Blog de Cheikh Yerim Seck

La destruction du Mali, une menace existentielle pour le Sénégal

YERIMPOST.COM Au cours du débat de l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2010, en Côte d’Ivoire, le candidat Alassane Ouattara avait lancé une prévision passée presque inaperçue. Il avait prédit que, avant 50 ans, nombre d’Etats africains allaient disparaître. Nous sommes en plein là-dedans, pour parler vulgairement.

Après la Somalie, le Soudan du Sud, la Centrafrique, la Guinée Bissau, voici que le spectre touche un Etat où on croyait la démocratie, la stabilité et le développement irréversibles: le Mali.

Dans ce pays sahélien vaste comme cinq fois la France métropolitaine, aussi grand que le Ghana, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Sénégal, le Bénin et le Togo réunis, ce qui s’est passé hier 29 juillet, à l’occasion de ce qui devait être le premier tour de l’élection présidentielle, est le signe de la destruction d’un Etat-multiséculaire qui remonte à l’Empire du Mali.

Bureaux de vote saccagés, attaques armées, assesseurs molestés, matériel électoral brûlé, localités embrasées… Ce pays, dont les parties nord et centre sont occupées par des bandes armées qui y sèment mort et chaos, n’est plus que l’ombre de lui-même. En dépit de la présence massive de forces internationales d’interposition et de maintien de la paix, l’Etat central ne contrôle plus rien ou presque. Il oscille la maladie grave et la mort clinique.

Le Mali est entrain d’être détruit au nez et à la barbe de la communauté internationale.

Si les djihadistes qui y sévissent prennent ce qui reste du pouvoir, le Sénégal partagera la moitié de sa frontière orientale avec une force sans foi ni loi mue par l’obsession d’accéder à l’océan. En clair, d’annexer le territoire sénégalais pour atteindre l’Atlantique.

Si le semblant d’Etat central résiste vaille que vaille sans rien contrôler, nous sommes à la portée des trafics en tous genres menés dans le très étendu no man’s land malien: armes, drogues, ressources naturelles, êtres humains… Etre dans le voisinage immédiat d’un pays où circulent autant d’armes entre les mains de djihadistes et de rebelles pose un sérieux défi sécuritaire au Sénégal. D’autant que, si le Mali tombe totalement, il n’y aura plus de tampon entre la bande sahélienne de tous les dangers et notre pays.

Si, à l’issue de cette élection chaotique, la situation dégénère au point de bouter les Maliens hors du Mali, ils ne partiront pas en Côte d’Ivoire encore incertaine, ni au Niger autant menacé que leur pays, encore moins en Guinée où l’économie et la monnaie ne leur offrent aucune perspective de bien-être. Ils viendront en grande partie au Sénégal. Or, celui-ci ne peut pas accueillir certains flux sans courir le risque de tomber dans une grave crise humanitaire et économique.

Dans tous les cas de figure, le Sénégal tousse lorsque le Mali s’enrhume. Nul doute que nos autorités exercent une vigilance stratégique sur ce pays voisin, ami et frère. Il ne peut pas en être autrement. La destruction du Mali constitue une menace existentielle pour le Sénégal.

Cheikh Yérim Seck




8 Comments

  1. Un pays grand comme 5 fois la France ne peut pas être gouverné par un Etat central siégeant à Bamako. Il faut un système fédéral ou tout au moins décentraliser le pouvoir et permettre à chaque grande région d’avoir un tant soit peu d’autonomie. C’est dommage, les Africains n’aiment pas partager le pouvoir alors que c’est le chemin pour asseoir la paix et le développement dans nos régions. Regardez au Sénégal, nous avons des centaines de partis et tout le monde veut le pouvoir. La solution c’est de créer de grands ensembles départementaux autonomes gérés démocratiquement par des représentants locaux des partis. Partager le pouvoir c’est partager les idées. Partager les idées c’est trouver les solutions.

