Blog de Cheikh Yerim Seck

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Non, Bamba Fall, vous n’avez pas le droit

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Non, Bamba Fall, vous ne deviez pas user des obsèques de votre oncle comme d’une tribune pour orchestrer votre transhumance vers les prairies présidentielles. Les hommes politiques de ce pays ne reculent certes devant rien pour dérouler leurs mises en scène politiciennes. Ils n’hésitent pas même à violer le tabou de la mort et à profaner sa sacralité. Vous êtes, toutefois, allé trop loin dans la scénarisation.

Non, Bamba Fall, vous n’avez pas le droit d’abandonner Khalifa Sall dans l’épreuve, alors que vous êtes soupçonné d’être parmi ceux qui lui ont causé ses ennuis en l’entraînant dans une rupture frontale brutale d’avec Macky Sall et Ousmane Tanor Dieng. Ce cynisme politicien bien de chez nous pousse certes à lâcher les perdants pour se rapprocher des vainqueurs. Mais ce n’est pas cela la vie.

Non, Bamba Fall, vous n’avez pas le droit de rejoindre Macky Sall avec armes et bagages après avoir été, ces dernières années, l’un de ses plus virulents pourfendeurs. Les politiciens professionnels nous ont certes habitués à manger leur vomi. Mais toute chose a une milite, y compris l’affairisme politicien.

Non, Bamba Fall, vous ne pouvez pas, après avoir été soupçonné d’être l’instigateur de l’attaque contre la Maison du Parti socialiste, ce qui vous a d’ailleurs valu un séjour en prison, rejoindre de facto la tendance Ousmane Tanor Dieng qui vous avait fait poursuivre. Notre classe politique ne fixe certes aucune limite morale à ses ambitions. L’éthique n’en constitue pas moins la garante de la dignité de l’action humaine.

Non, Bamba Fall, la politique ne se résume pas à une stratégie personnelle pour accéder au pouvoir et à la richesse. Nos politiciens sont certes capables de tout pour préserver leurs postes et privilèges. N’empêche, la politique dans le bon sens du terme reste la voie royale pour changer les mentalités et les conditions de vie des citoyens.

Non, Bamba Fall, vous n’avez pas le droit de trahir la mission de votre génération qui consiste à tirer un trait sur les pratiques clientélistes du passé. Nos politiciens n’ont certes aucun sens de leur mandat historique. Mais toute action sans perspective historique est pure vulgarité.

Non, Bamba Fall, vous n’avez pas le droit de brader votre pôle-position parmi les hommes politiques de la nouvelle génération. Vous êtes bien malgré vous l’une des jeunes pousses prometteuses. L’argent et les postes sont certes plus importants que les postures aux yeux de militants clientélistes. Mais ils ne sauraient être les seuls moteurs.

Non, Bamba Fall, vous n’avez pas le droit de critiquer vos bientôt ex-camarades pour justifier votre projet de transhumance. Les transhumants ont certes un besoin de se justifier, de trouver des boucs-émissaire, tant leur conduite est immorale. Mais c’est indécent d’accuser de rage ceux qu’on quitte pour se donner bonne conscience au moment du départ.

Non, Bamba Fall, le pouvoir et l’argent ne sont pas les seuls objectifs en politique. Sous nos cieux, ils constituent certes les seules finalités de l’action militante. Cela doit toutefois changer, pour laisser place aux convictions qui, seules, donnent du sens à l’engagement en politique.

Cheikh Yérim Seck



Chapeau, M. le président !

YERIMPOST.COM « Les deux Présidents, convaincus de l’importance du rôle de l’énergie  dans le développement économique durable, ont exprimé leur volonté commune d’intensifier la coopération dans ce secteur. Et, comme concrétisation effective de cette volonté politique les deux Etats, ont signé l’Accord de Coopération Intergouvernemental « ACI » portant sur l’exploitation du champ gazier Grand Tortue Ahmeyin (GTA) se trouvant au niveau des frontières maritimes entre les deux pays.
Les deux Présidents ont abordé la question liée aux conditions d’exploitation des ressources halieutiques et ont donné des instructions aux Ministres en charge de la Pêche et de l’Economie Maritime, à l’effet de prendre toutes les mesures nécessaires au renforcement de la coopération dans ce domaine, en vue de la signature d’un Protocole d’Accord entre les deux pays d’ici fin mars 2018.
Les deux Présidents ont exprimé leurs vifs regrets suite à la l’incident ayant entraîné mort accidentelle d’un pêcheur sénégalais sur les côtes mauritaniennes. Ils ont également regretté les saccages contre des commerces de Mauritaniens à Saint Louis. »

Ces dispositions du communiqué conjoint du 9 février 2018 sanctionnant votre visite à Nouakchott sonnent comme une victoire sur la dangereuse escalade consécutive au meurtre d’un pêcheur sénégalais par les garde-côtes mauritaniens.

