’opinion publique du fait du pedigree du prévenu, me semble traîner de sérieuses incohérences.

Khalifa Sall a été condamné notamment pour escroquerie portant sur des deniers publics, une infraction d’une grande gravité qui d’ailleurs justifie la lourdeur de la peine qui lui a été infligée. Cette infraction suppose que son auteur ait usé de manoeuvres frauduleuses pour se faire remettre les deniers en cause à des fins d’enrichissement personnel. En l’espèce, Khalifa Sall, maire de Dakar, ordonnateur du budget de sa commune, ne peut pas être poursuivi pour escroquerie. Il dispose de jure et de facto des fonds et n’a nul besoin pour ce faire d’user d’une quelconque manoeuvre. Il ne peut être poursuivi que s’il commet des malversations dans leur gestion ou s’il les détourne de leur affectation dans un but d’enrichissement personnel. Seul un tiers est susceptible d’user de manoeuvres pour se voir remettre indûment ces deniers.




Ensuite, le juge Malick Lamotte a reçu la constitution de partie civile de l’Etat pour ensuite décider que celui-ci n’avait subi aucun préjudice et n’avait donc pas droit à une réparation. Or, dans un procès pénal, ne peut se constituer partie civile que celui qui a souffert d’un dommage directement causé par l’infraction. Le comportement du juge vis-à-vis de l’Etat dans ce procès reflète donc une contradiction absolue. Si je n’étais pas si naïf en politique, je croirais que le juge a fait exprès, en connaissance de cause, d’accueillir dans le procès une partie qui n’en est pas une, dans le but d’affaiblir la défense du prévenu par des contradicteurs illégitimes.

De même, le juge Lamotte a déclaré irrecevable la constitution de partie civile de la mairie de Dakar. Au bout du procès, il a reconnu implicitement, en décidant que l’Etat n’a pas subi de préjudice, que c’est la mairie qui l’a enduré. En clair, la mairie, dont les 1,8 milliard de francs cfa sont censés avoir été escroqués, a été empêchée d’entrer dans le procès pour les réclamer. Ce qui a conduit à cette situation rocambolesque où Khalifa Sall, à qui on reproche 1,8 milliard de nos francs, se retrouve ne devoir payer que 5 millions ! La partie qui devait exercer l’action civile a été écartée du procès !

Si je n’étais pas si inexpert sur les questions de pouvoir, je croirais que l’obsession de punir le maire de Dakar était si dévorante qu’on a administré le procès contre certaines normes élémentaires de bon sens.

Enfin, le juge Lamotte a estimé de façon péremptoire que le faux et usage de faux est établi dès lors que les factures d’achat de riz et de mil établies ne recoupent pas la réalité de l’utilisation faite des fonds de la caisse d’avance. Cette interprétation est sujette à caution en droit budgétaire et comptable. Dans ce droit, les fausses certifications ne sont pas un délit. Le juge des comptes cherche à s’assurer d’une seule chose: la conformité de l’affectation des fonds.

Si j’étais l’avocat de Khalifa Sall, j’aurais eu des griefs sérieux à opposer devant la Cour d’appel à la décision de Malick Lamotte. D’aucuns me diront qu’ils ne serviraient à rien, vu la nature de ce dossier qui pousse certains magistrats dociles à le trancher dans le seul souci d’appliquer au prévenu une punition à la hauteur de l’adversité qu’il suscite en Macky Sall.

Nos juges gagneraient à méditer cette pensée d’Hypolite de Livry: Le plus horrible spectacle de la nature, et un des plus communs, est de voir violer la justice par l’homme préposé pour la rendre.

Cheikh Yérim Seck



Un ancien de la DST pour épier les Sénégalais: le scandale des écoutes téléphoniques

YERIMPOST.COM Votre blog préféré est en mesure d’écrire que le pouvoir en place au Sénégal a recouru aux services d’un Français, ancien de la Division de la sécurité du territoire (DST, les renseignements intérieurs hexagonaux), dont nous taisons le nom par sens de la responsabilité et par égard à sa sécurité, pour muscler le dispositif qui épie les communications téléphoniques des Sénégalais.

