Blog de Cheikh Yerim Seck

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Cessez de politiser la question technique du paiement des bourses !!!

YERIMPOST.COM Le décès de l’étudiant Mouhamadou Fallou Sène, le 15 mai, lors d’une manifestation d’étudiants réclamant le paiement de leurs bourses, est une tragédie, un incident à tous égards regrettable. C’est une épreuve vécue dans leur chair par un père et une mère de famille du Sénégal profond qui se sont saignés à blanc pour mettre leur fils dans les conditions de réussir à l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis, de réussir dans la vie tout court…

Pareil drame ne doit pas, décemment, servir d’alibi à un politicien de ce pays pour attaquer, accuser, accabler son adversaire… On ne fait pas la politique partout, avec tout, sur tout…

Dès que Fallou Sène est tombé, alors que son cadavre était encore chaud, des rivaux à Saint-Louis du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation ont rué dans les brancards, exigeant sa démission alors qu’il se trouvait à l’étranger, en mission à Addis-Abeba, et alors que sa responsabilité n’avait pas encore été évaluée. La suite a montré que le ministère de Mary Teuw Niane a mené le processus de paiement des bourses dans le respect des règles et des délais fixés. Et que le retard de paiement, cause de l’émeute au cours de laquelle Fallou Sène a été tué, ne peut pas lui être imputé.

Mary Teuw Niane n’est pas la seule cible dans le viseur des politiciens embusqués, désireux de faire leur beurre avec le sang de l’étudiant disparu. Amadou Ba, ministre de l’Economie, des Finances et du Plan, cible privilégiée des hommes d’affaires boulimiques et des hommes politiques chasseurs de primes, a fait l’objet d’attaques totalement injustifiées, signe d’une méconnaissance évidente des règles de fonctionnement de la trésorerie de l’Etat.
Le paiement des bourses est une opération récurrente gérée par des fonctionnaires du ministère en-dessous du directeur du Trésor, donc du ministre du Budget et du ministre des Finances. C’est le trésorier général qui ordonne au payeur général de payer. Mais, comme ces intervenants engagent leur responsabilité personnelle, ils vérifient la véracité des ayants droit qui ne font pas moins de 117 000 personnes. D’autant que le cadre même des bourses est propice aux trafics et magouilles de toutes sortes qui échappent y compris aux plus hautes autorités de l’Enseignement supérieur. Ce n’est pas pour rien que le ministre lui-même a déposé, le 19 mai 2014, une plainte devant le procureur de la République suite à la découverte d’un réseau de bourses fictives.

Dans un tel contexte, quelle que soit la pression des délais, l’agent du ministère des Finances qui s’occupe du paiement est obligé, sous peine d’engager sa responsabilité personnelle, de procéder à un minimum de vérifications et de recoupements. Cela relève d’une routine administrative dont Amadou Ba n’est même pas informé.

Ceux qui allèguent donc des difficultés de trésorerie de l’Etat pour expliquer le retard de paiement de la somme de 1 000 000 000 de francs cfa – laquelle a retenu Ecobank de payer du 2 au 11 mai – ont tout faux. A ce niveau, il y a une explication technique très simple. Environ 39 milliards de francs cfa ont été votés par l’Assemblée nationale pour payer des bourses qui culminent à la somme de 50 milliards !

L’écart d’une dizaine de milliards ne peut être décaissé par le ministère des Finances que sur la base d’une autorisation parlementaire. Sans ce quitus, le Trésor public, qui détient bel et bien les fonds pour payer Ecobank, ne peut les débloquer pour honorer sa dette vis-à-vis de cette banque. Voici ce qui explique ce que d’aucuns ont qualifié de difficulté du Trésor pour payer 1 milliard.

Par quelle alchimie certains ont-ils pu enjamber ces rouages techniques et les directeurs personnellement responsables de l’opération, pour convoquer la responsabilité du ministre des Finances ? C’est par le même procédé que ceux qui réclament la tête de Mary Teuw Niane ont cherché à le mouiller.

Il est vrai que le contexte de cette année pré-électorale, marqué par une guerre des tranchées au sein du parti au pouvoir, est on ne peut plus prompt à entretenir un climat délétère et une ambiance de coups tordus.

Grand argentier du pays, gardien du nerf de la guerre, Amadou Ba suscite, comme ses homologues de tous les pays, fixation, adversité et fantasmes. D’autant que l’ancien directeur des Impôts à qui Macky Sall a confié les cordons de la bourse est obligé de prendre des mesures drastiques et impopulaires dans un contexte économique difficile marqué par le renchérissement du coût du pétrole, donc la nécessité de raffermir la gestion pour ne pas creuser les déficits et aggraver la dette.

Si certains ont leurs raisons pour lui en vouloir, ils n’arriveront pas à établir sa responsabilité à propos du retard de paiement des bourses. En dépit des tirs sanguins de politiciens embusqués. Le souci de la vérité impose de dénoncer pareilles méthodes. Il est plus que temps de cesser de politiser la question technique du paiement des bourses.




Cheikh Yérim Seck

Arrêtez de tuer les Sénégalais !

YERIMPOST.COM Balla Gaye, Bassirou Faye, Mouhamed Fallou Sène… Au fil des années universitaires et des grèves et manifestations, la liste des étudiants tombés sous les balles des forces de l’ordre s’allonge. Le décompte macabre s’aggrave et, avec lui, les points noirs sur le visage de la démocratie sénégalaise.

Si cette spirale tragique n’est pas enrayée, notre pays risque de battre le record des démocraties tueuses de manifestants. Surtout avec le pic atteint par le régime d’Abdoulaye Wade qui, à la veille de la présidentielle de 2012, a ôté la vie à 12 de nos compatriotes, dont le très regretté Mamadou Diop.

Or, dans tous les pays respectueux de la liberté de manifester, il se passe des débordements pires que ceux qui ont cours au Sénégal sans que les forces de l’ordre usent de balles réelles pour tuer ou blesser. Le 1er mai dernier, les black blocs, ces groupes extrémistes d’anarchistes, ont semé en France des troubles plus graves et plus destructeurs que le soulèvement de ce 15 mai des étudiants de l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis. Ils n’ont pas été criblés de balles réelles, encore moins tués, mais ont été contenus, neutralisés, interpellés pour certains par des forces de l’ordre qui s’astreignent à la « norme zéro mort » qui constitue le référentiel de mesure de la qualité de leurs interventions.

Si nos policiers et gendarmes les ignorent, on doit leur enseigner les normes internationales protectrices des citoyens dans l’exercice du droit de manifestation et de cortège. S’ils connaissent les règles mais manquent d’expertise pour contrôler les foules, il convient de les former. Quitte à créer une brigade spéciale anti-émeute entraînée à contenir les manifestations violentes !

Il n’y a aucune raison que les groupes ultra-violents d’altermondialistes et autres casseurs soient efficacement contrôlés à l’occasion de moult sommets internationaux dans nombre de villes du monde, sans que nos forces de l’ordre parviennent à réprimer sans bavure la poignée d’agitateurs d’une petite université comme l’UGB.

L’mage du Sénégal dans le monde impose qu’on cesse de verser le sang des Sénégalais dans l’exercice de leurs prérogatives démocratiques. La jouissance des libertés constitutionnelles doit être garantie. Les débordements doivent être contrecarrés par des moyens proportionnés. Les auteurs de bavures doivent être sanctionnés sans faiblesse. Les balles réelles doivent être bannies comme instrument de restauration de l’ordre public. Les forces de l’ordre doivent une bonne fois pour toutes arrêter de tuer les Sénégalais…




Cheikh Yérim Seck

M. le président, voici pourquoi vous devez mettre fin à l’arnaque de Gérard Sénac

YERIMPOST.COM M. le président de la République, sans doute fort de certaines informations, vous vous étiez engagé, le 31 décembre 2011, sur le plateau de la 2stv, une fois élu, à dénoncer le contrat liant l’Etat à Eiffage.

Le 7 mai 2018, réagissant au décès accidentel de Papis Baba Diallo, suite à des négligences cumulées de la direction de l’autoroute à péage, vous avez réaffirmé la nécessité de revoir le contrat qui lie l’Etat à Eiffage. Vous devez, M. le président, aller jusqu’au bout de cette idée. Voici pourquoi.

Je passe sur le montage du projet qui a occasionné le vol d’au moins 37 milliards du Sénégal par Gérard Sénac qui n’a pas investi un seul penny. Ce businessman a construit l’autoroute avec au maximum 50 des 87 milliards que l’Etat lui a remis et a fait main basse sur le reste.

J’en viens au cahier des charges lui-même, qui stipule que l’entreprise titulaire de la concession doit concevoir, financer, construire, exploiter et entretenir l’autoroute. Eiffage n’a rien financé. C’est le Trésor public sénégalais qui l’a fait à sa place. Après n’avoir rien financé, cette entreprise s’est vue accorder l’exploitation de l’autoroute pour 30 ans, soit la durée maximale.

Et, même si elle avait investi 61 milliards, Eiffage est entrée dans ses fonds depuis longtemps et a engrangé un bénéfice conséquent. Sur une base de prévision de départ de 40 000 véhicules par jour, l’autoroute en reçoit en effet plus de 60 000 par jour. Et applique des tarifs de péage caricaturaux depuis plus de six ans. Alors que le Maroc est à 5,5 francs par km, et la Tunisie à 10 francs par km, Gérard Sénac est, sur la base des 1400 francs pour 20 km, à 70 francs par km. Il empoche tout, bien que n’ayant pas financé l’autoroute à 100%.

Même si Gérard Sénac avait déboursé la somme qu’il prétend avoir investie, il suffit de faire le calcul pour se rendre compte qu’il a fini d’amortir cet investissement fictif et d’engranger un bénéfice conséquent.

M. le président, voici quelques raisons parmi tant d’autres pour lesquelles vous devez mettre fin à l’arnaque. De Gérard Sénac, un industriel français qui a pignon sur rue au Sénégal a récemment dit: « M. Sénac rigole et fait du mécénat pour l’art. Il est fort sympathique. C’est la marque distinctive des escrocs. »

Cheikh Yérim Seck

Réponse à l’édito de Cheikh Yérim Seck sur le juge Ibrahima H. Dème (Amadou Tidiane Thiello, UGB)

Réponse à l’édito de Cheikh Yérim SECK sur le juge Ibrahima H. Dème.




Après avoir réussi l’examen du baccalauréat, j’arpentais avec beaucoup de fierté l’itinéraire de l’Université de Sanar. Je ne savais de ce creuset fécond du savoir que des choses positives, disons une bonne réputation.

En outre, en ces temps, un homme avait gagné l’admiration de beaucoup de jeunes parmi lesquels je faisais parti. L’homme en question est un produit de l’Université de Sanar.

Je veux nommer la personne de Cheikh Yérim qui excellait avec sa belle plume et ses sorties pertinentes.

Mais au fil du temps, cette admiration dégringole, de ses déboires avec la fille du magistrat jusqu’à la position de l’homme sur l’entrée en politique de l’autre juge.

Aurait-il un problème avec les magistrats ?

L’article de Cheikh Yérim sur le juge Dème est inopportun. M. Seck, en ces nuits où le dégoût de la chose politique gagne de plus en plus les citoyens sénégalais, votre position sur l’entrée du juge Dème dans la politique est plus que surprenante.

Surprenantes sont également les arguments que vous avez soulevés et la comparaison à laquelle vous avez recourue pour appuyer votre idée.

Cheikh Yérim, cette position aurait dû être  d’encourager le juge Dème au lieu de verser dans un pessimisme logico-déductif, contre-productif et déstabilisateur.

Si vous avez peur de vous baigner dans le fleuve pour éviter d’être dévoré par les crocodiles, restez alors sur la rive. Mais, attelez vous seulement à l’observation et ne vous amusez point à décourager ceux qui ont sincèrement envie de pêcher du poisson frais pour nourrir leurs concitoyens ou puiser de l’eau pour étancher la soif des autres.




Cheikh Yérim, il n’y a pas plus noble que la participation politique, il n’y a pas plus noble que l’engagement politique, il n’y a pas plus noble que le renoncement des privilèges pour la cause républicaine.

Mettre en place des cabinets de consultance, construire des écoles tout cela est bien beau, mais à la beauté du vers car aucun de ces éléments n’égale le fait d’être dépositaire du pouvoir politique. C’est l’ultime et l’incomparable responsabilité politique et la plus encline à apporter le changement, le vrai.

Cheikh Yérim, vous êtes paradoxal. On ne peut pas souhaiter changer un système sans être au cœur de celui-ci. Même si être au sein de celui-ci, ne garantit pas le changement. changer un système n’est pas chose aisée. En effet d’où la nécessité d’encourager ceux qui s’y attèlent.

Mais là où notre indignation caresse son comble et nous fait sortir de nos gongs, c’est quand vous prophétisez que le juge Dème n’aura pas un score important s’il décidait de participer à la prochaine élection présidentielle . Le grand journaliste s’est-il transformé en un Selbe Ndom ? Sur quelles bases vous fondez-vous?  Non, sur aucune sinon celle de vos humeurs et de votre démarche logico-déductive mais à l’arrivée toute biaisée. L’intellectuel que vous êtes déshonore ceux qui s’en réclament car livrer un verdict d’une compétition pas encore organisée relève de la mauvaise foi quelque soit les arguments utilisés.

Cheikh Yérim, à l’épreuve du bilan, nous serons tous comptables. Mais vous, vous serez doublement comptable. Non seulement à vous lire, il ressort aisément que vous n’êtes pas prêt à vous engager politiquement. It’s your choice !

Mais, vous êtes comptable, par ailleurs, d’avoir humecté votre plume dans l’encre du fatalisme pour décourager d’honnêtes citoyens qui n’ont que l’envie de participer dans la gestion des affaires de la cité avec une nouvelle dynamique.

Cheikh Yérim, ces mots ne sont nullement le condensé d’une attaque personnelle mais le fruit d’une indignation d’un jeune citoyen conscient qu’à défaut de soutenir les acteurs politiques porteurs de changements, il est maladroit, très maladroit de les décourager voire discréditer !