Alors que la tentation de la surenchère était grande, vu l’émoi suscité au sein de l’opinion publique par ce énième crime, vous avez fait le choix d’un leadership responsable au détriment d’un populisme facile. Votre décision de vous rendre à Nouakchott, dans la foulée de cet événement dramatique, relève d’un vrai courage, celui de faire la paix.

Ce voyage, fruit d’une vision stratégique, était salutaire. Il a permis de faire d’une pierre plusieurs coups. L’apaisement est acquis. Un Protocole d’accord dans le domaine de la pêche a été initié pour être finalisé d’ici fin mars 2018, ce qui est de nature à décrisper la circulation des pêcheurs entre les eaux territoriales des deux pays.

Un « accord de coopération intergouvernemental » a été signé portant sur l’exploitation du champ gazier Grand Tortue Ahmeyin situé à la frontière maritime entre les deux pays. Le gaz et le pétrole étant les deux produits les plus inflammables au monde, ledit accord est un grand pas dans la bonne direction. Les ressources naturelles doivent développer et non brûler nos pays. Les guerres pour le contrôle de ces fluides ne se terminent jamais, aggravées par les pillards de tout acabit. Les litiges devant la Cour internationale de justice n’en finissent pas d’être pendants durant des décennies de procédure. Alors que les problèmes sociaux attendent avec acuité des moyens financiers pour les résoudre.

La priorité stratégique du Sénégal consiste, aujourd’hui, à exploiter son pétrole et son gaz dans un contexte de sécurité pour financer son développement. Notre pays n’a nul besoin d’un conflit avec la Mauritanie qui permettrait à Mohamed Ould Abdelaziz de déplacer les problèmes internes de son pays, la cuisante question haratine notamment. Le Sénégal ne doit donner aucune occasion de nature à faire déborder sur son territoire la « bombe » négro-mauritanienne.

Voila pourquoi, M. le président, votre option d’ôter tout prétexte à un conflit avec la Mauritanie est stratégique, surtout dans ce contexte de tensions en Casamance. Ouvrir tous les fronts est la forme la plus corrosive du suicide.

Pour toutes ces raisons, vous avez réussi un coup de maître avec cette visite à Nouakchott. Chapeau, M. le président!

Cheikh Yérim Seck




Lettre à Yerim Seck sur son appel au meurtre en Casamance (Malick Ndiaye)

YERIMPOST.COM Votre blog publie cette réflexion à laquelle CYS va répondre…

« Un grand capitaine soumet les armées sans combat » Sun Tzu, L’Art de la guerre

 

Cher Yerim,

 

Je ne vous connais pas autrement que par votre trajectoire et les réflexions éclairées dont vous faites bénéficier vos lecteurs depuis plusieurs années. Je sens obligé de vous écrire aujourd’hui à propos d’une sortie dont l’irresponsabilité et l’absence d’empathie m’ont sidéré. Je me permets donc de vous appeler à plus retenue dans vos analyses sur la crise casamançaise, car il me semble qu’avec votre rhétorique belliciste vous allez finir par rejoindre le camp des vautours et des fossoyeurs qui ont fait tant de mal à notre terre. Je ne vous prête pas d’intention maligne et je suppose que votre attitude de va-t-en guerre résulte davantage de l’ignorance du contexte et d’une culture sénégalaise bien condescendante et méprisante dès qu’il s’agit d’analyser la différence.

 

Puisque nous en sommes au « Faut-kon-Yaka », je commencerai par une proposition au moins aussi absurde que la vôtre. Seriez-vous prêt à vous engager personnellement pour aller combattre dans le maquis ou offrir à nos soldats votre expertise stratégique sur le terrain ? Vous me répondrez non évidemment, puisque vous n’avez pas les compétences militaires pour cela. Et je vous dirai alors que, justement que parce que vous n’avez pas les compétences militaires ou stratégiques pour parler de la militarisation de la Casamance, vous devriez peut-être laisser aux militaires le soin de parler armes et bombardements en Casamance. Gageons qu’aucun officier sénégalais digne de ce nom et conscient de sa mission ne vous suivrait dans vos élucubrations.