Parmi ceux de nos concitoyens qui comptent, quiconque est vigilant se rend compte qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans la qualité de ses coups de fil. S’il est peut-être efficace, le dispositif technique mis en place n’est pas discret. Il n’est pas totalement maîtrisé par les « grandes oreilles », comme le suggère cette source qui nous apprend qu’il s’agit d’une technologie israélienne dernier cri en cours d’acclimatation chez nous.




Il y a aussi là les effets pervers du comportement pour le moins écrasant et solitaire des agents des services secrets qui, munis de réquisitions, accèdent directement aux serveurs des sociétés de téléphonie mobile, y opèrent en solo, snobent les ingénieurs-maison qui connaissent les installations certainement mieux qu’eux… C’est ce qui explique des dérèglements comme ces vents violents et intempestifs qui se glissent dans les communications écoutées.

Mais tout cela n’est pas la question. La question ici n’est technique que pour ceux qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Elle est surtout d’ordre éthique. Dans une société civilisée, un Etat démocratique, les communications sont protégées par le secret. La confidentialité est une composante essentielle du droit à l’intimité de la vie privée. Il ne doit être porté atteinte à ce droit que dans des cas et des séquences limités et si et seulement si il y a une menace sur la sécurité collective.

Au Sénégal, on est trop loin de cette préoccupation d’ordre public. On confond sécurité publique de l’Etat et intérêts politiciens d’un régime qui épie ses adversaires ainsi que les pôles d’influence comme les médias, les syndicats et les familles religieuses. Au nom de quel principe peut-on épier des Sénégalais qui ne complotent pas contre la sûreté de l’Etat et pénétrer jusqu’aux profondeurs de leur intimité ? Doit-on dépenser des quantités importantes de deniers publics pour acquérir des technologies chères dans le but de violer les droits des citoyens ?

Aujourd’hui, la prégnance des écoutes et la psychose qu’elles suscitent ont fini de faire de Whatsapp le véhicule le plus répandu des communications entre les Sénégalais qui comptent. Avec toutes les contraintes liées à la mauvaise qualité de l’Internet et à ce risque de déposer des  données stratégiques sur la plateforme d’une entreprise privée américaine.

En un mot comme en mille, les écoutes téléphoniques tous azimuts, appelées à s’intensifier au fur et à mesure qu’approche l’élection présidentielle de février 2019, constituent un gros désastre humain et un énorme scandale démocratique.

Cheikh Yérim Seck



J’ose espérer que cette information sur Malick Gakou est fausse !

YERIMPOST.COM A l’initiative de Baye Ndiaye, frère du promoteur de lutte Aziz Ndiaye, et en l’absence de Balla Gaye 2, pris par les préparatifs de son combat contre Gris Bordeaux, mais en présence de son petit-frère, Sa Thiès, des bonnes volontés de Guédiawaye se sont rendues chez Malick Gakou. L’objectif est d’enrôler le leader du Grand parti (Gp) dans le groupe des personnalités de Guédiawaye appelées à se mobiliser autour de Balla Gaye 2 pour qu’il sorte victorieux de son choc du 30 mars prochain contre le Tigre de Fass.

Voilà ce que j’ai lu dans la parution du 20 mars 2018 du quotidien L’Observateur. Je refuse de croire en la véracité de cette information. Malick Gakou ne peut pas oser faire ce coup-là aux Sénégalais. Il ne peut pas, après avoir laissé entendre sa volonté de briguer la magistrature suprême, le 22 janvier 2017, à l’occasion d’une assemblée générale de son parti, disparaître et ne réapparaître sous les projecteurs des médias que sous les traits d’un parrain d’écurie de lutte préoccupé à s’affairer pour la victoire d’un lutteur.