 

 

Amadou Tidiane Thiello

Science Po Sanar

thiellotidjane@gmail.com

 

Monsieur le juge Ibrahima Hamidou Dème, votre entrée en politique est une mauvaise option

YERIMPOST.COM Monsieur Ibrahima Hamidou Dème, le 26 mars 2018, vous démissionniez de la magistrature par une lettre qui fera date dans les annales glorieuses de la République. Un an plus tôt, vous quittiez la position enviable de membre du Conseil supérieur de la magistrature. Toutes les deux fois, les raisons que vous avez évoquées à l’appui de vos décisions ont frappé l’opinion publique par leur pertinence et leur dignité.

Mais, dès que vous avez ôté votre robe de juge, vous avez aussitôt annoncé votre volonté d’arborer à la place le manteau de politicien. Et, ce 5 mai à Thiès, avec tambours et trompettes, vous avez franchi le Rubicon pour pénétrer dans l’arène politique à la tête d’un mouvement. Je pense que vous avez pris la plus mauvaise des options qui s’offraient à vous. Vous auriez pu ouvrir une école de formation aux principes de la République, créer une association de défense des institutions, ouvrir un cabinet de consultation en droit ou sur les questions judiciaires, devenir un avocat défenseur de la liberté des juges…

Vous avez décidé d’entrer dans le segment de notre vie publique le plus brutal, le plus corrupteur, le plus pervers… Le précédent Ousmane Sonko, passé d’inspecteur des impôts à opposant crédible, n’est pas pertinent comme exemple pour vous. Sonko était dans l’anti-chambre de la politique pendant plus d’une décennie à la tête du syndicat des fonctionnaires des Impôts. Il a eu le temps de prendre des coups, d’en donner, de s’aguerrir, d’assimiler les codes d’un monde à part… Inspecteur des Impôts, il a appris à la tête de son parti et fait face au pouvoir des années avant d’être radié de la Fonction publique. La transition s’est donc naturellement opérée pour lui.

Quant à vous, Ibrahima Hamidou Dème, vous tombez comme un novice dans ce jeu de massacres. Vous avez le cuir tendre. Vous risquez de finir dans l’estomac des crocodiles du marigot politique sénégalais. Ils vont vous attaquer, vous déstabiliser, vous étriller, vous décrédibiliser, vous dévorer… Et je crains que vous n’ayez pas les moyens des ambitions de changement que vous portez pour le pays. Eux ont des appareils, de l’argent volé des caisses de l’Etat ou tiré de circuits louches, des apparatchiks experts en coups tordus, des mercenaires qui mobilisent pour eux contre avantages en nature et en espèces… Vous, vous n’avez rien de tout cela. Eux ont un discours fondé sur la manipulation et le mensonge. Vous, dans la droiture du juge imbu de principes, vous ne devez pas pouvoir faire dans ce registre.

Et, si vous vous présentez à la future élection présidentielle, je crains que vous ayez un score minuscule du type de celui qui a humilié et définitivement rayé des personnalités inconnues au bataillon qui par le passé ont cru pouvoir mener la mère des batailles politiques.

Or, votre pedigree personnel aurait pu servir notre démocratie comme force symbolique ou comme contributeur à la masse critique. Et, on ne le dira jamais assez, ce n’est pas que dans la politique que l’on peut être utile. Vigie de la République, sentinelle de la démocratie, puissance d’alerte… sont des rôles plus précieux et plus prestigieux que bien des positions politiques.

Cheikh Yérim Seck



Gérard Sénac, dans votre pays, auriez-vous osé pareilles négligences ?

YERIMPOST.COM Gérard Sénac, par vos négligences coupables, vous avez occasionné l’extinction d’un des plus illustres talents du monde audiovisuel africain. Papis Baba Diallo, membre de Gelongal, titulaire du prix de meilleur réalisateur africain, a perdu la vie ce 5 mai 2018 sur l’autoroute que vous gérez.

Les circonstances de l’accident qui l’a emporté laissent entrevoir de graves négligences de votre part. Papis s’est retrouvé nez à nez avec un troupeau de boeufs déambulant sur la chaussée. Votre autoroute, la plus chère au monde, n’est pas clôturée. Comment pouvez-vous prendre autant de liberté avec l’étancheité d’une route à grande vitesse aussi passante ?




L’autoroute n’est pas clôturée, elle n’est pas non plus éclairée. L’accident est intervenu à hauteur de Toglou 2, sur un tronçon dépourvu d’éclairage. C’est donc dans l’obscurité que Papis, qui a payé les tarifs usuriers qui sont les vôtres pour pouvoir aller vite, a vu son chemin coupé par un troupeau de boeufs. Il a trouvé la mort. L’un de ses frères qu’il transportait a eu le bras fracturé. Un autre a subi des contusions sévères.

M. Sénac, ce n’est que dans une République bananière, un Etat fragile pour lequel vous n’avez aucun respect, que vous pouvez vous permettre d’accumuler autant de négligences. Votre autoroute, dont les tarifs de péage sont tout simplement caricaturaux, est un vaste cimetière où des Sénégalais de plus en plus nombreux laissent leurs vies.

M. Sénac, vous êtes français, je crois. Oseriez-vous, si vous gériez un ouvrage de ce type dans votre pays, vous laisser aller à de telles légèretés ? Vous auriez été poursuivi, civilement et pénalement sanctionné pour mise en danger de la vie d’autrui ou homicide involontaire.

Mais, comme nous sommes au Sénégal, un pays africain pauvre, habité de nègres dont la vie ne compte pas pour un penny, vous amassez des sommes colossales sans avoir la décence d’en investir la plus infime partie pour conformer l’ouvrage aux normes prudencielles en vigueur dans le monde entier. Nous y reviendrons.

Cheikh Yérim Seck

 

 

 

Assane Diouf tabassé par des gardes… Honte à l’administration pénitentiaire !

YERIMPOST.COM Je ne peux pas être suspect de sympathie pour Assane Diouf qui m’a abreuvé d’injures parce que… dakaractu avait désapprouvé les insanités qu’il débitait. Je pense même que cet insulteur public, sauvagement violent et puérilement vulgaire, mérite la peine qu’il est entrain d’endurer pour avoir injurié le président de la République, la Première dame, le président de l’Assemblée nationale, le procureur de la République, ainsi que des symboles de notre pays comme Serigne Bassirou Mbacké Abdou Khadre, porte-parole du khalife général des mourides, et le premier porte-étendard du Sénégal, l’icône planétaire Youssou Ndour.

Mais, même s’il avait tué, Assane Diouf n’en resterait pas moins un être humain revêtu d’une éminente dignité, un être créé à l’image de Dieu, comme l’indique ce postulat de la pensée judéo-chrétienne, un des fondements historiques des droits de l’homme.




Assane Diouf est en prison. Il demeure un être humain, un citoyen protégé dans son intégrité morale et physique par des principes universels reconnus par ce qu’on appelait autrefois « les nations civilisées ». Ces gardes pénitentiaires qui l’ont tabassé, lui laissant des blessures au genou et à la cheville, ont déshonoré leur écusson, violé ses droits, nui à l’image du Sénégal, signataire de toutes les conventions internationales interdisant la torture et les traitements cruels, inhumains et dégradants. Honte à eux ! Honte à l’administration pénitentiaire qui admet en son sein ces pratiques d’un autre âge !

Le traitement fait à Assane Diouf est inadmissible dans un Etat démocratique. Placé en isolement total, il ne reçoit de visite que de son avocat, Me Elhadji Diouf. Son épouse, de nationalité américaine établie aux Etats-Unis, de passage au Sénégal, a été empêchée de lui rendre visite en prison. Autant de faits constitutifs de traitements cruels, inhumains et dégradants qui interpellent les organisations de défense des droits de l’homme !

Les sévices exercés sur ce détenu sont symptomatiques de la brutalité de l’administration pénitentiaire du Sénégal, largement en-deçà du niveau de notre démocratie, constituée de gardes pour la plupart quasi-analphabètes totalement ignorants des normes protectrices des droits de l’homme. Bourrés de complexes, ces matons se comportent comme s’ils avaient des comptes à régler avec les détenus célèbres. Karim Wade a subi un fauchage qui lui a laissé de graves séquelles au genou. Je ne veux pas, pour ne pas personnaliser cette question, évoquer ce que j’ai moi-même vécu.

Assane Diouf ne doit plus endurer de brimade d’aucune sorte. Tous ses droits doivent être respectés. Le procureur de la République doit s’auto-saisir pour poursuivre les auteurs des coups et blessures volontaires qu’il a subis. C’est cela faire justice. La justice n’est pas la vengeance. C’est un pilier de l’harmonie sociale. Les prisons ne sont pas des camps de torture. Ce sont des maisons de redressement, de rééducation, de réinsertion sociale. L’insulteur public ne doit pas être détruit. Il doit être corrigé et socialement reclassé.

Cheikh Yérim Seck

La construction des Sphères ministérielles de Diamniadio est d’une pertinence absolue

YERIMPOST.COM Ceux qui doutent de la pertinence de la construction des Sphères ministérielles à Diamniadio, je les invite à lire le texte ci-dessous, extrait d’un document de travail remis au chef de l’Etat, Macky Sall, et dont Yerimpost a obtenu copie…

 

 » Programme présidentiel de rénovation et de développement du parc immobilier de l’Etat

(…)

En ce qui concerne le développement du parc immobilier de l’Etat, il a été constaté dès 2012 un déficit de 300.000 m2 d’espaces de bureaux qui sont à l’origine des 16 milliards de loyers payés chaque année.




A cet effet, 120.000 m2 de bureaux, 10.000 postes de travail, 2.200 places de parking et 38 ascenseurs répartis dans 9 nouveaux immeubles sont érigés à Diamniadio sous l’égide de l’Agence de gestion du patrimoine bâti de l’Etat afin d’améliorer l’environnement de travail des agents de l’Etat, la réduction du parcours de l’usager, la mise en place d’un vrai dispositif d’accueil et d’orientation dissocié de celui des forces de sécurité, pour une administration plus à l’écoute des citoyens.

Ledit projet dénommé Sphères ministérielles de Diamniadio, est réparti sur 3 des 4 arrondissements que compte le nouveau pôle urbain.

Dans le 3e arrondissement, l’Entreprise sénégalaise Gétran développe une sphère de 20.000 m2 qui sont répartis dans 2 grands immeubles, pouvant accueillir jusqu’à 4 ministères de taille moyenne (2000 à 4000 m2) qui seront livrés en Octobre 2018.

Dans le 2e arrondissement, Spherex une filiale du groupe Teyliom développe une sphère de 54.000 m2 répartis en 3 grands immeubles de 6 ailes pouvant abriter jusqu’à 12 ministères de taille moyenne (3.000 à 4.000 m2) ainsi que des salles de réunion, de conférences et des espaces de commerce. L’infrastructure sera livrée en juillet 2018.

La sphère du 1er arrondissement qui sera inaugurée ce mercredi 2 mai 2018, a été réalisée par le groupe Envol immobilier. C’est un ouvrage de 42.000 m2 comptant 1.600 postes de travail meublés et équipés qui peut accueillir jusqu’à 6 ministères dont 2 de grandes tailles (6.000 à 8.000 m2) et 4 de taille moyenne.

Les méthodes contractuelles et le dispositif technique mis en place par les développeurs ont permis de réaliser le projet en 23 mois sur les 30 prévus par la convention et de permettre ainsi à l’Etat d’économiser 8 milliards d’engagements locatifs par an dès 2018 et de renouveler son parc immobilier.

En outre, il sera initié dans le cadre du programme présidentiel de rénovation et de développement du parc immobilier de l’Etat, un projet de regroupement dans le pôle urbain de Diamniadio, des 33 agences des nations unies présentes au Sénégal avec une capacité d’accueil de 3.000 agents qui permettra de créer plus de 10.000 emplois indirects.

Enfin, le programme présidentiel de rénovation et de développement du parc immobilier de l’Etat, c’est aussi les sphères administratives régionales (SAR) qui consistent en la création dans chaque chef-lieu de région d’une cité administrative regroupant sous l’autorité du gouverneur, tous les services déconcentrés de l’Etat et des logements des représentants de l’Administration territoriale. »

Aux extraits de ce document, on peut ajouter d’autres arguments en faveur de la pertinence du projet. La logique de l’investissement public à Diamniadio est de créer les conditions d’un cadre de vie meilleur qu’à Dakar avec des coûts d’accès à la propriété divisés par 2.

Permettre à  une génération de Sénégalais, qui ont subi les contre-coups d’une mauvaise gestion du foncier entre 2000 et 2012 ayant conduit à un phénomène d’exclusion des classes moyennes, d’accéder à la propriété avec les conditions de transport qui s’attachent à notre temps.

L’ État a veillé à installer dans chaque arrondissement du pôle urbain une infrastructure qui permet de catalyser des activités du logement afin d’éviter un phénomène de création de cités dortoirs.
Aussi, il a été mis en place un dispositif de segmentation de l’offre. Chaque développeur de quartier a l’obligation de faire un pourcentage de logements économiques, un autre de moyen standing, et un 3e de haut de gamme.
Pour exemple, un appartement de 3 pièces de 100 m2  sur la VDN à Dakar vaut 50 millions en moyenne, le même bien de même qualité vaut dans le pôle urbain entre 15.6 et 25 millions, soit environ 150 000 par mois pendant 20 ans avec les frais financiers.
Pour toutes ces raisons, la construction des sphères ministérielles en particulier et du pôle urbain de Diamniadio en général est d’une pertinence absolue.
Cheikh Yérim Seck




Ces multiples signes d’une crise mortelle à l’APR

YERIMPOST.COM Dissidence ouverte de l’aboyeur Moustapha Cissé Lô, rébellion à peine voilée du cofondateur Alioune Badara Cissé, frustrations lâchées puis ravalées de la Cojer, diatribes entre barons, absence de congrès, longue léthargie des structures… C’est un euphémisme: L’Alliance pour la République (APR) est aujourd’hui en crise.