Je retiendrai donc en premier le manque de profondeur de votre réflexion, et c’est le moindre des griefs que je vous adresse. Vous m’avez donné l’impression de répercuter dans votre éditorial une discussion de comptoir avec un deuxième-classe prétentieux vous assurant que si les politiques leur laissaient le terrain ils règleraient le conflit. Je vous attendais sur un autre terrain. Celui d’une analyse basée sinon sur une connaissance historique du contexte casamançais, au moins sur une enquête sur place. Hélas !

En plus de vos propos farfelus, et c’est là le plus grave, je suis sidéré par votre cynisme. Les stratèges militaires que vous semblez admirer présentent tous l’option violente comme la dernière des extrémités. Comment osez-vous alors appeler de vos vœux une guerre qui en réalité a déjà constitué le quotidien des Casamançais pendant de longues décennies ? Où étiez-vous Monsieur Seck lors des batailles de Bambadinka, de Badem, de Youtou-Effok, de Babonda, de Kaguit… des noms à l’évocation si douloureuse dans la mémoire des Casamançais ? Pensez-vous sincèrement que la force a été omise dans cette région, l’une des rares de l’histoire du Sénégal à avoir été confiée à un gouverneur militaire et où la grande majorité des pertes humaines a justement eu lieu pendant ces années de guerre ? Savez-vous ce qu’ont enduré et endurent encore les populations du sud (les dégâts causés par les mines anti personnelles sont encore visibles) ? Y a-t-il ailleurs dans le Sénégal une telle présence militaire, autant de morts, d’estropiés, d’orphelins, tous victimes directes d’une guerre que vous semblez minimiser ? Avez-vous idée du niveau de contrôle que subissent ces populations (check-points à tous les axes routiers, contrôles d’identité) ? Je ne connais pas votre définition de l’état de guerre, mais ce que les Casamançais vivent depuis plus de trente ans n’en est pas loin. Et c’est une personne qui a payé le prix du sang en Casamance qui vous écrit.

Un peu de réflexion vous aurait évité de sortir autant d’inepties sous couvert de connaissance de l’histoire militaire. Monsieur, il ne suffit pas de redémarrer une guerre pour éradiquer une rébellion. Cela est faux. Surtout en Casamance. Faux, parce que ce que la Casamance est une géographie particulière. Faux, parce qu’une guerre suppose un ennemi visible et localisable, sauf si vous versez à votre compte des dommages collatéraux inestimables.  Faux, parce qu’une guerre éclair est impossible lorsqu’on ne maîtrise pas le théâtre d’opération et les systèmes d’alliances dans une région. Allez donc demander aux Américains en Afghanistan et au Vietnam. Et ce n’est pas faire injure à l’armée sénégalaise de dire qu’elle est loin d’avoir les mêmes moyens. Nous savons qu’aucune armée africaine n’a l’équipement et la logistique pour « nettoyer » une zone aussi hostile que la forêt de Casamance. Et vous avez tort de penser que les seuls soutiens du MFDC sont en Gambie. Enfin, votre point de vue est faux, parce que la violence politique est un cycle qu’une victoire sur le terrain ne referme pas nécessairement. Ne sous-estimez pas, Monsieur, les raisons qui poussent des hommes à renoncer à tout pour s’enterrer dans le maquis pendant des décennies. Ces hommes-là sont animés par autre chose que des raisons bassement matérielles, comme vous le sous-entendez. A tort ou à raison, ils ont la foi. Cela vous échappe peut-être, comme cela échappe à beaucoup de nos compatriotes.

Il y a une grande différence entre théoriser sur la guerre dans le confort de son canapé et la vivre. Vous vous targuez d’avoir couvert des conflits dans le monde et c’est ce qui forge votre conviction à appeler au meurtre des populations ? Je vous défie de démontrer dans quelle mesure l’option militaire a permis de mettre fin aux conflits libériens et angolais. Tout comme je vous défie de démontrer que la négociation a été privilégiée en Casamance au détriment de la solution armée pendant les décennies qu’a duré ce conflit. Oubliez-vous qu’au Libéria, un rebelle, Charles Taylor avait fini à la présidence ? Que la démobilisation des factions s’est faite sous l’égide de la Minul ? Combien d’années la guerre totale a-t-elle duré en Angola ? Voulez-vous encore un cycle de vingt ans de violence en Casamance ? Sérieusement, Monsieur Seck, quel est donc votre sens de l’histoire ?