      • Il n a rien vu
        Excusez la parole direct
        Le partage du pouvoir ne règle rien et provoque la naissance de pouvoirs locaux qui en voudront toujours un peu plus pour finir par casser le mali en 5 pays non viable dirigé par des mafieux au détriments du grand nombre
        Les maliens ne veulent pas faire ce que la situation leur réclame
        Pourquoi ne pas lever la mobilisation générale et disposer de 2 millions de soldats
        L Erythrée ne se fera jamais envahir par 1500 jihadistes

  2. Raison de plus pour que la démocratie soit réelle ici, et, le meilleur antidote contre toutes les tentations de vengeance ou de « pacte avec l’ennemi » est et sera toujours une bonne administration de la Justice. Quand quelqu’un pense qu’il est débouté en justice parce qu’il est faible, celui-là ne se battra jamais pour ce pays, au contraire, il est tenté de s’allier avec le diable pour se venger.
    Je recommande vivement aux gens de visionner le documentaire :Boko Haram , aux origines du conflit. Je ne souhaite pas vivre cela ici.

  3. Pendant que la corne de l’afrique noue des alliances.se reconcilie, s’ouvre a la realité économique du moment qu’est la chine,l’afrique de l’ouest se désintègre assujetie a la france sous la houlette de leaders sans projection.

  4. Bonne analyse en terme de débat introductif sur un problème qui interpelle la zone sahélienne dans son intégralité, et le Sénégal en particulier surtout en ce qui concerne les problèmes sécuritaires. MAIS QUE FAIRE CONCRETEMENT QUI SOIT A LA PORTEE DES POPULATIONS CIVILES.
    Félicitations Yérim, et à mon avis il y a deux autres éléments qui peuvent concourir à la destabilisation du Mali et de la zone sahélienne:
    1. la désarticulation et l’effondrement de nos économie qui ferait suite à une hypothétique abandon du FCFA, idée brandies par ces soi disants activistes pan africanistes, manipulés par des ONG financés par certains Etats du Maghreb et par l’Iran, l’ONG de kémi séba pour ne pas le citer.
    2. les menaces de guerres civiles ethnicistes entre les « chasseurs » dogon et les peulhs, conflits qui sont certainement orchestrés par des lobbies maffieuses, marchands d’armes, trafiquants d’armes qui veulent faire de la zone sahélienne un no man’s land propice à leurs activités.
    Je pense qu’il est de la responsabilité des Chefs d’Etats de la sous région d’ y veiller, et de tout faire pour consolider nos relations avec des Etats comme les USA et la France, en dépit des agitations négatives et obscurantistes des amis de kéba séba et des islamistes maisons. Sinon c’est le chaos qui s’installera et cela en sera fini pour le vivre ensemble en paix dans la sénégambie.
    QUE DIEU SUR NOS FORCES DE SECURITE ET QUE DIEU VEILLE SUR LA SENEGAMBIE.
    LA SENEGAMBIE: UN PEUPLE UNE MEME DESTINEE UNE MEME FOI

  5. La destruction du Mali n’importe quoi.. cheikh yérim Seck, si tu crois qu’un Mali va être déstructure , là tu te mets le doigt au l’œil. Ça fais plus des années que Mali vécus c’est barbare depuis des année, c’est pas maintenant qu’il va être déstructure ( CYS trouve toi un autre idée ceci c’est un bidon)

  6. La chute du Mali ou du Tchad (rempart contre le terrorisme) aura au moins le même effet que celle de la Lybie de Khadafi (effet papillon), ne serait-ce que de par le redéploiement des mercenaires et autres milices armées (parfois cooptés par les terroristes). Le Mali, sans minimiser l’impact de la mauvaise gestion des minorités et de la participation d’une main étrangère, en subit les dommages collatéraux. J’espère que Aziz saura préserver la Mauritanie, car à mon sens, négocier avec l’ennemi n’est pas une solution pérenne. En définitive, le Sénégal est dans une ceinture de feu, car où qu’il se tourne (Cap vert excepté et encore, il y a de la criminalité), il y a des risques sécuritaires, sanitaires et d’augmentation des flux migratoires dont la provenance origine parfois au-delà des frontières de ses voisins immédiats.

    Pour moi le Mali (empire) était le symbole de la fierté africaine avec notamment ses bâtiments à étage et ses légendaires universités et bibliothèques de Tombouctou. Un creuset culturel et L’Autre berceau de la civilisation africaine. Le pays de l’homme le plus riche de l’histoire de l’humanité récente, le pays des droits de l’homme (Charte du Mandé), l’espoir de la renaissance de l’Afrique noire… Qu’Allah sauve le Mali et toute l’Afrique.

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