A l’image d’un météore, qui atteint les planètes les plus éloignées à la vitesse de l’éclair pour ensuite imploser, le parti créé par Macky Sall en 2009, arrivé au pouvoir à une vitesse supersonique en 2012, risque d’être tué par des contradictions internes dès le lendemain de la présidentielle de 2019.

Signe de la décadence imminente de cette formation, Moustapha Cissé Lô, l’une de ses figures emblématiques, son « chien de garde », son aboyeur prompt à sortir les crocs contre les adversaires, a pris ses distances, proclamant urbi et orbi: « L’APR ne fonctionne pas comme un parti. Les rôles n’y sont pas distribués suivant les critères de la légitimité et de la représentativité. Au lendemain de la présidentielle de 2019,  elle va se briser en autant de morceaux qu’une calebasse cassée. » Avant d’enfoncer le clou: « A partir de ce moment, je vais prendre ma propre route. Comme vont le faire au moins dix hauts responsables du parti qui comptent agir comme moi, y travaillent déjà, mais n’osent pas le proclamer aujourd’hui. »

Le cas Moustapha Cissé Lô n’est pas le seul symptôme de la crise. L’âme de l’APR, celui-là même qui, avec Macky Sall, l’a créé, est en rébellion de plus en plus ouverte, et a fini de se constituer en opposant dans le pouvoir. Alioune Badara Cissé, car c’est de lui qu’il s’agit, vite défenestré du gouvernement au lendemain de l’accession au pouvoir, laissé au chômage durant des années, casé de fraîche date au poste de médiateur de la République, n’est aujourd’hui du camp présidentiel que de nom. Affectueusement surnommé ABC, cet intellectuel cultivé, qui profite de sa posture de médiateur, censé donc être équidistant, use aujourd’hui d’une liberté de parole dévastatrice pour le pouvoir. Et construit un nouveau pavillon politique avec des organisations qui se sont constituées pour le soutenir: Les Abcdaires, AbcJaime, Jeunesse avec Abc…

Cette guerre aujourd’hui ouverte des cadres au sommet se répercute jusqu’aux cellules de base de l’APR. Ainsi qu’aux structures comme la Convention des jeunesses républicaines (Cojer, le mouvement de jeunesse du parti), dont la présidente, Thérèse Faye, combattue par le cercle intime de Macky Sall, a laissé exploser sa frustration au lendemain du remaniement consécutif aux législatives du 30 juillet 2017, avant d’être calmée avec des promesses par le numéro deux, Mahammed Boun Abdallah Dionne.

L’APR est aujourd’hui une bombe à retardement qui bouillonne de toutes parts. Le moindre fait de l’actualité révèle le climat de guerre civile qui y règne. Pour avoir fait poster sur Yerimpost un article répondant à l’édito de Cheikh Yérim Seck sur le calvaire des fidèles de la première heure de Macky Sall, Mahmoud Saleh a essuyé des réponses au vitriol signées de responsables du parti et de mouvements comme Les Abcdaires et AbcJaime.

Le climat, déjà suffisamment tendu à l’APR, est alourdi par les transhumants, ralliés de la dernière heure, hommes d’affaires mués en politiciens et autres personnalités de la société reconverties en brasseurs de voix imposés dans diverses localités par Macky Sall lui-même, dans le souci de ratisser large pour assurer sa réélection. Ces nouveaux venus, qui ne sont pas les bienvenus, braquent les historiques.

Aux querelles d’ego au sommet s’ajoutent les violentes guerres au sein des cellules de base du parti. A cet égard, l’exemple le plus éloquent est sans nul doute le conflit qui oppose Abdoulaye Daouda Diallo à Cheikh Oumar Anne pour le contrôle de Podor. Cette confrontation fratricide fait régulièrement la une des journaux par les affrontements, les dommages collatéraux et les coups bas qu’elle occasionne.

A quelques mois de l’échéance cruciale de la présidentielle, l’APR est en lambeaux. Si la position de pouvoir et les privilèges y liés vont permettre à Macky Sall de la maintenir artificiellement en vie jusqu’au scrutin de février 2019, le parti présidentiel va commencer à se démembrer au lendemain de ce rendez-vous électoral. Dans le cas où Macky Sall se succède à lui-même, l’APR continuera à exister pour la forme. Avant de disparaître totalement avec la fin du second et dernier mandat de son leader.

Cheikh Yérim Seck

 

 

 

 

 

Macky Sall a beaucoup fait, les enseignants doivent retourner dans les classes

YERIMPOST.COM Au cours de sa conférence de presse d’hier, 21 avril, Serigne Mbaye Thiam a menacé les enseignants grévistes de mesures de rétorsion, en brandissant la Constitution. Le ministre de l’Education nationale est, à juste titre, ulcéré par la surenchère interminable d’une corporation en éternelle contestation qui réclame des droits sans jamais honorer ses devoirs. Pareille attitude est d’autant plus lassante que beaucoup d’efforts ont été faits pour satisfaire ses revendications.

Le vendredi 30 mars, au moment où les Sénégalais avaient les yeux rivés sur le palais de justice de Dakar où devait être vidé le délibéré du procès Khalifa Sall et cie, le président de la République recevait les enseignants réunis autour des six syndicats les plus représentatifs. Sur leur principale revendication, à savoir l’indemnité de logement, Macky Sall leur a proposé la somme de 85 000 francs CFA à atteindre comme suit: 15 000 francs d’augmentation à partir d’octobre 2018 et 10 000 francs en janvier 2019. De 60 000 à 85 000, les enseignants n’ont pas craché sur la proposition mais ont demandé à consulter la base. Les vacataires n’ont pas été laissés pour compte, puisque le chef de l’Etat a également proposé une augmentation de salaire. Un plan d’apurement sur trois ans des rappels a aussi été discuté. Le président a promis un paiement entre 20 et 25 milliards par an jusqu’à épuisement total.




L’Etat a consenti un effort financier exceptionnel dans le souci de mettre fin à un cycle infernal de grèves qui ont fini de mettre à genou le système éducatif. Macky Sall a bravé le veto des bailleurs de fonds pour poser sur la table des mesures concrètes et audacieuses de sortie de crise. Parallèlement à la mise en oeuvre de ces mesures, il a demandé aux enseignants de reprendre le chemin des classes pour éviter de compromettre l’avenir des élèves. Sans être entendu.

Face à ces avancées, les enseignants n’ont en effet même pas eu la courtoisie d’amorcer le dégel. Ils ont continué à se livrer à leur activité principale depuis des décennies: faire grève. Comme si une confusion sémantique s’était installée dans leur esprit entre enseigner et faire grève. C’est trivial mais le rappel est pédagogique: un enseignant enseigne. Les enseignants ont déserté les classes pour le macadam des manifestations, les plateaux des médias, les lieux des assemblées générales, les tribunes des conférences de presse…

Ils continuent quand même d’être payés pour un travail qu’ils ne font plus, tout en se faisant défrayer pour des cours clandestins et illégaux dans les écoles privées. Cette escroquerie détruit l’école publique qui est passée du stade de la maladie grave à celui de la mort clinique. Or, l’école publique est le lien de la nation, l’espace de promotion de l’égalité des chances entre les citoyens, le lieu d’impulsion de l’élitisme républicain…

Serigne Mbaye Thiam a raison de s’offusquer devant un tel gâchis dans un pays qui fut naguère le quartier latin de l’Afrique et qui s’est mué en une usine de fabrique de nullards. Et c’est là aussi que les enseignants doivent être interpellés. Alors qu’ils posent des revendications surtout financières et très peu pédagogiques, le résultat de leur travail au cours de ces dernières années est plus catastrophique que la catastrophe.

L’Etat doit siffler la fin de la récréation. L’heure du retour dans les classes a sonné. Serigne Mbaye Thiam est attendu sur des mesures énergiques. Macky Sall a fait son devoir. Les enseignants doivent honorer le leur. Un sursaut de conscience professionnelle leur est nécessaire. Il faut arrêter les dégâts. Beaucoup de générations d’élèves ont déjà été sacrifiées sur l’autel d’un corporatisme vénal, irresponsable et anti-patriotique.

Cheikh Yérim Seck

 

Quand le Sénégal vire du modèle au contre-modèle: Chronique d’une démocratie qui se déconstruit

YERIMPOST.COM « Tripatouillage constitutionnel », « manoeuvre pour écarter de potentiels adversaires », « changement des règles du jeu électoral », « révision constitutionnelle forcée »… Tels sont les termes par lesquels la presse internationale désigne ce qui se passe au Sénégal. Ces mots, on avait l’habitude de les entendre dans le traitement de l’actualité de pays comme le Togo, la RDC ou le Congo.

En l’espace de quelques mois, le vernis qui enveloppait le modèle démocratique sénégalais a craquelé. Notre pays est passé de la rubrique des démocraties-modèle à celle des républiques bananières. Arrestations d’opposants, interdictions de manifestations pacifiques, tripatouillages constitutionnels… Amnesty International a eu raison de constater un recul des libertés au Sénégal, n’en déplaise au Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne, qui a maladroitement répliqué en taxant cette organisation de défense des droits de l’homme d’officine au service des homosexuels.




La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est sans nul doute ce projet de révision constitutionnelle imposé par Macky Sall à moins d’un an de la présidentielle de février 2019 pour modifier les conditions d’éligibilité à ce scrutin. Pareille réforme viole les règles fixées en la matière par la Cedeao. Dans le monde où nous vivons, faut-il le rappeler, toute modification des règles du jeu électoral, surtout à quelques mois d’une élection, est juridiquement disqualifiée et politiquement mal perçue.

A cela, il faut ajouter l’effet de cumul, dans un contexte où le Sénégal est épisodiquement cité dans des événements peu glorieux. L’emprisonnement de Karim Wade a causé un sérieux dommage à l’image de notre pays, surtout du fait de cette décision de l’Onu qui a qualifié sa détention d’arbitraire. Les conditions dignes d’un scénario de série B dans lesquelles le fils de l’ex-président Abdoulaye Wade a été exfiltré vers le Qatar, le jour de sa libération, à bord d’un jet privé, n’ont pas été pour honorer notre pays.

L’embastillement qui s’est ensuivi du maire de Dakar, Khalifa Sall, est apparu aux yeux d’une bonne partie de l’opinion nationale et internationale moins comme un exercice de lutte contre la corruption que comme une opération de liquidation d’un adversaire politique potentiellement dangereux. Sa condamnation à une peine lourde par une justice aux ordres suscite la même perception que ce système de parrainage institué au forceps: ils découlent tous les deux de la volonté du président-candidat d’écarter tous les potentiels rivaux qui lui inspirent quelque crainte.

Et, comme pour aggraver son cas après le traumatisme causé par la condamnation du très réseauté maire de Dakar, le pouvoir de Macky Sall a emprisonné son lieutenant Barthélémy Dias pour délit d’opinion.

Cruelle ironie du sort, toutes ces dérives contre les libertés interviennent sous Macky Sall, né après l’indépendance, arrivé au pouvoir à la faveur d’une alternance qui a conforté la place de démocratie majeure du Sénégal en Afrique. C’est sous son magistère que notre pays passe du statut de modèle à celui de contre-modèle voire de risée du monde. Notre démocratie, qui inspirait tant de complexes aux Africains, se tropicalise, s’africanise… Signe des temps, la prochaine présidentielle verra la non-participation de deux supers favoris (Khalifa Sall et Karim Wade) et d’autres candidats qui seront recalés par le biais du filtre du système de parrainage.

La volonté de Macky Sall de rempiler à tout prix coûte cher au crédit international de notre pays. Ismaila Madior Fall, son ministre de la Justice, professeur de droit, ancienne vigie de la République, est passé maître dans l’art des réformes déconsolidantes. La situation actuelle de notre pays impose la nécessité d’une société civile forte, vigilante, gardienne intraitable des acquis. Car les acquis ne sont guère irréversibles. Le pire n’est jamais trop loin. Et les démocraties, comme les civilisations, sont mortelles.

Cheikh Yérim Seck




Moustapha Niasse, prenez vos responsabilités pour l’Histoire !

YERIMPOST.COM Moustapha Niasse, je suis né vous voyant parmi les principaux animateurs du pouvoir d’Etat. Vous avez toujours été là, en dépit des vicissitudes de la vie publique et des aléas de la respiration démocratique du pays. Directeur du cabinet présidentiel, ministre, ministre d’Etat, Premier ministre, président de l’Assemblée nationale… A l’exception du fauteuil présidentiel, que vous avez raté du fait de votre pedigree particulier, vous avez occupé toutes les positions dans l’appareil d’Etat. Le Sénégal vous a tout donné, a façonné votre carrière et vous a bourré de privilèges. Le monde étant petit, l’on sait que la position de pouvoir vous a enrichi et vous a permis d’enrichir vos proches.

Qu’avez-vous, en retour, rendu au Sénégal ? Vous avez été l’acteur d’un échec collectif de notre classe politique qui, de Senghor à Macky Sall, en passant par Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, a appauvri notre peuple et sinistré les secteurs stratégiques de l’éducation, de la santé, de l’industrie, de l’agriculture…

Comme peut-être beaucoup de ceux qui ont exercé des responsabilités importantes dans notre pays depuis l’indépendance, vous n’avez, M. Niasse, encore rien fait de transcendant pour le Sénégal. Tout juste avez-vous, certes avec succès, réussi à vous bâtir une longue carrière politique en dépit des changements dans la météo démocratique.

Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. Et vous tenez une occasion historique de rendre service aux Sénégalais. Ce 19 avril 2018 est l’un de ces jours au cours desquels se fait l’Histoire. Acteur central de cette réforme constitutionnelle controversée qui menace l’équilibre de notre pays, vous avez un rôle prépondérant à jouer. Pour une fois, oubliez votre personne, vos intérêts, votre position, votre perchoir, votre camp politique, et pensez à l’intérêt général. Refusez de rester dans l’Histoire comme le serviteur servile de coteries partisanes et d’intérêts personnels. Usez de votre position pour persuader ou, à défaut, contraindre Macky Sall de surseoir au vote de cet incendiaire projet de loi pour donner ses chances à une discussion.