Je vous citerai d’autres exemples que Liberia et à l’Angola que vous mentionnez avec, me semble-t-il, beaucoup de mauvaise foi en taisant les négociations parallèles et les interventions onusiennes. Je vous parie que de nombreux Syriens, Irakiens, Libyens ou Afghans, préfèrent leurs pays avant les interventions salutaires à ce qu’ils sont devenus après celles-ci. Plutôt que de citer à la cantonade et souvent hors contexte des auteurs célèbres je vous suggèrerais volontiers quelques lectures, à commencer par Machiavel dont je vous renvoie à la lecture du Discours sur la première décade de Tite Live. Parce que comprendre Machiavel, c’est aussi comprendre que la force n’a de sens qu’en tant que menace, surtout lorsqu’il s’agit pour l’Etat d’user de la violence interne. Je vous suggère des auteurs moins ardus et plus pragmatiques sur la question qui nous occupe : Jean-Claude Marut (Le conflit de Casamance), Oumar Diatta (Casamance, Essai sur le destin tumultueux d’une région), ou Xavier Diatta (La Crise Casamançaise racontée à mes enfants). Ils ont le mérite de s’appuyer sur une vraie recherche et une connaissance du terrain.

La solution à cette crise, si elle existe, est peut-être dans cet appel à la liberté d’expression que vous évoquez. Que dans le contexte sénégalais, même l’on considère cela comme un contresens, on puisse quand même souffrir qu’il y ait des voix réclamant l’autonomie de la Casamance. Parce qu’au nom de cette liberté que vous évoquez, le débat sur la Casamance doit pouvoir se faire avec des arguments et sans craintes de répression et de procès en sorcellerie. Tant que les Sénégalais tranquilles dans leur supériorité morale continueront à traiter de sauvages les indépendantistes, les conditions pour la paix ne seront pas réunies.

Je vous demanderai enfin, cher Yerim, si c’est par sadisme ou par ironie que vous avez exprimé votre « plaisir » de lire un éditorial qui appelle au massacre d’une « lumpen-army» qui constitue une grande partie de ce que vous appelez la rébellion. Ils ne portent pas les armes par cupidité, ils ne trafiquent pas du bois, ils ne cultivent pas de chanvre. Ils croient en quelque chose. Ils sont prêts à mourir pour leurs terres, leurs fétiches, leur sol. Et cela, cher Yerim, vous n ‘avez aucune idée de ce que cela représente.

 

MALICK NDIAYE

ehndiaye@gmail.com

À quand la radiothérapie ?

YERIMPOST.COM Une opération de com au grand dam des malades du cancer ! C’est en ces termes que l’on peut qualifier la déclaration du ministre de la Santé sur la radiothérapie. Mi-janvier 2018, Abdoulaye Diouf Sarr disait: « En fin janvier, nous allons avoir le premier patient du cancer à l’hôpital Aristide Le Dantec ». L’espoir était permis chez les malades du cancer. Hélas ! Le mois de janvier est dernière nous. Février déroule son petit bonhomme de chemin, et toujours pas de radiothérapie. À ce rythme où vont les choses, les patients risquent de trépasser. La radiothérapie, si réellement elle existe, doit être installée sans délai.

Personne n’ose croire que la déclaration du ministre était du toc ! Seulement, dans des moments de désarroi, comme c’est le cas chez les cancéreux, les promesses de l’autorité peuvent servir de pansement. Si elles ne sont pas tenues, elles peuvent aggraver le mal.

Un proverbe wolof dit : « L’on ne doit jamais sous-estimer la maladie d’autrui ». Ces patients du cancer, fussent-ils des opposants, doivent bénéficier d’une attention particulière de l’Etat qui doit mettre à leur disposition de vraies infrastructures sanitaires. À défaut, il doit prendre totalement en charge leur évacuations sous des cieux plus cléments.

Contrat liant le Sénégal à Total: Mansour Elimane Kane, que cachez-vous ? (Cheikh Yérim Seck)

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Monsieur le ministre du Pétrole et des Energies,

La démocratie, comme vous le savez sans doute mieux que moi, est un régime de dialogue permanent entre différents acteurs: pouvoir, opposition, société civile, presse, syndicats… Surtout en cette ère nouvelle de démocratie participative, de participation citoyenne, de citoyenneté responsable…

Je vous ai interpellé il y a plusieurs jours pour demander à voir, sur la base d’un droit que me confèrent la Constitution du Sénégal et le Code pétrolier, le contrat signé entre l’Etat du Sénégal et le sulfureux groupe français Total autour de l’exploitation pétrolière au Sénégal. Silence radio de votre part ! Dans une démocratie raffinée, vous m’auriez répondu. D’autant que je vous ai interpellé suite à deux courriers électroniques que j’ai reçus de lecteurs de Yerimpost me demandant de les aider à voir clair dans ce contrat signé dans la confusion qui a valu son fauteuil à un de vos prédécesseurs.