Je n’ose pas croire, alors que les Sénégalais attendent ses propositions de transformation du pays dans un champ politique plus que demandeur d’offre, que Gakou puisse leur manquer de respect à ce point. Qu’il soit amateur de lutte ou friand d’être louangé dans les chansons de starlettes sénégalaises, c’est son droit ! Qu’il ait ce penchant pour le star system et le showbiz, pourquoi pas ?, s’il estime pouvoir passer par les célébrités pour décrocher les suffrages de leurs fans !

De là à théâtraliser une visite de lutteurs et d’amateurs alors qu’il est attendu sur des propositions pour régler les problèmes du pays, il y a une grosse erreur sur le registre.

Etre candidat à la fonction suprême de l’Etat est une chose sérieuse. Diriger un pays, ce n’est pas se distraire avec des lutteurs ou des chanteurs. La lutte, c’est bien. La musique, c’est excellent. Mais le Sénégal n’est pas un espace de jeu, encore moins un jouet. La politique n’est pas une activité ludique. C’est un engagement pour changer les choses. Elle requiert beaucoup de sérieux. Enormément de concentration. La concentration est le contraire de la distraction.

Malick Gakou, qui a une carte à jouer dans cette présidentielle ouverte avec 2 millions de primo-votants, ne doit être vu que sur le front des propositions sur l’éducation, la santé, l’emploi, la diplomatie, le développement économique… Desservi par une réputation de jet-setteur, qui lui colle à la peau tel un boulet, il doit travailler sa « présidentialité », prouver qu’il a les épaules assez larges pour remplir le manteau présidentiel.

Titulaire d’un doctorat, intellectuel structuré, il doit cesser de se laisser voir sous les traits d’un trivial personnage mondain. Et se défaire de certaines fioritures pour apparaître à l’opinion tel qu’il est vraiment. Nos discussions en privé m’ont fait déceler en lui un calibre politique et intellectuel qui peut être utile au Sénégal. J’ose croire qu’il ne va pas se consumer dans des futilités. J’ose espérer que l’information de L’Observateur est fausse !

Cheikh Yérim Seck



Non, Idrissa Seck, vous n’avez pas le droit de dire ça !!!

YERIMPOST.COM Evoquant les meurtres de nos compatriotes à l’étranger, vous avez, monsieur le président de Rewmi, critiqué le pouvoir, estimant qu’il gère ces drames avec « légèreté » et « faiblesse ». Pour justifier cette diatribe, vous avez convoqué le devoir de l’Etat de protéger ses ressortissants installés à l’intérieur comme à l’extérieur de son territoire.

M. Idrissa Seck, vous êtes leader d’un parti politique. Vous avez de par le passé occupé les fonctions stratégiques de directeur de cabinet du président de la République puis de Premier ministre. Vous n’avez pas le droit de tenir de tels propos. Vous connaissez la délicatesse des rapports entre Etats ainsi que les règles imposées par la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques et consulaires.

Vous n’ignorez pas que, même si fermeté il doit y avoir, elle s’exerce dans les conditions de la diplomatie, c’est-à-dire dans le respect des formes, la discrétion, la courtoisie… L’Etat du Sénégal observe ces principes, mais vous savez parfaitement, pour être informé, qu’il a pris toutes les dispositions pour que tous les droits d’Idy Diène, tué en Italie, et de sa famille soient respectés. Vous savez tout autant qu’il a dépêché une mission en Espagne pour prendre langue avec les autorités, défendre les droits de nos compatriotes Mame Mbaye Ndiaye et Ousseynou Mbaye qui y ont perdu la vie, et prendre les dispositions pour éviter de tels drames en l’avenir.

Contrairement donc à ce que vous affirmez, ni légèreté ni faiblesse ne peuvent être imputées au pouvoir sénégalais. Macky Sall, le président de la République, a certes des défauts. On ne peut toutefois pas lui reprocher de manquer de sérieux.

La politique au sens politicien du terme est légitime. La contradiction est le moteur de la démocratie. Mais elle ne s’exerce pas sur tout, en tout, tout le temps. Les intérêts supérieurs de notre pays, ses relations avec les Etats tiers, la vie et la sécurité de nos compatriotes… ne sont pas des questions politiciennes. Ce sont des enjeux transcendants.