Ce faisant, vous prouveriez que vous êtes ce sage de la classe politique non pas seulement de par votre position d’aîné. Et vous seriez le médiateur naturel pour dénouer cette crise qui porte un sérieux coup à la réputation démocratique de notre pays.

Si, au contraire, vous vous comportez en thuriféraire d’un camp pour faire voter une loi susceptible de brûler le Sénégal, vous sacrifierez définitivement une place d’homme d’Etat pour une position triviale d’homme politique, de politicien…

Moustapha Niasse, vous avez atteint cet âge canonique où même Dieu est indulgent à votre égard. Vous n’avez plus rien à perdre et tout à gagner. Pour égard à la dignité de votre fonction, prenez une posture qui honore la République, la démocratie, le dialogue si cher à votre défunt mentor Léopold Sédar Senghor…

Macky Sall était à peine né lorsque vous exerciez des responsabilités au plus haut niveau. Les privilèges qu’il vous a donnés ne doivent pas vous dissuader de lui tenir le langage de la vérité en ce tournant crucial. Le moment est d’autant plus propice qu’il ne courra pas le risque d’une rupture avec le président de l’Assemblée nationale que vous êtes à quelques heures du vote d’une loi si lourde de polémiques.

Moustapha Niasse, prenez vos responsabilités pour l’Histoire !

Cheikh Yérim Seck



Contrats Etat-Total: l’inquiétante nullité de l’opposition sénégalaise

YERIMPOST.COM Après des pressions intenses, auxquelles Yerimpost s’honore d’avoir contribué, l’Etat du Sénégal a fini par céder et par publier les contrats le liant à Total dans le cadre des gisements pétroliers et gaziers de Rufisque Offshore profond et de l’Ultra Deep Offshore.

Ces documents sont une mine d’informations, une illustration concrète de l’hérésie de la « gouvernance sobre et vertueuse » prônée par Macky Sall. Ils sont donc une aubaine au profit de ses adversaires politiques pour interpeller le locataire du Palais à partir de faits concrets.

Contre toute attente, l’opposition est muette sur les contrats publiés, accaparée qu’elle est par des polémiques politiciennes sans aucune prise directe sur la réalité. A l’exception notoire d’Ousmane Sonko, qui a évoqué la question sur sa page Facebook et promis d’y revenir par une conférence de presse, les leaders de l’opposition ont fait montre d’une nullité inquiétante face à une problématique aussi stratégique.

Dans les pays à démocratie raffinée, la publication de documents de ce type aurait poussé les opposants à commettre une batterie d’avocats spécialisés et de juristes-conseil pour les disséquer, en distinguer le bon du mauvais, proposer des pistes de modification en cas d’alternance au pouvoir…

C’est peut-être trop demander aux adversaires de Macky Sall qui mettent la politique politicienne au-dessus des questions stratégiques. Gageons qu’ils vont se raviser pour examiner les contrats et soulever les importantes questions qui en découlent. La nullité n’est pas une fatalité.

Cheikh Yérim Seck




Sidiki Kaba, pourquoi êtes-vous allé faire humilier si gravement le Sénégal en Israël ?

YERIMPOST.COM Propulsé ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, sans doute pour avoir sur-vendu à Macky Sall ses « réseaux » dans le monde, Sidiki Kaba confond-t-il diplomatie et réseautage ? Intérêts du Sénégal et développement de son tissu relationnel propre ? Comment expliquer sa récente visite en Israël, sinon par une volonté d’entrer dans les faveurs du lobby juif, quitte à malmener la ligne du Sénégal sur le conflit israélo-palestinien ?
Quelles que soient les motivations de ce déplacement, il a offert l’occasion à la très arrogante administration Netanyahou d’infliger à notre pays un traitement plus humiliant que l’humiliation. C’est le quotidien national Le Soleil qui, dans sa livraison du 30 mars, écrit, en page 5: « Cette fin de visite a été marquée par une audience avec le ministre de la Défense israélien à la place du Premier ministre empêché. »  Cette formule diplomatique usuelle signifie que Benyamin Netanyahou n’a pas souhaité recevoir Sidiki Kaba. Le pire est dans le mot « empêché » qui suggère que le rendez-vous avait été confirmé puis annulé au dernier moment…
L’humiliation ne s »arrête pas là. Le Soleil renchérit: «Avant cette audience, le ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur avait rencontré le directeur des affaires politiques au ministère des Affaires étrangères». En clair, fioriture diplomatique à part, Kaba n’a même pas pu rencontrer son homologue israélien. 
La figure du Sénégal a été versée par terre, pour parler comme les Ivoiriens. Mais ce n’est que logique. C’est le chef de notre diplomatie qui a payé des verges pour se faire fouetter. Le Sénégal n’est pas n’importe quel pays. Il est à l’avant-garde du combat contre les injustices imposées au peuple palestinien depuis 1948. Et a voté toutes les résolutions condamnant les atteintes au droit international perpétrées par Israël sur les territoires occupés.
L’Etat hébreu n’est pas notre ami. Il a annulé ses programmes de coopération avec notre pays, en décembre 2016, suite à la décision du Sénégal de faire partie d’un groupe d’Etats initiateurs de la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations-unies appelant à mettre fin à la colonisation juive en ‘’territoire palestinien occupé’’. La vision de Netanyahou des rapports avec la Palestine est contraire à la ligne historique de notre politique étrangère.
Tous les actes posés par le chef de notre diplomatie au cours de sa visite en Israël constituent des fautes symboliques. Alors que notre pays, peuplé à 95% de musulmans, a présidé l’Organisation de la conférence islamique de 2012 à 2013 et dirige le Comité permanent de l’Organisation de la conférence islamique pour l’information et les affaires culturelles (Comiac), le geste d’adoration de Kaba en kippa devant le Mur des lamentations a horripilé la oummah islamique.
Tandis que le représentant permanent du Sénégal à l’Onu a été élu en février 2017 président du Comité des Nations-unies pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, Sidiki Kaba a fait accoler à notre drapeau celui de la puissance occupante de la Palestine pour meubler le fond de sa photo avec Avigdor Libermann, l’un des hommes politiques juifs les plus racistes, les plus anti-arabes et les plus anti-musulmans.
Au moment où notre pays et ses plus grands intellectuels militent pour la protection d’Al Aqsa, le troisième lieu saint de l’Islam, Sidiki Kaba s’y est fait conduire manu militari par de nerveux soldats israéliens qui ont molesté les Palestiniens trouvés sur les lieux, et investi avec cette irrévérence mêlée d’arrogance ce lieu de culte à partir duquel le Prophète Mohamed SAWS s’est élevé vers le Ciel. Le cliché est assassin aux yeux des peuples musulmans.
Le ministre des Affaires étrangères est allé au bout de tout ce qu’il pouvait faire pour déshonorer le Sénégal et brouiller son image dans le monde. Si on vivait dans un pays communiste, il aurait été jugé pour haute trahison. Heureusement pour lui, nous sommes en démocratie. Sidiki Kaba a toutefois l’obligation d’expliquer au nom de quels intérêts il a commis des gaffes diplomatiques de cette gravité.
Cheikh Yérim Seck




Mon regard de juriste sur les incohérences de la décision de Malick Lamotte

YERIMPOST.COM Juriste dans une autre vie, j’ai gardé de ma formation universitaire des notions qui me permettent de me livrer à l’exercice du commentaire d’arrêt. La décision pénale qui m’intéresse, objet d’une grande attention de l’opinion publique du fait du pedigree du prévenu, me semble traîner de sérieuses incohérences.

Khalifa Sall a été condamné notamment pour escroquerie portant sur des deniers publics, une infraction d’une grande gravité qui d’ailleurs justifie la lourdeur de la peine qui lui a été infligée. Cette infraction suppose que son auteur ait usé de manoeuvres frauduleuses pour se faire remettre les deniers en cause à des fins d’enrichissement personnel. En l’espèce, Khalifa Sall, maire de Dakar, ordonnateur du budget de sa commune, ne peut pas être poursuivi pour escroquerie. Il dispose de jure et de facto des fonds et n’a nul besoin pour ce faire d’user d’une quelconque manoeuvre. Il ne peut être poursuivi que s’il commet des malversations dans leur gestion ou s’il les détourne de leur affectation dans un but d’enrichissement personnel. Seul un tiers est susceptible d’user de manoeuvres pour se voir remettre indûment ces deniers.




Ensuite, le juge Malick Lamotte a reçu la constitution de partie civile de l’Etat pour ensuite décider que celui-ci n’avait subi aucun préjudice et n’avait donc pas droit à une réparation. Or, dans un procès pénal, ne peut se constituer partie civile que celui qui a souffert d’un dommage directement causé par l’infraction. Le comportement du juge vis-à-vis de l’Etat dans ce procès reflète donc une contradiction absolue. Si je n’étais pas si naïf en politique, je croirais que le juge a fait exprès, en connaissance de cause, d’accueillir dans le procès une partie qui n’en est pas une, dans le but d’affaiblir la défense du prévenu par des contradicteurs illégitimes.

De même, le juge Lamotte a déclaré irrecevable la constitution de partie civile de la mairie de Dakar. Au bout du procès, il a reconnu implicitement, en décidant que l’Etat n’a pas subi de préjudice, que c’est la mairie qui l’a enduré. En clair, la mairie, dont les 1,8 milliard de francs cfa sont censés avoir été escroqués, a été empêchée d’entrer dans le procès pour les réclamer. Ce qui a conduit à cette situation rocambolesque où Khalifa Sall, à qui on reproche 1,8 milliard de nos francs, se retrouve ne devoir payer que 5 millions ! La partie qui devait exercer l’action civile a été écartée du procès !

Si je n’étais pas si inexpert sur les questions de pouvoir, je croirais que l’obsession de punir le maire de Dakar était si dévorante qu’on a administré le procès contre certaines normes élémentaires de bon sens.

Enfin, le juge Lamotte a estimé de façon péremptoire que le faux et usage de faux est établi dès lors que les factures d’achat de riz et de mil établies ne recoupent pas la réalité de l’utilisation faite des fonds de la caisse d’avance. Cette interprétation est sujette à caution en droit budgétaire et comptable. Dans ce droit, les fausses certifications ne sont pas un délit. Le juge des comptes cherche à s’assurer d’une seule chose: la conformité de l’affectation des fonds.

Si j’étais l’avocat de Khalifa Sall, j’aurais eu des griefs sérieux à opposer devant la Cour d’appel à la décision de Malick Lamotte. D’aucuns me diront qu’ils ne serviraient à rien, vu la nature de ce dossier qui pousse certains magistrats dociles à le trancher dans le seul souci d’appliquer au prévenu une punition à la hauteur de l’adversité qu’il suscite en Macky Sall.

Nos juges gagneraient à méditer cette pensée d’Hypolite de Livry: Le plus horrible spectacle de la nature, et un des plus communs, est de voir violer la justice par l’homme préposé pour la rendre.

Cheikh Yérim Seck



Un ancien de la DST pour épier les Sénégalais: le scandale des écoutes téléphoniques

YERIMPOST.COM Votre blog préféré est en mesure d’écrire que le pouvoir en place au Sénégal a recouru aux services d’un Français, ancien de la Division de la sécurité du territoire (DST, les renseignements intérieurs hexagonaux), dont nous taisons le nom par sens de la responsabilité et par égard à sa sécurité, pour muscler le dispositif qui épie les communications téléphoniques des Sénégalais.

Parmi ceux de nos concitoyens qui comptent, quiconque est vigilant se rend compte qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans la qualité de ses coups de fil. S’il est peut-être efficace, le dispositif technique mis en place n’est pas discret. Il n’est pas totalement maîtrisé par les « grandes oreilles », comme le suggère cette source qui nous apprend qu’il s’agit d’une technologie israélienne dernier cri en cours d’acclimatation chez nous.

Il y a aussi là les effets pervers du comportement pour le moins écrasant et solitaire des agents des services secrets qui, munis de réquisitions, accèdent directement aux serveurs des sociétés de téléphonie mobile, y opèrent en solo, snobent les ingénieurs-maison qui connaissent les installations certainement mieux qu’eux… C’est ce qui explique des dérèglements comme ces vents violents et intempestifs qui se glissent dans les communications écoutées.

Mais tout cela n’est pas la question. La question ici n’est technique que pour ceux qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Elle est surtout d’ordre éthique. Dans une société civilisée, un Etat démocratique, les communications sont protégées par le secret. La confidentialité est une composante essentielle du droit à l’intimité de la vie privée. Il ne doit être porté atteinte à ce droit que dans des cas et des séquences limités et si et seulement si il y a une menace sur la sécurité collective.

Au Sénégal, on est trop loin de cette préoccupation d’ordre public. On confond sécurité publique de l’Etat et intérêts politiciens d’un régime qui épie ses adversaires ainsi que les pôles d’influence comme les médias, les syndicats et les familles religieuses. Au nom de quel principe peut-on épier des Sénégalais qui ne complotent pas contre la sûreté de l’Etat et pénétrer jusqu’aux profondeurs de leur intimité ? Doit-on dépenser des quantités importantes de deniers publics pour acquérir des technologies chères dans le but de violer les droits des citoyens ?

Aujourd’hui, la prégnance des écoutes et la psychose qu’elles suscitent ont fini de faire de Whatsapp le véhicule le plus répandu des communications entre les Sénégalais qui comptent. Avec toutes les contraintes liées à la mauvaise qualité de l’Internet et à ce risque de déposer des  données stratégiques sur la plateforme d’une entreprise privée américaine.

En un mot comme en mille, les écoutes téléphoniques tous azimuts, appelées à s’intensifier au fur et à mesure qu’approche l’élection présidentielle de février 2019, constituent un gros désastre humain et un énorme scandale démocratique.