Monsieur le ministre, la gouvernance autoritaire des ressources naturelles est révolue partout dans le monde. Toutes les ressources stratégiques sont aujourd’hui gérées par des entités qui incluent notamment la société civile. Ministre du Pétrole, apprenez la culture de la gestion partagée !

Je reviens auprès de vous pour solliciter que vous m’envoyiez une copie du contrat Sénégal-Total à cette adresse mail: contact@yerimpost.com. Et vous assure d’ores et déjà que, dès sa réception, je m’emploierai à le vulgariser, comme vous le demandent les lois. Je le ferai à votre place au nom du droit des Sénégalais à l’information. Un droit lui aussi d’essence constitutionnelle !

Cheikh Yérim Seck

 

 

Youssou Ndour, merci !!!

YERIMPOST.COM Quand ta voix de miel a déchiré la salle des congrès du Centre international de conférences Abdou Diouf, et résonné aux quatre coins du monde par le miracle des ondes, tous ou presque ont eu la chair de poule. La beauté de cette voix et la force du texte chanté ont donné un retentissement particulier à la Conférence internationale sur le financement du Partenariat mondial pour l’éducation.

Le co-président de la rencontre, Emmanuel Macron, n’a pu contenir son émotion. Rihanna, la star mondiale de la musique, n’a pu cacher ton effet qui s’échappait de la lueur de ses yeux.

Les télévisions internationales, qui ont zoomé sur le Sénégal tout au long de la journée historique du 2 février 2018, ont passé en boucle ta prestation comme le clou de cet événement mondial.

Devant une dizaine de chefs d’Etat et les directeurs des plus importantes organisations internationales, devant cinquante-cinq délégations de pays de tous les continents et sous l’œil des caméras et appareils-photo du monde entier, tu as appelé à l’unité africaine, magnifié l’Afrique, honoré nos illustres héros Cheikh Anta Diop, Nkwame Nkrumah, Steve Biko, Nelson Mandela…




La standing ovation qui s’est ensuivie est le signe qu’à travers cette assistance pluri-continentale, tu as touché le monde entier au cœur.

Comme lors de l’ouverture du sommet de la Francophonie, le 29 novembre 2014, tu as répondu présent à cette nouvelle occasion où le Sénégal recevait la planète. Tu es l’un des charmes les plus étincelants, l’une des beautés les plus attrayantes, l’un des trésors les plus précieux de ce pays… Tu es le produit-phare qui brande la marque Sénégal.

Tu es sinon le plus grand, du moins le plus influent ambassadeur du Sénégal. Barack Obama t’avait longuement retenu la main. Emmanuel Macron t’a familièrement tapoté le dos. Tu es l’incarnation de ce que ce pays a de plus méritant. Tu es l’icône de l’ingéniosité de notre nation, le symbole du génie créateur de notre peuple.

En chanson, tu as montré la voie de la réussite par le travail à des générations de Sénégalais. Par ton audace, tu as brisé le plafond de verre qui cantonne les Africains pour t’imposer sur les plus grandes scènes du monde. Avec ton nom, tu as inscrit notre pays au palmarès des plus prestigieuses distinctions musicales de la planète. Et donné l’illustration que tout est possible à force de détermination. Tu es un exemple absolu.

Le Sénégal t’a tout donné mais te doit beaucoup. Nul ne peut te rétribuer à la hauteur de ce que, en termes d’éclat, tu as offert à notre pays ce 2 février. A défaut d’un autre mot doté d’une plus grande profondeur sémantique, le Sénégal te dit MERCI.

Cheikh Yérim Seck

Monsieur le doyen des juges, vous n’avez pas le droit de priver la femme d’Assane Diouf de voir son mari !

YERIMPOST.COM La compassion ! C’est ce sentiment qui nous anime et guide ces lignes en voyant la détresse d’une femme qui a parcouru plus de 6000 bornes pour voir son mari incarcéré à la Maison d’arrêt et de correction de Rebeuss et qui n’y arrive pas. Du pays de l’oncle Sam à Dakar pour se voir refuser un parloir. Malika Ubaka, l’épouse déboussolée d’Assane Diouf, ne sait plus où donner de la tête. Au bureau du doyen des juges, un greffier lui demande d’abord un certificat prouvant son mariage avec Assane Diouf. Chose faite, la dame se voit exiger un extrait de naissance de l’enfant qu’elle a eu avec son mari.