Sous d’autres cieux, lorsque des drames de ce type touchent des citoyens, toute la classe politique observe ce qu’il est convenu d’appeler « l’union sacrée ». Les leaders de l’opposition se plient à une réserve de décence et, dans bien des cas, soumettent dans la discrétion des propositions au pouvoir sur ce qu’ils estiment être la meilleure manière de gérer la situation.

Monsieur Idrissa Seck, vous avez le droit, à dix mois de l’échéance cruciale de la présidentielle de 2019, de tirer à boulets rouges, à bout portant et à feu nourri sur votre adversaire, Macky Sall. Vous ne devez toutefois pas faire feu de tout bois. Aspirant à la plus haute fonction de ce pays, vous devez respecter les règles d’élégance républicaine et les murs porteurs des intérêts de l’Etat.

Cheikh Yérim Seck



Vidéo- Yerimpost décrit le comportement prédateur et impérialiste de Total au Sénégal





Un palais bis à Diamniadio ? Pourquoi pas ? Mais…

YERIMPOST.COM Donner un caractère institutionnel à Diamniadio motive la décision du chef de l’Etat de faire construire un palais bis au Pôle urbain. Une annexe qui pourra accueillir des réunions du conseil des ministres ou encore des réceptions officielles. Voici l’argument d’utilité publique que le directeur du patrimoine bâti de l’Etat a brandi pour repréciser la pensée du président de la République. Karim Fofana, dans une note, a expliqué: « Après les sphères ministérielles et la Maison des Nations-unies, l’annexe du palais est la troisième étape du redéploiement territorial de l’administration pour accompagner le développement de la nouvelle ville… Les annexes de palais existent dans tous les pays. La Résidence de Popenguine et le palais de l’île de Gorée sont des annexes du palais de Dakar. Lorsque le Sénégal construisait ces annexes, nous n’avions pas ces enjeux de développement territorial et de décongestionnement de la capitale.»




Accordons une présomption de bonne foi à M. Fofana et à son patron ! Si Macky Sall, dépositaire de la légitimité démocratique, estime avoir besoin d’une annexe de son palais à Diamniadio pour être plus efficace dans la réalisation du bonheur des Sénégalais, ceux-ci doivent soutenir pareil projet sans réserve.

Et puis, comme dit Fofana, il y a bien les palais d’Abidjan et de Yamoussoukro en Côte d’Ivoire, les palais de Brazzaville et d’Oyo au Congo, les palais de Lagos et d’Abuja au Nigeria…

Le Sénégal est un Etat important dans l’imaginaire mondial, une « zone d’influence symbolique », un pays de rencontres internationales… Avec son Centre international de conférences Abdou Diouf (Cicad), Diamniadio va devenir un hub naturel de sommets internationaux. Il n’est pas superflu que le chef de l’Etat, qui est en train et va y recevoir d’importantes personnalités, y dispose d’un abri qui puisse refléter l’image majestueuse que nous voulons offrir de notre pays.

Pour susciter la révérence, l’Etat doit se parer de ses plus beaux atours. Le pouvoir est une représentation qui doit impressionner par sa grandeur, sa splendeur, ses ors, ses lambris et ses dorures.

Mais le palais bis de Diamniadio n’a de sens que s’il grave dans la pierre l’âme de notre peuple et tranche d’avec le style gothique de cette bâtisse blanche aux longs murs qui abritait le gouverneur de l’AOF et trône sur la désormais Avenue-Léopold-Sédar-Senghor, au cœur du Plateau, à Dakar.

Le nouveau palais doit cristalliser le génie créateur de notre peuple. Il doit être le reflet de la créativité de notre architecture, de nos architectes, de nos menuisiers, de nos potiers, de nos peintres, de nos sculpteurs, de nos décorateurs d’intérieur… Rien ne doit y figurer qui ne soit pas made in Sénégal et suivant les codes culturels et esthétiques de notre pays.