Cheikh Yérim Seck



J’ose espérer que cette information sur Malick Gakou est fausse !

YERIMPOST.COM A l’initiative de Baye Ndiaye, frère du promoteur de lutte Aziz Ndiaye, et en l’absence de Balla Gaye 2, pris par les préparatifs de son combat contre Gris Bordeaux, mais en présence de son petit-frère, Sa Thiès, des bonnes volontés de Guédiawaye se sont rendues chez Malick Gakou. L’objectif est d’enrôler le leader du Grand parti (Gp) dans le groupe des personnalités de Guédiawaye appelées à se mobiliser autour de Balla Gaye 2 pour qu’il sorte victorieux de son choc du 30 mars prochain contre le Tigre de Fass.

Voilà ce que j’ai lu dans la parution du 20 mars 2018 du quotidien L’Observateur. Je refuse de croire en la véracité de cette information. Malick Gakou ne peut pas oser faire ce coup-là aux Sénégalais. Il ne peut pas, après avoir laissé entendre sa volonté de briguer la magistrature suprême, le 22 janvier 2017, à l’occasion d’une assemblée générale de son parti, disparaître et ne réapparaître sous les projecteurs des médias que sous les traits d’un parrain d’écurie de lutte préoccupé à s’affairer pour la victoire d’un lutteur.

Je n’ose pas croire, alors que les Sénégalais attendent ses propositions de transformation du pays dans un champ politique plus que demandeur d’offre, que Gakou puisse leur manquer de respect à ce point. Qu’il soit amateur de lutte ou friand d’être louangé dans les chansons de starlettes sénégalaises, c’est son droit ! Qu’il ait ce penchant pour le star system et le showbiz, pourquoi pas ?, s’il estime pouvoir passer par les célébrités pour décrocher les suffrages de leurs fans !

De là à théâtraliser une visite de lutteurs et d’amateurs alors qu’il est attendu sur des propositions pour régler les problèmes du pays, il y a une grosse erreur sur le registre.

Etre candidat à la fonction suprême de l’Etat est une chose sérieuse. Diriger un pays, ce n’est pas se distraire avec des lutteurs ou des chanteurs. La lutte, c’est bien. La musique, c’est excellent. Mais le Sénégal n’est pas un espace de jeu, encore moins un jouet. La politique n’est pas une activité ludique. C’est un engagement pour changer les choses. Elle requiert beaucoup de sérieux. Enormément de concentration. La concentration est le contraire de la distraction.

Malick Gakou, qui a une carte à jouer dans cette présidentielle ouverte avec 2 millions de primo-votants, ne doit être vu que sur le front des propositions sur l’éducation, la santé, l’emploi, la diplomatie, le développement économique… Desservi par une réputation de jet-setteur, qui lui colle à la peau tel un boulet, il doit travailler sa « présidentialité », prouver qu’il a les épaules assez larges pour remplir le manteau présidentiel.

Titulaire d’un doctorat, intellectuel structuré, il doit cesser de se laisser voir sous les traits d’un trivial personnage mondain. Et se défaire de certaines fioritures pour apparaître à l’opinion tel qu’il est vraiment. Nos discussions en privé m’ont fait déceler en lui un calibre politique et intellectuel qui peut être utile au Sénégal. J’ose croire qu’il ne va pas se consumer dans des futilités. J’ose espérer que l’information de L’Observateur est fausse !

Cheikh Yérim Seck



Non, Idrissa Seck, vous n’avez pas le droit de dire ça !!!

YERIMPOST.COM Evoquant les meurtres de nos compatriotes à l’étranger, vous avez, monsieur le président de Rewmi, critiqué le pouvoir, estimant qu’il gère ces drames avec « légèreté » et « faiblesse ». Pour justifier cette diatribe, vous avez convoqué le devoir de l’Etat de protéger ses ressortissants installés à l’intérieur comme à l’extérieur de son territoire.

M. Idrissa Seck, vous êtes leader d’un parti politique. Vous avez de par le passé occupé les fonctions stratégiques de directeur de cabinet du président de la République puis de Premier ministre. Vous n’avez pas le droit de tenir de tels propos. Vous connaissez la délicatesse des rapports entre Etats ainsi que les règles imposées par la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques et consulaires.

Vous n’ignorez pas que, même si fermeté il doit y avoir, elle s’exerce dans les conditions de la diplomatie, c’est-à-dire dans le respect des formes, la discrétion, la courtoisie… L’Etat du Sénégal observe ces principes, mais vous savez parfaitement, pour être informé, qu’il a pris toutes les dispositions pour que tous les droits d’Idy Diène, tué en Italie, et de sa famille soient respectés. Vous savez tout autant qu’il a dépêché une mission en Espagne pour prendre langue avec les autorités, défendre les droits de nos compatriotes Mame Mbaye Ndiaye et Ousseynou Mbaye qui y ont perdu la vie, et prendre les dispositions pour éviter de tels drames en l’avenir.

Contrairement donc à ce que vous affirmez, ni légèreté ni faiblesse ne peuvent être imputées au pouvoir sénégalais. Macky Sall, le président de la République, a certes des défauts. On ne peut toutefois pas lui reprocher de manquer de sérieux.

La politique au sens politicien du terme est légitime. La contradiction est le moteur de la démocratie. Mais elle ne s’exerce pas sur tout, en tout, tout le temps. Les intérêts supérieurs de notre pays, ses relations avec les Etats tiers, la vie et la sécurité de nos compatriotes… ne sont pas des questions politiciennes. Ce sont des enjeux transcendants.

Sous d’autres cieux, lorsque des drames de ce type touchent des citoyens, toute la classe politique observe ce qu’il est convenu d’appeler « l’union sacrée ». Les leaders de l’opposition se plient à une réserve de décence et, dans bien des cas, soumettent dans la discrétion des propositions au pouvoir sur ce qu’ils estiment être la meilleure manière de gérer la situation.

Monsieur Idrissa Seck, vous avez le droit, à dix mois de l’échéance cruciale de la présidentielle de 2019, de tirer à boulets rouges, à bout portant et à feu nourri sur votre adversaire, Macky Sall. Vous ne devez toutefois pas faire feu de tout bois. Aspirant à la plus haute fonction de ce pays, vous devez respecter les règles d’élégance républicaine et les murs porteurs des intérêts de l’Etat.

Cheikh Yérim Seck



Vidéo- Yerimpost décrit le comportement prédateur et impérialiste de Total au Sénégal





Un palais bis à Diamniadio ? Pourquoi pas ? Mais…

YERIMPOST.COM Donner un caractère institutionnel à Diamniadio motive la décision du chef de l’Etat de faire construire un palais bis au Pôle urbain. Une annexe qui pourra accueillir des réunions du conseil des ministres ou encore des réceptions officielles. Voici l’argument d’utilité publique que le directeur du patrimoine bâti de l’Etat a brandi pour repréciser la pensée du président de la République. Karim Fofana, dans une note, a expliqué: « Après les sphères ministérielles et la Maison des Nations-unies, l’annexe du palais est la troisième étape du redéploiement territorial de l’administration pour accompagner le développement de la nouvelle ville… Les annexes de palais existent dans tous les pays. La Résidence de Popenguine et le palais de l’île de Gorée sont des annexes du palais de Dakar. Lorsque le Sénégal construisait ces annexes, nous n’avions pas ces enjeux de développement territorial et de décongestionnement de la capitale.»

Accordons une présomption de bonne foi à M. Fofana et à son patron ! Si Macky Sall, dépositaire de la légitimité démocratique, estime avoir besoin d’une annexe de son palais à Diamniadio pour être plus efficace dans la réalisation du bonheur des Sénégalais, ceux-ci doivent soutenir pareil projet sans réserve.

Et puis, comme dit Fofana, il y a bien les palais d’Abidjan et de Yamoussoukro en Côte d’Ivoire, les palais de Brazzaville et d’Oyo au Congo, les palais de Lagos et d’Abuja au Nigeria…

Le Sénégal est un Etat important dans l’imaginaire mondial, une « zone d’influence symbolique », un pays de rencontres internationales… Avec son Centre international de conférences Abdou Diouf (Cicad), Diamniadio va devenir un hub naturel de sommets internationaux. Il n’est pas superflu que le chef de l’Etat, qui est en train et va y recevoir d’importantes personnalités, y dispose d’un abri qui puisse refléter l’image majestueuse que nous voulons offrir de notre pays.

Pour susciter la révérence, l’Etat doit se parer de ses plus beaux atours. Le pouvoir est une représentation qui doit impressionner par sa grandeur, sa splendeur, ses ors, ses lambris et ses dorures.

Mais le palais bis de Diamniadio n’a de sens que s’il grave dans la pierre l’âme de notre peuple et tranche d’avec le style gothique de cette bâtisse blanche aux longs murs qui abritait le gouverneur de l’AOF et trône sur la désormais Avenue-Léopold-Sédar-Senghor, au cœur du Plateau, à Dakar.

Le nouveau palais doit cristalliser le génie créateur de notre peuple. Il doit être le reflet de la créativité de notre architecture, de nos architectes, de nos menuisiers, de nos potiers, de nos peintres, de nos sculpteurs, de nos décorateurs d’intérieur… Rien ne doit y figurer qui ne soit pas made in Sénégal et suivant les codes culturels et esthétiques de notre pays.

Bien plus qu’un palais, il devra être un espace d’exposition grandeur nature du savoir-faire sénégalais. Le projet sera réussi si chaque dirigeant étranger qui y séjourne éprouve le désir de faire découvrir la touche sénégalaise à son pays.

Le palais de Diamniadio doit être construit par des entreprises sénégalaises. Plus que de fierté, c’est une question de sécurité nationale. Les prestataires de ce chantier doivent être choisis suivant des règles d’absolue transparence. Les entreprises techniquement les meilleures et financièrement les moins chères doivent être sélectionnées pour ériger un bijou au-dessus de toute contestation.

Le coût du projet doit être maîtrisé. Cette dépense, qui ne donne pas directement à manger, doit être contenue pour ne pas, à l’image de la réfection du Building administratif, passer, à coups d’avenants, du simple au double du budget convenu.

L’esprit du nouveau palais serait faussé d’avance si sa construction devait être attribuée à certains businessmen dont la trop grande proximité avec le pouvoir alimente les bruits dans les salons feutrés et sous les chaumières. Et si le contribuable devait se retrouver, au bout du compte, avec une ardoise qui aurait pu, par son épaisseur, couvrir le financement de priorités dans l’éducation, la santé et la création d’emplois pour les jeunes.

Cheikh Yérim Seck




Vidéo- Yerimpost: « le pouvoir passe par Abdoulaye Sylla pour frapper Pape Alé Niang »





Réfection du Building administratif: illustration la plus achevée de la mauvaise gouvernance

YERIMPOST.COM Lorsque les Sénégalais passent devant cette grosse bâtisse en réfection qui a abrité la primature et de nombreux ministères depuis l’indépendance, ils n’imaginent pas la quantité d’argent engloutie dans les interminables travaux. Quand il va être livré, le Building administratif aura subi un lifting qui aura coûté pas moins de… 39 milliards de nos francs. A titre de comparaison, la Cité de l’Emergence de Diamniadio, qui va abriter 17 tours de 10 étages chacune, est estimée à 21 milliards. Ce coût inclut la construction de toute la Cité depuis les fondements jusqu’à la livraison des immeubles et des aménagements de toutes sortes (éclairage public, routes, équipements sportifs, sociaux, religieux…). Tandis que le prix de la remise à neuf du Building Administratif couvre la seule réfection d’un bâtiment existant.




Attribué après un appel d’offres restreint, expression douce pour désigner un gré-à-gré de facto, ce marché a suscité une vive polémique dès le départ. Pour se défendre à l’époque, le gouvernement avait avancé le chiffre de 17 milliards comme coût du lifting. En 2013, le marché, référencé T1431/13, a été attribué à Bamba Ndiaye SA avec un coût initial de 30,04 milliards de francs cfa. Puis, sans qu’on ne sache trop pourquoi, un avenant immatriculé T0717/16-Dk d’avril 2016 est venu alourdir la facture de 2,04 milliards supplémentaires.

Au cours du premier trimestre de 2017, un deuxième avenant a été signé entre le Premier ministre et l’adjudicataire du marché Bamba Ndiaye pour ajouter une rallonge de 6,4 milliards de francs cfa. Ce qui porte le coût global de la réfection à 39 milliards de francs cfa.

Quel Etat au monde aurait mis, pour rafistoler un seul building, ce montant qui aurait pu lui permettre d’avoir 39 immeubles à 1 milliard pièce ? Quelle idée, alors que l’heure est au décongestionnement de Dakar, avec le déménagement de certains ministères sur Diamniadio, de reconstituer un building au centre-ville de la capitale ? Doit-on payer si cher pour aggraver les embouteillages qui, chaque jour davantage, compliquent l’accès au coeur de Dakar ? Qui a orchestré ce projet, illustration achevée de la mauvaise gouvernance ?

Sous tous les angles d’attaque, la réfection du Building administratif est un gâchis monumental, sans doute la plus grosse affaire de gaspillage de deniers publics depuis l’indépendance. Il est curieux qu’elle soit intervenue à l’ère de « la gouvernance sobre et vertueuse », sous le magistère de Macky Sall qui, les premiers moments suivant son élection, s’est attaqué à toutes les niches de dilapidation de l’argent public.

Cheikh Yérim Seck




Abdoulaye Sylla, bras du pouvoir pour frapper Pape Alé Niang

YERIMPOST.COM C’est connu : chaque fois qu’un pouvoir a voulu liquider un élément récalcitrant sans se salir les mains, il est passé par des affidés disposés à faire le sale boulot. Le procédé est classique. Il est aussi vieux que le cynisme et le machiavélisme en politique.

Dans le cas d’espèce, cela a mauvais genre pour le régime de Macky Sall, au risque de craqueler le vernis du modèle démocratique sénégalais, de persécuter un journaliste. Abdoulaye Sylla, homme d’affaires plus qu’introduit au Palais, va s’en charger par le biais de la citation directe qu’il a servie au patron du site Dakarmatin suite à une chronique de celui-ci répertoriant les marchés à milliards à son avis indûment affectés à ce businessman qui frôlait la faillite en 2012.