Depuis quand est-ce que, sous nos cieux, pour parler à un prévenu, il faut fournir tous ces documents ? Quelle est la particularité d’Assane Diouf pour mériter un tel châtiment ? Si vous êtes apostrophé, c’est parce que, Monsieur le doyen des juges, Assane Diouf, fusse-t-il l’insulteur public numéro 1, a des droits au même titre que les autres détenus. Pour notre part, aucune sympathie pour Assane Diouf qui, lors de ses virulentes vidéos, tel un Lucky Luke des temps modernes, n’a pas manqué d’insulter le directeur de publication de ce blog.

M. le doyen des juges, faut-il vous rappeler que, même un meurtrier a des droits. Assane Diouf n’en est pas un et vous les lui ôtez. Dans toutes les conventions internationales des droits de l’homme, le droit d’un détenu aux visites de ses proches est consacré. Arrêté depuis le mois de novembre 2017 pour on ne sait quel motif d’ailleurs, Assane Diouf croupit depuis en prison. L’insulteur public est au frais, et, comme cela ne suffisait pas, on le prive de ses droits… Ce n’est pas acceptable.

Mame Khary Ndaw

La Mauritanie est discourtoise et irrespectueuse envers le Sénégal !!!

YERIMPOST.COM Depuis l’éclatement de la polémique consécutive au nouveau meurtre, dans la soirée du 27 janvier 2018, d’un pêcheur sénégalais par les garde-côtes mauritaniens, Yerimpost s’est abstenu, compte tenu de la délicatesse de la cohabitation entre les deux pays, du moindre commentaire belliqueux. Tout au contraire. Votre blog préféré a choisi de mettre en avant des articles et contributions appelant au calme et au règlement pacifique du différend.

Jusqu’à ce qu’un communiqué ahurissant de l’état-major des armées mauritaniennes nous soit jeté à la figure. Ce communiqué, que dis-je ?, cette diatribe, se termine par ces deux phrases : « Dans ce cas précis, le comportement provocateur de l’équipage de la pirogue a été à l’origine de cet incident regrettable qui a eu pour conséquence la perte d’une vie humaine. Cependant, l’accès à la ressource halieutique du pays demeure régi par des lois et règlements dont les unités de la Marine et des Gardes Côtes ont pour mission d’appliquer et d’user dans ce cadre de l’ensemble de moyens dont ils disposent ». Aucune formule d’apaisement ! Aucun regret ! Aucune compassion à l’égard d’un pays voisin qui a perdu un de ses ressortissants !

D’abord, la version servie par la Mauritanie pour justifier ce énième meurtre est abracadabrantesque. La voici : « Sommée de s’arrêter, la pirogue a refusé d’obtempérer aux mises en gardes répétées de l’équipage et s’est même rapprochée du bateau de surveillance dans l’intention d’entrer en collision avec lui en vue de l’endommager. Face à cette situation dangereuse, et dans le but d’immobiliser l’embarcation, le patrouilleur a procédé aux tirs sur le moteur de la pirogue. Après son immobilisation, il s’est avéré que l’un de ses neuf occupants a été touché et il succomba à ses blessures quelques temps après. »

Cette description des faits est caricaturale. Il faut en effet manquer de discernement pour croire qu’une embarcation de simples pêcheurs va attaquer un bateau de surveillance mauritanien au lieu de chercher à se sauver. Et qu’un tir sur le moteur d’une pirogue a pu tuer un de ses occupants.

Si le Sénégal s’est abstenu de commenter ce récit cousu de fil blanc, la Mauritanie devait avoir la décence de ne pas bander les muscles.

Un peuple fait son histoire mais subit sa géographie. Le voisinage est une fatalité géographique. Il cristallise l’inter-relation humaine qui doit reposer sur l’exigence de respect et le sens de l’altérité. L’Etat sénégalais aurait pu être aussi sauvage envers les ressortissants mauritaniens sur cette étendue d’eau de l’océan qui n’est tracé par aucun marqueur physique des frontières et est donc un espace où on peut s’égarer.

Mais le Sénégal ne le fait pas, fidèle à sa culture d’égard pour la vie humaine et d’utilisation des armes à feu suivant le standard le plus élevé de respect des droits de l’homme. Ce pays, qui n’a jamais connu de coup d’Etat ni de pouvoir militaire, a une sensibilité vis-à-vis de la mort que chacun de ses voisins doit respecter par délicatesse.

Ce n’est pas par faiblesse, mais par culture, que notre pays ne tue pas et qu’il ne répond pas à la provocation.