Bien plus qu’un palais, il devra être un espace d’exposition grandeur nature du savoir-faire sénégalais. Le projet sera réussi si chaque dirigeant étranger qui y séjourne éprouve le désir de faire découvrir la touche sénégalaise à son pays.

Le palais de Diamniadio doit être construit par des entreprises sénégalaises. Plus que de fierté, c’est une question de sécurité nationale. Les prestataires de ce chantier doivent être choisis suivant des règles d’absolue transparence. Les entreprises techniquement les meilleures et financièrement les moins chères doivent être sélectionnées pour ériger un bijou au-dessus de toute contestation.

Le coût du projet doit être maîtrisé. Cette dépense, qui ne donne pas directement à manger, doit être contenue pour ne pas, à l’image de la réfection du Building administratif, passer, à coups d’avenants, du simple au double du budget convenu.

L’esprit du nouveau palais serait faussé d’avance si sa construction devait être attribuée à certains businessmen dont la trop grande proximité avec le pouvoir alimente les bruits dans les salons feutrés et sous les chaumières. Et si le contribuable devait se retrouver, au bout du compte, avec une ardoise qui aurait pu, par son épaisseur, couvrir le financement de priorités dans l’éducation, la santé et la création d’emplois pour les jeunes.

Cheikh Yérim Seck




Vidéo- Yerimpost: « le pouvoir passe par Abdoulaye Sylla pour frapper Pape Alé Niang »





Réfection du Building administratif: illustration la plus achevée de la mauvaise gouvernance

YERIMPOST.COM Lorsque les Sénégalais passent devant cette grosse bâtisse en réfection qui a abrité la primature et de nombreux ministères depuis l’indépendance, ils n’imaginent pas la quantité d’argent engloutie dans les interminables travaux. Quand il va être livré, le Building administratif aura subi un lifting qui aura coûté pas moins de… 39 milliards de nos francs. A titre de comparaison, la Cité de l’Emergence de Diamniadio, qui va abriter 17 tours de 10 étages chacune, est estimée à 21 milliards. Ce coût inclut la construction de toute la Cité depuis les fondements jusqu’à la livraison des immeubles et des aménagements de toutes sortes (éclairage public, routes, équipements sportifs, sociaux, religieux…). Tandis que le prix de la remise à neuf du Building Administratif couvre la seule réfection d’un bâtiment existant.




Attribué après un appel d’offres restreint, expression douce pour désigner un gré-à-gré de facto, ce marché a suscité une vive polémique dès le départ. Pour se défendre à l’époque, le gouvernement avait avancé le chiffre de 17 milliards comme coût du lifting. En 2013, le marché, référencé T1431/13, a été attribué à Bamba Ndiaye SA avec un coût initial de 30,04 milliards de francs cfa. Puis, sans qu’on ne sache trop pourquoi, un avenant immatriculé T0717/16-Dk d’avril 2016 est venu alourdir la facture de 2,04 milliards supplémentaires.

Au cours du premier trimestre de 2017, un deuxième avenant a été signé entre le Premier ministre et l’adjudicataire du marché Bamba Ndiaye pour ajouter une rallonge de 6,4 milliards de francs cfa. Ce qui porte le coût global de la réfection à 39 milliards de francs cfa.

Quel Etat au monde aurait mis, pour rafistoler un seul building, ce montant qui aurait pu lui permettre d’avoir 39 immeubles à 1 milliard pièce ? Quelle idée, alors que l’heure est au décongestionnement de Dakar, avec le déménagement de certains ministères sur Diamniadio, de reconstituer un building au centre-ville de la capitale ? Doit-on payer si cher pour aggraver les embouteillages qui, chaque jour davantage, compliquent l’accès au coeur de Dakar ? Qui a orchestré ce projet, illustration achevée de la mauvaise gouvernance ?

Sous tous les angles d’attaque, la réfection du Building administratif est un gâchis monumental, sans doute la plus grosse affaire de gaspillage de deniers publics depuis l’indépendance. Il est curieux qu’elle soit intervenue à l’ère de « la gouvernance sobre et vertueuse », sous le magistère de Macky Sall qui, les premiers moments suivant son élection, s’est attaqué à toutes les niches de dilapidation de l’argent public.