La forme et le fond de cette action en justice trahissent le calcul qui la sous-tend. Abdoulaye Sylla a intenté contre Pape Alé Niang une procédure correctionnelle, demandant que lui soient appliquées les rigueurs de la loi pénale et une condamnation à payer… 2 milliards de francs cfa de dommages-intérêts ! S’il n’était animé que par le souci de « laver son honneur », il aurait attaqué au civil et réclamé le franc symbolique en guise de réparation du préjudice allégué. Sur le fond, le demandeur reproche au défendeur d’avoir évoqué dans une chronique sa société, Ecotra, avec le calcul évident de lui fermer la bouche ad vitam aeternam sur la question.

Ce type de méthode est passé d’époque. L’heure n’est en effet plus à des actions contre la presse. Dans la civilisation contemporaine, même quand un journaliste se trompe, on l’informe, on le démentit ou on le somme de rectifier.

Mais l’objectif d’Abdoulaye Sylla dans la présente procédure procède moins du souci de rétablir sa vérité que de la volonté d’offrir au pouvoir une vengeance par procuration contre le très gênant chroniqueur. Il se trompe à la fois de combat et d’adversaire. L’expérience a prouvé que se battre contre un journaliste aboutit toujours au résultat inverse de celui que l’on recherche. Et puis, les vrais adversaires du sieur Sylla sont dans des cercles autres que la presse.

Il doit ménager ses forces pour faire face à ces fonctionnaires haut placés des administrations financières de l’Etat qui le trouvent démesurément favorisé, à ces politiciens de l’entourage présidentiel qui lui reprochent de bouffer tous les fruits de leur travail pour porter Macky Sall au pouvoir, à ces hommes d’affaires qui lui en veulent pour les gros marchés qu’on lui donne sans une vraie concurrence et pour la vitesse à laquelle il est payé avant tout le monde…




Aucune presse sérieuse ne peut ne pas s’intéresser aujourd’hui à Abdoulaye Sylla au regard de sa prégnance sur l’économie et les finances de notre pays. Pape Alé Niang n’est d’ailleurs pas le seul à s’interroger sur ce multimilliardaire qui a brutalement émergé des flancs du pouvoir. Nombre d’observateurs, notamment des services secrets occidentaux, essaient de voir clair sur la vraie nature de ses liens avec la famille présidentielle, sur le versement de gros paiements dans son compte logé à la banque Crédit agricole contrôlée par le pouvoir, sur ses fréquents voyages à Dubai et dans des pays de cet acabit, sur le contenu de ses bagages au cours de ces déplacements…

L’administrateur général d’Ecotra a donc des combats plus stratégiques à mener. D’autant qu’il est dans le viseur de tous ceux qui, aujourd’hui, disputent le fauteuil présidentiel à Macky Sall. Le jour où la roue du pouvoir tourne, il sera l’un des premiers à être soumis au rituel de la reddition des comptes. Et aucune sympathie maraboutique chèrement payée ne sera de trop pour le protéger.

A l’instar de ceux qui l’ont précédé dans l’exercice au sein de l’entourage d’Abdoulaye Wade, Abdoulaye Sylla est une pure fabrication de « la gouvernance sobre et vertueuse » de Macky Sall. Il ne saurait, à ce titre, échapper au scanner des médias interpellés par les pratiques de gestion au plus haut sommet de l’Etat.

Au lieu de penser à servir de fouet au régime pour lapider un journaliste, il doit se souvenir, instruit par le précédent Karim Wade, que toute vanité du pouvoir est éphémère et stupide.

Cheikh Yérim Seck




L’insupportable imperium de Total sur la colonie Sénégal

YERIMPOST.COM Le comportement au Sénégal du groupe pétrolier français Total ressemble à s’y méprendre à celui des colons qui, après avoir décrété, en 1885 à Berlin, notre pays terre vacante et sans maître, y paradaient en territoire conquis, usant des hommes et des ressources à leur guise.

Insulte grossière à notre indépendance, 58 ans après la proclamation formelle de celle-ci, seule l’enseigne de Total trône sur une station-service tout au long de notre unique autoroute à péage ! EDK, Touba Oil, Clean Oil, Star Oil et toutes les autres entreprises sénégalaises du secteur sont ostracisées dans leur propre pays.




Pire, Total se livre à une concurrence déloyale qui consiste à encercler et étouffer ses rivales. Toutes les stations-service de ces dernières ont dans leur proximité immédiate une ou deux de Total qui obtient des autorisations de construire comme si elle les délivrait elle-même.

Derrière cette prolifération, il y a un calcul éloigné du souci de rentabilité de la vente de carburant. Total est en effet aujourd’hui, de par les boutiques installées dans ses stations, une chaîne de supermarchés. Mais aussi et surtout le plus grand vendeur d’alcool du Sénégal. Les ventes de bières et de liqueurs de toutes sortes rapportent à ce pétrolier plus que le résultat généré par l’essence et le gas-oil. Evidemment sans qu’il paie la moindre redevance comme débit de boissons alcoolisées, coulant au passage ceux dont c’est le cœur de métier.

Pour couronner le tout, la présidence et les grandes administrations sont approvisionnées en tickets de carburant estampillés Total. Grosse faute de goût et grave menace à notre souveraineté nationale, la pompe qui alimente les véhicules du cortège présidentiel au palais appartient à cette firme étrangère !

Au Sénégal, Total est à la hauteur de sa réputation de multinationale prédatrice largement étayée par Alain Deneault dans son livre d’enquête De quoi Total est-elle la somme ?.




L’imperium de cette entreprise française s’est manifesté dans ses pires formes en décembre 2016. Thierno Alassane Sall, alors ministre sénégalais de l’Energie, a été convoqué illico presto à Paris pour… signer un contrat octroyant l’exploitation d’une partie du pétrole sénégalais à Total. Refusant d’apposer son sceau dans des conditions si expéditives et si cavalières, il a subi les foudres du président de la République, Macky Sall himself.

Le 2 mai 2017, Thierno Alassane Sall a été obligé de quitter le gouvernement. Nommé le même jour ministre de l’Energie, cumulativement avec ses fonctions de Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne a paraphé le contrat, bien évidemment avant que sa nomination n’ait été actée au Journal Officiel. En fait de contrat, a été signé un brouillon qui, près d’un an plus tard, ne peut être rendu public du fait de l’imperfection de sa forme et de l’iniquité de son fond.

Usant de l’Etat français pour mettre au pas la République du Sénégal, Total a remporté la bataille. Mais la guerre est loin d’être finie… Quant aux Sénégalais qui se sont offusqués, Momar Nguer, directeur de la branche Marketing du groupe, est venu les narguer chez eux, leur assénant que «Total joue en Champions league» !

Parmi les pires supplices dans le monde actuel, il y a celui d’être citoyen d’un pays pauvre. Surtout s’il a à sa tête des dirigeants dénués du sens de la dignité nationale.

Cheikh Yérim Seck




Youssou Ndour est fâché: Les non-dits de sa sortie dans Face2Face

YERIMPOST.COM Au-delà du verbatim, le décryptage de la sortie de Youssou Ndour à travers l’émission Face2Face, sur TFM, montre un personnage irrité, décontenancé, déçu… Le battage médiatique organisé avant et après la diffusion de l’émission, les réactions recueillies par la TFM quelques minutes après, le traitement millimétré de « l’événement »… dévoilent une véritable stratégie d’amplification de l’exercice de communication.

La réaction de la Cojer de Podor, inévitablement filmée avant la diffusion de Face2Face, lève un coin du voile sur l’une des raisons du courroux de la star planétaire. Il saute à l’œil de l’observateur fin que la polémique consécutive à sa prestation à Ndioum, à l’invitation de Cheikh Oumar Anne, l’a affecté. Il en veut à Abdoulaye Daouda Diallo, rival politique d’Anne dans le département de Podor, à qui il dénie le droit de lui indiquer où il doit jouer. « Je ne suis l’animateur de personne. Nul ne me choisit où je dois jouer. Ni m’interdire une quelconque partie du territoire », a tonné Youssou Ndour.




Jusque-là peut-être abstraites pour le chanteur, les divisons au sein du parti présidentiel et de la coalition Benno Bokk Yaakaar se sont brutalement révélées à lui. Il les a vécues dans sa chair au lendemain de sa prestation à Ndioum. Voilà pourquoi il a martelé, comme traumatisé, les mots «tassaro», «khoulo», «ngayo», «khassanté»…

Youssou Ndour n’est pas non plus content de Macky Sall. Même s’il ne le dit pas ouvertement. Ses phrases «Je suis déçu», «Je ne suis la marionnette de personne», «Macky Sall doit écouter ce que nous lui disons», «J’ai renoncé à me présenter pour le soutenir alors que j’aurais pu…» sonnent comme des messages directs envoyés au locataire du Palais de l’Avenue-Léoplod-Sédar-Senghor. Le leader de Fekke Ma Ci Boolé n’a pas lâché ces mots pour amuser la galerie, comme l’a si bien perçu Yakham Mbaye dans « l’alerte rouge » qu’il a lancée suite à cette sortie ô combien explicite.

A un an de l’échéance présidentielle du 24 février 2019, les premiers signaux d’alerte commencent à clignoter. Le premier défi pour le président de la République, candidat à sa propre succession, consiste à amener indemne jusqu’à ce rendez-vous ce mastodonte hétéroclite, difforme et sans âme qu’est Benno Bokk Yaakaar fracturé en autant de chapelles que d’intérêts des membres de ladite coalition. Mais aussi de rassembler son parti, l’APR, éclaté en autant de morceaux que de calculs de positionnement de ses responsables.

Dans cette perspective de rassemblement de ses souteneurs, Macky Sall doit comprendre qu’il ne peut plus compter de façon inconditionnelle sur Youssou Ndour. Tout dans l’expression corporelle du leader de Fekke Ma Ci Boolé, chaque fois qu’il parlait de Macky Sall tout au long de ces plus de 60 minutes, trahit un grand dépit.

Le regard d’acier, les lèvres fermes, la voix contrariée et le visage fermé de la star montrent que quelque chose s’est cassé en lui. Que veut-il que Macky Sall ne lui a pas donné ? Continue-t-il à voir et à parler au chef de l’Etat à sa guise ? Que s’est-il passé entre les deux hommes que l’on ne nous a pas dit ?

Cheikh Yérim Seck




De quoi vous mêlez-vous, M. Erdogan ? Respectez-nous !

YERIMPOST.COM Recep Tayyip Erdogan, dès que vous êtes descendu de votre avion, vous avez harcelé le président sénégalais de questions aussi condescendantes les unes que les autres. « Combien de ministres avez-vous ? », lui avez-vous lancé. Il vous a répondu 39. Votre commentaire peu diplomate « Ooooh, machallah (…) J’en ai 20, moi… » est révélateur de ce que vous en pensez.

Puis, vous ne lui avez pas dit « Combien d’enfants avez-vous ? », vous lui avez demandé: « Vous avez beaucoup d’enfants ? » La formulation de cette question est en soi tout un cliché. Pourquoi « beaucoup » ? Parce que, selon un préjugé répandu, les Africains font « beaucoup » d’enfants ? Savez-vous que le cliché est le premier marqueur du racisme ?

Et puis, après tout, quelle idée de poser des questions de ce type, sous l’oeil des caméras, sous les objectifs des appareils-photo et dans le champ des micros et dictaphones ? Pourquoi, diantre, en Afrique, certains dirigeants du monde se croient-ils sur une terra nullis où ils peuvent se permettre toutes les maladresses ?

Votre homologue, vous a-t-il demandé le nombre de réformes constitutionnelles déconsolidantes que vous avez faites pour vous accaparer de tous les pouvoirs en Turquie ? Vous a-t-il posé une question sur le nombre de journalistes, de militants des droits de l’homme, d’opposants politiques que vous avez arrêtés à la faveur de cette tentative de coup d’Etat sur laquelle il existe deux thèses contradictoires ?

Recep Tayyip Erdogan, la diplomatie, c’est la tenue, la discrétion, la réserve… La convention de Genève sur les relations diplomatiques et consulaires est claire: les relations entre Etats doivent être fondées sur la courtoisie, la non-ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat-tiers, le respect de la souveraineté et de la dignité de tous les peuples…

En diplomatie, les paroles sont des actes. Celles que vous avez lâchées ce jour au Sénégal constituent un événement malheureux. Votre ambassadeur à Dakar n’a qu’à lire les réseaux sociaux pour se rendre compte à quel point l’opinion sénégalaise est choquée par votre interrogatoire, que dis-je ?, votre inquisition.

Pour satisfaire votre curiosité, M. Erdogan, sachez que Macky Sall, élu démocratiquement sans aucune contestation ni la moindre confiscation de l’appareil d’Etat à son profit, a plus de légitimité que vous pour nommer qui il veut au poste qu’il veut, jusqu’à proportion du nombre de ministres qu’il veut. En ce qui concerne ses enfants, Macky Sall en a beaucoup moins que vous. Il est père de trois enfants nés de son unique épouse.

Et, pour finir, veuillez bien vouloir, M. le guide éclairé de Turquie, je me départis de ma déformation de journaliste pour parler en diplomate, la prochaine fois que vous viendrez à Dakar, veiller avec bienveillance sur les centaines de millions de dollars que les entreprises de votre pays ont ou sont en train de gagner dans les projets de construction du Cicad, du Marché d’intérêt commun, du Stade omnisports, et tant d’autres projets. Et abstenez-vous de nous écraser… Passe encore que vous preniez nos sous. Si vous devez nous manquer de respect en plus…

Cheiklh Yérim Seck

Aly Ngouille Ndiaye, prototype achevé de l’homo politicus senegalensis

YERIMPOST.COM La première fois que j’ai eu un contact avec Aly Ngouille Ndiaye, c’était par voie téléphonique, en 2011. Dakaractu venait de naître, il m’a appelé un jour pour me présenter le Mouvement pour la renaissance du Djoloff qu’il avait créé. Et Djomec, une institution de microfinance qu’il avait mise en place dans sa contrée natale et qui aurait réalisé des résultats dans la lutte contre la pauvreté. Sa cible de l’époque ? Habib Sy, figure forte du régime libéral, qu’il cherchait à abattre pour prendre sa place. J’ai alors senti un homme dévoré par l’ambition qui s’évertuait, avec force arguments, à me convaincre qu’il était le leader politique le plus populaire dans son fief de Linguère.