Le président mauritanien, Mohamed Ould Abdelaziz, a un comportement que même la presse libre de son pays qualifie d’anormal vis-à-vis du Sénégal. Son hostilité à l’égard de notre pays est aussi manifeste qu’injustifiée. Sa connivence passée avec le pouvoir de Yahya Jammeh au détriment des intérêts sénégalais en est un signe. Le dernier jour des négociations pour le départ de l’ex-dictateur gambien, Abdelaziz a fait un bref voyage à Dakar au cours duquel il a tenu à Adama Barrow des propos inacceptables sur le Sénégal. Comble de malheur pour lui, il s’est dévoilé et n’a pas été écouté par le tombeur de Jammeh.

C’est ainsi, le Sénégal suscite certaines adversités que seul son rayonnement explique. Mais de là à tuer systématiquement les Sénégalais, il y a des limites à ne pas dépasser.

Les autorités de notre pays doivent mettre à profit cet incident criminel pour marquer ces lignes rouges et exiger qu’elles ne soient plus à nouveau franchies. La fermeté est la seule solution face à un interlocuteur qui confond courtoisie et faiblesse. Le Sénégal a commis une erreur stratégique dont il paie en permanence le prix : eu égard au profil de ceux qui gouvernent la Mauritanie, avoir toujours cédé face à cet Etat dans un souci de sauvegarde de bons rapports de voisinage. Il est temps de revoir cette stratégie.

Cheikh Yérim Seck

 

 

 

 

Mansour Elimane Kane, je sollicite une copie du contrat signé par l’Etat avec Total (Cheikh Yérim Seck)

YERIMPOST.COM Lettre au ministre du Pétrole et des Energies

M. Kane,

L’article 15 de notre Constitution nouvellement modifiée dispose: « L’exploitation et la gestion des ressources naturelles doivent se faire dans la transparence et en prenant en compte la nécessaire préservation des intérêts des populations et ceux des générations futures. » L’article 18 ajoute: « Toute concession minière, minéralogique ou toute concession pétrolière doit faire l’objet d’une autorisation conformément aux textes en vigueur. Les populations et les collectivités concernées doivent en être dûment informées. »

Au nom de ce droit à l’information prévu par la norme fondamentale, je vous prie, M. le ministre du Pétrole et des Energies, de tenir à ma disposition une copie de l’accord liant l’Etat du Sénégal au groupe français Total autour de l’exploitation pétrolière dans notre pays.

M. le ministre, cette convention ne doit et ne peut pas être cachée aux Sénégalais. Non pas seulement parce qu’elle les engage et engage l’avenir de leurs enfants. Il y a également qu’elle a suscité des réserves au sommet de l’Etat qui ont poussé un de vos prédécesseurs, Thierno Alassane Sall, à démissionner ou à être démis, le 2 mai 2017. Nommé ministre de l’Energie par intérim, le Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne, l’a signée.

Depuis cette signature, il y a de cela presque neuf mois, personne, en dehors d’un cercle restreint du pouvoir, n’a jamais vu le contrat. Au cours de la dernière session budgétaire de l’Assemblée nationale, le député Ousmane Sonko vous a demandé de lui en remettre une copie. En guise de réponse, vous lui avez proposé de passer à votre bureau pour que vous en discutiez…

Je rappelle à votre attention que les articles 17 et 34 du Code pétrolier obligent l’Etat à publier ces contrats pétroliers au Journal Officiel. Ce qui n’a jamais été fait. Pourquoi, monsieur le ministre ? Vous rendez-vous compte que vous violez la loi ? Je suis un Sénégalais qui souhaite avoir ce document pour informer nos compatriotes à travers yerimpost. Je vous demande solennellement, en vertu de la Constitution et du Code pétrolier, de bien vouloir le mettre à ma disposition.

Faute de suite favorable à ma présente requête, je vais mettre en oeuvre tous les moyens de protestation appropriés. Je ne demande pas une faveur mais réclame un droit.

Cordialement…

Cheikh Yérim Seck



Visite de Macron: Quelle mouche a piqué le PDS ?

YERIMPOST.COM Le plan de sabotage qui ne dit pas son nom, concocté par le Parti démocratique sénégalais (PDS) à l’occasion de la visite à Dakar du président français, Emmanuel Macron, du 1er au 3 février, est sidérant. Il ne peut qu’offusquer tout citoyen attaché aux codes de l’élégance républicaine.