Cheikh Yérim Seck




Abdoulaye Sylla, bras du pouvoir pour frapper Pape Alé Niang

YERIMPOST.COM C’est connu : chaque fois qu’un pouvoir a voulu liquider un élément récalcitrant sans se salir les mains, il est passé par des affidés disposés à faire le sale boulot. Le procédé est classique. Il est aussi vieux que le cynisme et le machiavélisme en politique.

Dans le cas d’espèce, cela a mauvais genre pour le régime de Macky Sall, au risque de craqueler le vernis du modèle démocratique sénégalais, de persécuter un journaliste. Abdoulaye Sylla, homme d’affaires plus qu’introduit au Palais, va s’en charger par le biais de la citation directe qu’il a servie au patron du site Dakarmatin suite à une chronique de celui-ci répertoriant les marchés à milliards à son avis indûment affectés à ce businessman qui frôlait la faillite en 2012.




La forme et le fond de cette action en justice trahissent le calcul qui la sous-tend. Abdoulaye Sylla a intenté contre Pape Alé Niang une procédure correctionnelle, demandant que lui soient appliquées les rigueurs de la loi pénale et une condamnation à payer… 2 milliards de francs cfa de dommages-intérêts ! S’il n’était animé que par le souci de « laver son honneur », il aurait attaqué au civil et réclamé le franc symbolique en guise de réparation du préjudice allégué. Sur le fond, le demandeur reproche au défendeur d’avoir évoqué dans une chronique sa société, Ecotra, avec le calcul évident de lui fermer la bouche ad vitam aeternam sur la question.

Ce type de méthode est passé d’époque. L’heure n’est en effet plus à des actions contre la presse. Dans la civilisation contemporaine, même quand un journaliste se trompe, on l’informe, on le démentit ou on le somme de rectifier.

Mais l’objectif d’Abdoulaye Sylla dans la présente procédure procède moins du souci de rétablir sa vérité que de la volonté d’offrir au pouvoir une vengeance par procuration contre le très gênant chroniqueur. Il se trompe à la fois de combat et d’adversaire. L’expérience a prouvé que se battre contre un journaliste aboutit toujours au résultat inverse de celui que l’on recherche. Et puis, les vrais adversaires du sieur Sylla sont dans des cercles autres que la presse.

Il doit ménager ses forces pour faire face à ces fonctionnaires haut placés des administrations financières de l’Etat qui le trouvent démesurément favorisé, à ces politiciens de l’entourage présidentiel qui lui reprochent de bouffer tous les fruits de leur travail pour porter Macky Sall au pouvoir, à ces hommes d’affaires qui lui en veulent pour les gros marchés qu’on lui donne sans une vraie concurrence et pour la vitesse à laquelle il est payé avant tout le monde…




Aucune presse sérieuse ne peut ne pas s’intéresser aujourd’hui à Abdoulaye Sylla au regard de sa prégnance sur l’économie et les finances de notre pays. Pape Alé Niang n’est d’ailleurs pas le seul à s’interroger sur ce multimilliardaire qui a brutalement émergé des flancs du pouvoir. Nombre d’observateurs, notamment des services secrets occidentaux, essaient de voir clair sur la vraie nature de ses liens avec la famille présidentielle, sur le versement de gros paiements dans son compte logé à la banque Crédit agricole contrôlée par le pouvoir, sur ses fréquents voyages à Dubai et dans des pays de cet acabit, sur le contenu de ses bagages au cours de ces déplacements…

L’administrateur général d’Ecotra a donc des combats plus stratégiques à mener. D’autant qu’il est dans le viseur de tous ceux qui, aujourd’hui, disputent le fauteuil présidentiel à Macky Sall. Le jour où la roue du pouvoir tourne, il sera l’un des premiers à être soumis au rituel de la reddition des comptes. Et aucune sympathie maraboutique chèrement payée ne sera de trop pour le protéger.