Un peu plus tard, j’ai suivi les péripéties de sa laborieuse marche sur les dédales du régime d’Abdoulaye Wade. Avant qu’il ne se retrouve dans les bras de Macky Sall, qui avait le vent en poupe, à la veille de l’élection présidentielle de 2012.

Fils d’un ancien maire de Linguère, décrit par ses laudateurs comme un descendant de cette lignée des Bourba qui régna sur le royaume du Djoloff, Aly Ngouille Ndiaye aime le pouvoir et la proximité de ceux qui le détiennent. Il ne recule devant rien pour rester dans les bonnes grâces du locataire actuel du Palais, détenteur des privilèges et du pouvoir de signature des décrets de nomination.

A la tête du département de l’Energie et des Mines, il est sans conteste le ministre qui a pris le plus de risques pour plaire au Prince. Il est le signataire de cette très fameuse note de présentation datée du 5 juin 2012 motivant le décret du 19 juin 2012 qui attribue Saint-Louis Offshore Profond à Petro-Tim. Dans ce  document administratif parmi les plus scandaleux de l’histoire du Sénégal indépendant, il a présenté Petro-Tim comme une filiale de PetroAsia Resources Limited « doté d’une expérience avérée et réussie dans le domaine de l’Energie, et notamment dans l’Exploration-Production des Hydrocarbures ».

Aly Ngouille Ndiaye est évidemment l’unique au monde à connaître des faits d’arme de PetroAsia qui s’est révélé être un machin frauduleux dissout le 15 septembre 2016 à Hong Kong après avoir réalisé une scandaleuse opération de spéculation financière sur le pétrole sénégalais.

Quand un politicien capable d’une telle forfaiture jure, sur le plateau de 2stv, la main sur le cœur, qu’il va, au mépris de la démocratie, gérer le processus électoral dans le seul souci de faire gagner Macky Sall, il faut le croire. D’autant qu’une réélection de son mentor du moment est une question de sécurité pour lui. Surtout après ses hauts faits à Sabadola et dans le secteur de l’Energie qui le soumettront immanquablement, ce régime fini, à une reddition des comptes.

Si Aly Ngouille Ndiaye est original par le parcours qui l’a mené à la politique (Ecole polytechnique, BHS…), sa pratique du métier répond à une logique tragiquement vulgaire : tout faire pour rester au pouvoir et bénéficier au maximum des privilèges qu’il offre.

Le seul ministre de l’Intérieur de l’histoire du Sénégal à avoir publiquement proclamé travailler à orienter le résultat d’une élection est le prototype achevé de l’homo politicus senegalensis.

Cheikh Yérim Seck

 

Macky Sall-Idrissa Seck: Autopsie d’une relation faite de complexes et de haines…

YERIMPOST.COM Tout est dans cette phrase par laquelle Idrissa Seck a présenté Macky Sall à Khalifa Sall, alors ministre sous le régime d’Abdou Diouf, un jour de 1999: « Lui c’est Macky Sall, un de nos jeunes qui dirige la cellule des cadres. » Treize ans plus tard, par un de ces bouleversements dont l’Histoire a le secret, le « jeune » est devenu président de la République, coiffant au poteau le « grand » qui n’a même pas pu accéder au second tour de l’élection. Pour celui qui se rêvait quatrième président du Sénégal et le proclamait urbi et orbi, ce coup du destin a été un vrai choc.

Le premier contact entre Idrissa Seck et Macky Sall président, au domicile de ce dernier, à Mermoz, est révélateur du complexe de supériorité du premier envers le second. Idy a parlé à Macky comme s’il lui donnait des ordres, lui disant, en substance: « Il vous revient de choisir, au cours de votre mandat, que nous soyons alliés ou adversaires… Si vous me consultez avant de poser des actions, je les défendrai. Si vous ne me consultez pas, et que j’ai un point de vue contraire, je le donnerai… » C’est peut-être ce jour-là que le très politique Macky Sall a compris que les jours de son compagnonnage avec Idrissa Seck étaient comptés.

D’autant que, lorsque le nouveau président a voulu le placer à la tête d’une institution de la République, à l’image d’un Moustapha Niasse et, plus tard, d’un Ousmane Tanor Dieng, son vrai-faux allié lui a opposé un refus poli. Hors de question pour cet ego fort de se retrouver sous son « ex-boy » dans l’ordre protocolaire ! Pareil supplice lui est insupportable.

La méfiance s’est donc très tôt installée entre les deux hommes. De sorte qu’ils n’ont vraiment pas collaboré. En dehors d’un voyage qu’il a effectué, au lendemain de la chute de Kaddafi, auprès des autorités libyennes, dans le but de les inviter à financer des projets de développement au Sénégal, Idrissa Seck n’a pas été « utilisé » par Macky Sall.




Au bout d’un an, ce qui devait arriver arriva… La rupture intervint par un violent coup de sang du premier qui, comble du crime de lèse-majesté !, a choisi le jour du premier anniversaire de l’accession du second au pouvoir pour lui dénier tout bilan à travers les ondes télévisuelles et radiophoniques cumulées du groupe Futurs Médias.

Le vernis protocolaire de la vraie-fausse alliance a craquelé. Les haines enfouies au tréfonds des deux protagonistes ont fini par triompher des apparences. Idy ne pardonnera jamais à Macky d’avoir été, à la tête du ministère de l’Intérieur puis de la primature, l’un des hommes sur lesquels s’était appuyé Abdoulaye Wade pour le liquider. Macky ne pardonnera jamais à Idy de lui avoir pourri son mandat, mais aussi de l’avoir fait poireauter plus d’une année à la porte du gouvernement, au lendemain de l’alternance de mars 2000, malgré ses allées et venues au domicile de ce dernier, au Point E.

Aujourd’hui, la donne a changé et les cartes ont été redistribuées. Mais Idrissa Seck peine à voir en Macky Sall plus que ce « jeune » en quête de poste qui faisait le pied de grue chez lui, en compagnie d’Ousmane Masseck Ndiaye. Il lui a d’ailleurs rappelé, lorsque Macky a décrit la procédure de validation du traité de partage gazier signé avec la Mauritanie, qu’il n’a rien à lui apprendre, lui qui fut son chef au sein de l’Etat et du Parti démocratique sénégalais qu’ils partageaient.

De même, comme sous le coup d’un complexe mal refoulé découlant de leur passé commun, Macky Sall sur-réagit aux actes d’idy, trahit par cet excès une sur-estimation de son adversaire… Il suffit que l’opposant décoche une flèche pour que le chef de l’Etat monte lui-même au créneau afin de lui répondre. Non sans mettre en branle toute l’armada de ses boutefeux, de ses alliés en mal de reconnaissance, de ses affidés dans les médias…

Une mauvaise stratégie qui a fini d’installer dans l’opinion un face-à-face frontal entre les deux hommes. Le calcul cynique de l’opposant porte ses fruits, lui qui ne se trompe point de cible, multiplie les tirs groupés sur le chef de l’Etat pour susciter réactions et effet de comparaison. C’est la loi de Condorcet: pour être important, il faut s’attaquer à plus important que soi. Le défi lancé par Idy à Macky d’accepter un débat public avec lui est illustratif de cette stratégie.

Entre Macky Sall et Idrissa Seck, la bataille est lancée et sera de plus en plus sanglante. Si le chef de l’Etat part avec des avantages comparatifs certains, Seul Dieu, le maître des jours à venir, sait, au soir de l’élection de 2019, qui sortira victorieux de ce duel. Au-delà, le sang ne s’arrêtera pas de gicler dans ce combat à mort. Les deux hommes n’auront pas fini de solder tous les comptes.

Cheikh Yérim Seck



M. le procureur, vous devez donner suite à la lettre d’Abdoul Mbaye sur Petro-Tim

YERIMPOST.COM Dans une correspondance qu’il vous a adressée au début de cette semaine, l’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye, aujourd’hui président de l’Alliance pour la citoyenneté et le travail (Act), vous invite, M. le procureur, à déclencher une enquête sur l’attribution de permis de recherches d’hydrocarbures à Petro-Tim Ltd.

A l’appui de sa suggestion, M. Mbaye vous a placé devant vos responsabilités: «Vous conviendrez que jamais l’État du Sénégal n’a subi des pertes d’une telle ampleur du fait d’un ou deux actes administratifs. Aucune autre affaire ne mérite donc des enquêtes et poursuites davantage que celle décrite ci-avant.» Après avoir signalé que «la filiale de Petrotim Ltd au Sénégal a été créée et dirigée par Aliou Sall», Abdoul Mbaye vous a pris au mot: «Le déroulement du procès dit ‘de la Caisse d’avance de la mairie de Dakar’ rend la nation attentive à votre forte préoccupation d’assurer la défense du bien public et de poursuivre ceux qui seraient suspectés de le détourner à leur profit direct ou celui d’un tiers. C’est la raison pour laquelle j’ai retenu important d’attirer votre attention sur des faits d’une exceptionnelle gravité qui méritent que les intérêts de la République soient défendus par son procureur et que des enquêtes soient diligentées.»

M. le procureur, cette interpellation directe, fondée sur des faits tangibles, ne peut pas ne pas susciter de réaction de votre part. A l’occasion du procès de Khalifa Sall, vous n’avez laissé le siège du parquet à aucun de vos substituts. Vous êtes vous-même monté au créneau, avez proclamé, du haut de votre pupitre, votre détermination à rétablir dans leurs droits les dakarois spoliés de 1,8 milliard de francs cfa par leur maire et ses complices.

Cette posture de défenseur de la probité ne doit pas être seulement dirigée contre un opposant sans défense dans le viseur du Palais. Elle doit, pour être crédible, toucher les barons du pouvoir impliqués dans des faits  de corruption hautement plus graves et impliquant des montants qui centuplent ceux reprochés à Khalifa Sall.

M. le procureur, Joseph de Maistre a dit que « le glaive de la justice n’a pas de fourreau. » Anatole France a ajouté que « la justice est la sanction des injustices établies. » Votre glaive ne doit pas être une arme entre les mains du fort pour brimer le faible, mais plutôt un bouclier du faible pour se protéger contre le fort. D’où le mot de Joseph Joubert: « La justice est le droit du plus faible. »

Votre rôle de justicier contre Khalifa Sall ne peut être crédible que si vous vous donnez le courage d’ouvrir une enquête sur cette nébuleuse Petro-Tim qui constitue sans doute, au vu de la position des personnes impliquées et des sommes en cause, le plus gros scandale de corruption du Sénégal indépendant.

La justice à deux vitesses est lâche. La logique du deux poids deux mesures est écoeurante. Vous n’avez de légitimité, M. le procureur, que si vous appliquez la loi de manière égale à tous. C’est de cette manière seulement que vous pouvez être le rempart contre l’injustice. Vous le savez mieux que moi, l’injustice provoque la révolte, la guerre, la mort… Saint Thomas d’Aquin l’a fort bien rappelé: « On n’est tenu d’obéir aux princes séculiers que dans la mesure requise par un ordre fondé en justice. » M. le procureur, vous devez donner suite à la lettre d’Abdoul Mbaye sur Petro-Tim.

Cheikh Yérim Seck




Résultats 2017: Faut-il blâmer ou aduler la Sonatel ?

YERIMPOST.COM En 2017, le résultat de la Sonatel a connu un grand bond. Consolidant sa place de première entreprise du Sénégal, elle se positionne comme un groupe sous-régional en forte expansion au Mali, en Guinée, en Guinée Bissau et en Sierra Leone. Le chiffre d’affaires consolidé du groupe s’établit à 972,9 milliards de F CFA pour l’exercice 2017, en hausse de 7,5%, malgré les impacts défavorables de la dépréciation du franc guinéen et du Léone.




Le chiffre exact réalisé au Sénégal, qui sera connu à l’occasion de la réunion d’avril 2018 du Conseil d’administration, va taper à l’œil de ceux qui vont le trouver indécent dans le contexte d’un pays pauvre. Cette frange de l’opinion voit dans la Sonatel une pompe à fric qui essore des Sénégalais démunis pour engraisser ses actionnaires majoritaires issus d’un pays développé. Elle prend, en somme, aux pauvres pour donner aux riches.

Pareille opinion, qui touche même une partie de l’élite politique du pays, explique la suspicion qui anime l’Etat du Sénégal vis-à-vis de cette entreprise quand bien même il en possède 27% des parts. Comme tous les leaders, la Sonatel suscite adversités, jalousies et fantasmes. Au point d’en devenir un exutoire pour certaines associations de consommateurs. Ce mastodonte qui exerce un imperium écrasant sur le secteur stratégique des télécoms n’est certes pas exempt de reproches. Il prend parfois avec sa qualité de service des libertés qui peuvent être interprétées comme des abus de position dominante. Il pousse quelquefois la logique financière si loin qu’il brouille sa responsabilité sociale d’entreprise et donne l’image d’un monstre froid.

Mais la Sonatel ce n’est pas que cela. C’est l’entreprise qui produit près de 10% du PIB du Sénégal, paie 12% de l’ensemble des impôts versés au Trésor public, crée un volume de richesses qu’aucune entité autre qu’elle ne peut égaler. Si le Sénégal avait dix entreprises comme elle, il atteindrait l’émergence. Contrairement à une opinion répandue, les bénéfices de la Sonatel ne sont pas réalisés au Sénégal. Ils sont le fruit de l’expansion internationale de cette multinationale dont les filiales en Guinée, en Guinée-Bissau, au Mali et en Sierra Leone sont rentables.