A l’instar de ceux qui l’ont précédé dans l’exercice au sein de l’entourage d’Abdoulaye Wade, Abdoulaye Sylla est une pure fabrication de « la gouvernance sobre et vertueuse » de Macky Sall. Il ne saurait, à ce titre, échapper au scanner des médias interpellés par les pratiques de gestion au plus haut sommet de l’Etat.

Au lieu de penser à servir de fouet au régime pour lapider un journaliste, il doit se souvenir, instruit par le précédent Karim Wade, que toute vanité du pouvoir est éphémère et stupide.

Cheikh Yérim Seck




L’insupportable imperium de Total sur la colonie Sénégal

YERIMPOST.COM Le comportement au Sénégal du groupe pétrolier français Total ressemble à s’y méprendre à celui des colons qui, après avoir décrété, en 1885 à Berlin, notre pays terre vacante et sans maître, y paradaient en territoire conquis, usant des hommes et des ressources à leur guise.

Insulte grossière à notre indépendance, 58 ans après la proclamation formelle de celle-ci, seule l’enseigne de Total trône sur une station-service tout au long de notre unique autoroute à péage ! EDK, Touba Oil, Clean Oil, Star Oil et toutes les autres entreprises sénégalaises du secteur sont ostracisées dans leur propre pays.




Pire, Total se livre à une concurrence déloyale qui consiste à encercler et étouffer ses rivales. Toutes les stations-service de ces dernières ont dans leur proximité immédiate une ou deux de Total qui obtient des autorisations de construire comme si elle les délivrait elle-même.

Derrière cette prolifération, il y a un calcul éloigné du souci de rentabilité de la vente de carburant. Total est en effet aujourd’hui, de par les boutiques installées dans ses stations, une chaîne de supermarchés. Mais aussi et surtout le plus grand vendeur d’alcool du Sénégal. Les ventes de bières et de liqueurs de toutes sortes rapportent à ce pétrolier plus que le résultat généré par l’essence et le gas-oil. Evidemment sans qu’il paie la moindre redevance comme débit de boissons alcoolisées, coulant au passage ceux dont c’est le cœur de métier.

Pour couronner le tout, la présidence et les grandes administrations sont approvisionnées en tickets de carburant estampillés Total. Grosse faute de goût et grave menace à notre souveraineté nationale, la pompe qui alimente les véhicules du cortège présidentiel au palais appartient à cette firme étrangère !

Au Sénégal, Total est à la hauteur de sa réputation de multinationale prédatrice largement étayée par Alain Deneault dans son livre d’enquête De quoi Total est-elle la somme ?.




L’imperium de cette entreprise française s’est manifesté dans ses pires formes en décembre 2016. Thierno Alassane Sall, alors ministre sénégalais de l’Energie, a été convoqué illico presto à Paris pour… signer un contrat octroyant l’exploitation d’une partie du pétrole sénégalais à Total. Refusant d’apposer son sceau dans des conditions si expéditives et si cavalières, il a subi les foudres du président de la République, Macky Sall himself.

Le 2 mai 2017, Thierno Alassane Sall a été obligé de quitter le gouvernement. Nommé le même jour ministre de l’Energie, cumulativement avec ses fonctions de Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne a paraphé le contrat, bien évidemment avant que sa nomination n’ait été actée au Journal Officiel. En fait de contrat, a été signé un brouillon qui, près d’un an plus tard, ne peut être rendu public du fait de l’imperfection de sa forme et de l’iniquité de son fond.

Usant de l’Etat français pour mettre au pas la République du Sénégal, Total a remporté la bataille. Mais la guerre est loin d’être finie… Quant aux Sénégalais qui se sont offusqués, Momar Nguer, directeur de la branche Marketing du groupe, est venu les narguer chez eux, leur assénant que «Total joue en Champions league» !

Parmi les pires supplices dans le monde actuel, il y a celui d’être citoyen d’un pays pauvre. Surtout s’il a à sa tête des dirigeants dénués du sens de la dignité nationale.

Cheikh Yérim Seck




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