La Sonatel, fleuron national, est le laboratoire de ce que le leadership sénégalais peut faire de mieux. C’est sous la houlette des Sénégalais pur jus Cheikh Tidiane Mbaye puis Alioune Ndiaye qu’elle est passée d’une entreprise nationale en quasi-faillite, répertoriée sur la liste des établissements publics privatisables, à une multinationale riche à centaines de milliards de francs cfa. Cette entreprise emploie 2 000 Sénégalais de tous niveaux réputés être dotés d’une culture moderne d’entreprise et formatés pour se perfectionner chaque jour davantage. Elle a donc développé de la compétence et du savoir-faire. Le groupe pèse 3 500 emplois directs et 100 000 emplois indirects.




Sous tous ces rapports, la Sonatel allie réussite industrielle et efficacité sociale. La suggestion qu’on peut lui faire, c’est qu’elle doit créer de l’infrastructure pour abriter les créations des producteurs, des start-ups, de toutes les entités évoluant dans le numérique et l’innovation technologique. Elle doit déborder d’elle-même pour porter l’expansion de toutes les initiatives qui nécessitent ses services.

En dehors de cette ambition qu’elle doit porter, difficile de lui opposer une critique justifiée. On ne peut pas reprocher à une entreprise, créée pour faire de l’argent, d’en gagner. La Sonatel doit être érigée en exemple pour tirer vers le haut, par une saine émulation, les entreprises de notre pays. Si les Algériens critiquent la Sonatrach, et les Angolais la Sonangol, ils ne jettent pas le bébé avec l’eau du bain. La Sonatel est davantage à aduler, à imiter, qu’à blâmer.

Cheikh Yérim Seck




Non, Bamba Fall, vous n’avez pas le droit

YERIMPOST.COM

Non, Bamba Fall, vous ne deviez pas user des obsèques de votre oncle comme d’une tribune pour orchestrer votre transhumance vers les prairies présidentielles. Les hommes politiques de ce pays ne reculent certes devant rien pour dérouler leurs mises en scène politiciennes. Ils n’hésitent pas même à violer le tabou de la mort et à profaner sa sacralité. Vous êtes, toutefois, allé trop loin dans la scénarisation.

Non, Bamba Fall, vous n’avez pas le droit d’abandonner Khalifa Sall dans l’épreuve, alors que vous êtes soupçonné d’être parmi ceux qui lui ont causé ses ennuis en l’entraînant dans une rupture frontale brutale d’avec Macky Sall et Ousmane Tanor Dieng. Ce cynisme politicien bien de chez nous pousse certes à lâcher les perdants pour se rapprocher des vainqueurs. Mais ce n’est pas cela la vie.




Non, Bamba Fall, vous n’avez pas le droit de rejoindre Macky Sall avec armes et bagages après avoir été, ces dernières années, l’un de ses plus virulents pourfendeurs. Les politiciens professionnels nous ont certes habitués à manger leur vomi. Mais toute chose a une milite, y compris l’affairisme politicien.

Non, Bamba Fall, vous ne pouvez pas, après avoir été soupçonné d’être l’instigateur de l’attaque contre la Maison du Parti socialiste, ce qui vous a d’ailleurs valu un séjour en prison, rejoindre de facto la tendance Ousmane Tanor Dieng qui vous avait fait poursuivre. Notre classe politique ne fixe certes aucune limite morale à ses ambitions. L’éthique n’en constitue pas moins la garante de la dignité de l’action humaine.

Non, Bamba Fall, la politique ne se résume pas à une stratégie personnelle pour accéder au pouvoir et à la richesse. Nos politiciens sont certes capables de tout pour préserver leurs postes et privilèges. N’empêche, la politique dans le bon sens du terme reste la voie royale pour changer les mentalités et les conditions de vie des citoyens.




Non, Bamba Fall, vous n’avez pas le droit de trahir la mission de votre génération qui consiste à tirer un trait sur les pratiques clientélistes du passé. Nos politiciens n’ont certes aucun sens de leur mandat historique. Mais toute action sans perspective historique est pure vulgarité.

Non, Bamba Fall, vous n’avez pas le droit de brader votre pôle-position parmi les hommes politiques de la nouvelle génération. Vous êtes bien malgré vous l’une des jeunes pousses prometteuses. L’argent et les postes sont certes plus importants que les postures aux yeux de militants clientélistes. Mais ils ne sauraient être les seuls moteurs.

Non, Bamba Fall, vous n’avez pas le droit de critiquer vos bientôt ex-camarades pour justifier votre projet de transhumance. Les transhumants ont certes un besoin de se justifier, de trouver des boucs-émissaire, tant leur conduite est immorale. Mais c’est indécent d’accuser de rage ceux qu’on quitte pour se donner bonne conscience au moment du départ.

Non, Bamba Fall, le pouvoir et l’argent ne sont pas les seuls objectifs en politique. Sous nos cieux, ils constituent certes les seules finalités de l’action militante. Cela doit toutefois changer, pour laisser place aux convictions qui, seules, donnent du sens à l’engagement en politique.

Cheikh Yérim Seck



L’amour existe-t-il encore aujourd’hui ?

YERIMPOST.COM Certaines périodes de l’histoire ont été marquées par le sentiment, le coeur, l’amour… Le 19ème a été le siècle du romantisme. Mouvement intellectuel et culturel, le romantisme « s’exprime dans la littérature, la peinture, la sculpture, la musique, la politique et la danse. Il se caractérise par une volonté de l’artiste d’explorer toutes les possibilités de l’art afin d’exprimer ses états d’âme : il est ainsi une réaction du sentiment contre la raison, exaltant le mystère et le fantastique et cherchant l’évasion et le ravissement dans le rêve, le morbide et le sublime, l’exotisme et le passé. Idéal ou cauchemar d’une sensibilité passionnée et mélancolique. Ses valeurs esthétiques et morales, ses idées et thématiques nouvelles ne tardèrent pas à influencer d’autres domaines, en particulier la peinture et la musique. »




L’époque romantique est celle où on savait aimer, dire des poèmes pour l’exprimer à l’être aimé.

Au 20ème siècle, avec l’explosion de la science et le triomphe de la rationalité, la raison a pris le dessus sur le sentiment. Au gré de l’explosion démographique, de la raréfaction des ressources, et de l’installation d’une crise qui ne cesse de s’intensifier, les hommes et les femmes ont commencé à avoir les pieds sur terre. La réalité a peu à peu supplanté le rêve.

L’expansion du capitalisme, c’est-à-dire la compétition pour accéder aux ressources afin de survivre, a re-formaté les esprits, transformé l’inter-relation humaine et modifié substantiellement le rapport homme-femme. Une expression dans l’air du temps a fait son irruption pour traduire une réalité cruelle: «On ne peut vivre d’amour et d’eau fraîche.» Le sens de ce proverbe dépend tout particulièrement de la signification que l’on attribue à l’amour. Ordinairement, il est adressé aux nouveaux amoureux, à ceux qui pensent que, puisqu’ils s’aiment, il ne pourra rien leur arriver. Dans ce sentiment très fusionnel des débuts d’une relation amoureuse, on croit volontiers que le monde vous appartient et que tout est possible. Or, le réel résiste bien souvent à la toute puissance de l’imaginaire. Les amis, les parents, le conjoint parfois, ayant l’impression que tel ou telle se trouve déconnecté du réel, peuvent alors renvoyer cette expression de sagesse pour rappeler le poids et les exigences de la vie.

Plus on vit, plus la réalité prouve que l’amour est passé de mode. Si les êtres humains continuent d’avoir un coeur, ils laissent une plus grande place à leur cerveau dans leurs choix amoureux.

Cheikh Yérim Seck

Pour notre dignité nationale, l’Etat doit ramener Lamine Diack au Sénégal

YERIMPOST.COM Lamine Diack a 85 ans. Il a atteint l’âge canonique, celui auquel, selon les Ecritures, même Dieu est indulgent à son égard. Pourtant, il vit depuis plus de deux ans et demi dans une prison dorée à Paris, assignée à résidence par une interdiction de sortie du territoire. En cause, des malversations qui lui sont reprochées et qu’il est soupçonné d’avoir commises avec la complicité de son fils, Massata Diack, dans le cadre de ses fonctions de président de l’Association internationale des fédérations d’athlétisme (IAAF).

Si nul ne saurait revendiquer l’impunité ni l’exemption de reddition de comptes au profit d’un responsable de ce niveau, on peut s’interroger sur la brutale sévérité avec laquelle ce Sénégalais de premier plan dans le mouvement sportif mondial a été traité par la justice française. Alors qu’il présidait l’UEFA, le Français Michel Platini a été accusé d’être impliqué dans des malversations portant sur des montants plus importants que ceux reprochés à Lamine Diack. Pourtant, il continue à disposer d’une liberté d’aller et venir. Le Suisse Sepp Blatter a été et reste poursuivi pour de gros scandales de corruption. Il n’en sillonne pas moins le monde avec un passeport diplomatique.

La question est brutale mais est légitime à poser: Est-ce la différence de la couleur de peau qui explique cette inégalité de traitement ?  Ou est-ce la place dans le monde du pays d’origine du responsable qui détermine les mesures judiciaires à lui infligées ?

L’argument brandi par le juge d’instruction français repose sur le postulat que M. Diack peut se soustraire définitivement à la justice s’il est autorisé à quitter le territoire français. Le calcul secret du magistrat instructeur consiste, pour contraindre à se présenter le trop convoqué Massata Diack, vers qui convergent des indices graves et concordants, à garder son père. Comme si la prise d’otage, en clair la rétention d’un être humain en gage, est reconnue par le Code de procédure pénal français.

Face à la violation des droits de Lamine Diack, à qui a été de facto ôté son droit à la présomption d’innocence, l’Etat du Sénégal est resté scandaleusement silencieux. Et démesurément impuissant devant le sort de celui qui fut athlète international, champion de saut en longueur, maire de Dakar, footballeur puis entraîneur de foot, directeur technique national, président du comité national olympique, président de l’organisation qui gère l’athlétisme mondial… Tout pays occidental dont il serait le ressortissant aurait pesé de tout son poids pour lui restituer sa liberté de mouvement et le ramener à la maison.

L’une des plus fortes légitimités d’un Etat, c’est de protéger ses ressortissants à l’étranger. La France est allée à cet égard jusqu’à arracher certains de ses citoyens trafiquants de drogue à la justice colombienne pour, officiellement, les juger en France. Pour secourir un seul Américain brimé quelque part dans le monde, les Etats-Unis sont capables d’entrer en guerre.

Quel que soit ce que l’on reproche à Lamine Diack, l’Etat du Sénégal doit se battre pour le faire revenir au bercail. C’est une question d’orgueil national et de souveraineté internationale. Mais également d’image. Un de ses fils arrivé au sommet de l’athlétisme mondial ne peut être indéfiniment traîné dans la boue sans que la perception de notre pays par le reste du monde s’en ressente. Pour mettre fin à cette spirale qui, chaque jour davantage, l’enfonce dans la honte, le Sénégal doit emprunter tous les canaux diplomatiques et judiciaires susceptibles de ramener Lamine Diack dans notre capitale dont il fut le maire.

Cheikh Yérim Seck

Youssou Ndour, merci !!!

YERIMPOST.COM Quand ta voix de miel a déchiré la salle des congrès du Centre international de conférences Abdou Diouf, et résonné aux quatre coins du monde par le miracle des ondes, tous ou presque ont eu la chair de poule. La beauté de cette voix et la force du texte chanté ont donné un retentissement particulier à la Conférence internationale sur le financement du Partenariat mondial pour l’éducation.

Le co-président de la rencontre, Emmanuel Macron, n’a pu contenir son émotion. Rihanna, la star mondiale de la musique, n’a pu cacher ton effet qui s’échappait de la lueur de ses yeux.




Les télévisions internationales, qui ont zoomé sur le Sénégal tout au long de la journée historique du 2 février 2018, ont passé en boucle ta prestation comme le clou de cet événement mondial.

Devant une dizaine de chefs d’Etat et les directeurs des plus importantes organisations internationales, devant cinquante-cinq délégations de pays de tous les continents et sous l’œil des caméras et appareils-photo du monde entier, tu as appelé à l’unité africaine, magnifié l’Afrique, honoré nos illustres héros Cheikh Anta Diop, Nkwame Nkrumah, Steve Biko, Nelson Mandela…




La standing ovation qui s’est ensuivie est le signe qu’à travers cette assistance pluri-continentale, tu as touché le monde entier au cœur.

Comme lors de l’ouverture du sommet de la Francophonie, le 29 novembre 2014, tu as répondu présent à cette nouvelle occasion où le Sénégal recevait la planète. Tu es l’un des charmes les plus étincelants, l’une des beautés les plus attrayantes, l’un des trésors les plus précieux de ce pays… Tu es le produit-phare qui brande la marque Sénégal.

Tu es sinon le plus grand, du moins le plus influent ambassadeur du Sénégal. Barack Obama t’avait longuement retenu la main. Emmanuel Macron t’a familièrement tapoté le dos. Tu es l’incarnation de ce que ce pays a de plus méritant. Tu es l’icône de l’ingéniosité de notre nation, le symbole du génie créateur de notre peuple.

En chanson, tu as montré la voie de la réussite par le travail à des générations de Sénégalais. Par ton audace, tu as brisé le plafond de verre qui cantonne les Africains pour t’imposer sur les plus grandes scènes du monde. Avec ton nom, tu as inscrit notre pays au palmarès des plus prestigieuses distinctions musicales de la planète. Et donné l’illustration que tout est possible à force de détermination. Tu es un exemple absolu.

Le Sénégal t’a tout donné mais te doit beaucoup. Nul ne peut te rétribuer à la hauteur de ce que, en termes d’éclat, tu as offert à notre pays ce 2 février. A défaut d’un autre mot doté d’une plus grande profondeur sémantique, le Sénégal te dit MERCI.

Cheikh Yérim Seck

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