D’autant qu’il s’agit du PDS, le parti d’Abdoulaye Wade, artisan du long combat d’opposition qui a abouti à la première alternance au pouvoir, en mars 2000. Il s’agit du PDS, cette formation politique qui a dirigé le Sénégal de 2000 à 2012, ce parti de gouvernement qui n’a pas le droit de confondre régime politique et Etat. Proposer des manifestations de ses militants à toutes les étapes de la visite du président français ne l’honore guère.

Le séjour de Macron est un moment de forte exposition médiatique de notre pays. C’est une occasion pour le Sénégal de montrer ses atouts, de donner l’image d’un pays fort, uni autour de l’essentiel et en marche vers le progrès.

Comme le nom l’indique, nos problèmes internes sont internes. Nous devons les gérer « entre nous », dans la pure tradition sénégalaise du dialogue. Le linge sale se lave en famille. Il ne s’étale pas sur la place publique.

Lorsque Macky Sall pose des actes de gouvernance à l’intérieur du pays, tout parti d’opposition peut le combattre par tous les moyens légaux. Lorsqu’il pose des actes qui engagent nos rapports avec l’étranger, il est dans le domaine réservé de la diplomatie. L’opposition peut lui suggérer, mais n’a pas le droit moral de le critiquer sur ce terrain.

Et puis, depuis quand le parti d’Abdoulaye Wade, qui a gouverné le Sénégal sur une ligne d’indépendance vis-à-vis de l’ancienne puissance colonisatrice, accorde-t-il autant de place à la France dans notre cuisine interne ?

Ce serait céder à un grave complexe néocolonial que de mêler le président français à la gestion de nos affaires internes. Macron répondrait de toute façon, comme il l’a fait au Burkina Faso, dans ce style condescendant qui est le sien, qu’il a été élu pour régler les problèmes de la France et non ceux du Sénégal. Ce qui est, du reste, une vérité absolue.

Le PDS doit revoir sa copie pour ne pas « verser la figure du Sénégal par terre », comme on dirait sur les bords de la lagune Ebrié. Ce parti plus que quarantenaire, acteur majeur de l’histoire politique de ce pays, ne peut se permettre ni faute de goût diplomatique ni inélégance républicaine. Quelle mouche l’a piqué pour qu’il énonce ce « plan d’action » qui ne l’honore point et ne lui ressemble guère ?

Cheikh Yérim Seck

 

Scandale suprême à la Cour suprême !!!

YERIMPOST.COM C’est le quotidien L’As qui lève un coin du voile sur des pratiques répréhensibles qui ont cours à la Cour suprême. Dans sa livraison du 25 janvier 2018, ce confrère fait des révélations terrifiantes sur la plus haute juridiction du pays. Le quotidien évoque « des bizarreries au sujet du Fonds de la formation continue des magistrats, le recours abusif aux demandes de renseignements de prix, des interrogations autour du marché d’achat d’ascenseurs et des tenues des chauffeurs ». Et ajoute qu’aucune trace de l’exécution de certains marchés n’est visible, comme c’est le cas de l’achat d’ascenseurs dans un bâtiment que la Cour a tout bonnement loué.

Le Temple suprême de Thémis serait-il donc le sanctuaire de malversations de toutes sortes ? Le constat n’est pas grave, il est terrifiant et fait froid dans le dos. L’institution chargée de juger en dernier ressort toutes les affaires, dont celles de corruption, serait-elle elle-même corrompue ?

S’ils sont avérés, ces faits, relatés avec précision par le journal, sont plus scandaleux que le scandale. Ils méritent une enquête approfondie et, le cas échéant, des sanctions alourdies par des circonstances aggravantes.

La justice vit décidément une crise morale aiguë. Des scandales à répétition éclatent en son sein. Il n’y a guère longtemps, un magistrat en charge d’un dossier a été frontalement accusé par une partie de lui avoir soutiré du cash !



Cette révélation de L’As sur la juridiction suprême illustre bien cet adage de la sagesse populaire qui enseigne que « le poisson pourrit par la tête ». Si les magistrats aux grades les plus élevés ne sont pas au-dessus de tout soupçon, on comprend – sans évidemment approuver – les comportements au niveau des autres strates de leur corps.

La suspicion légitime de malversations donne raison, après coup, à Nafi Ngom Keïta, brutalement éjectée de la tête de l’Ofnac pour avoir, entre autres péchés, réclamé sa déclaration de patrimoine à Badio Camara, président de la Cour suprême, qui gère un milliard de francs cfa de fonds publics.

En guise de réponse, le sieur Camara avait recouru au président de la République, dont il est notoirement proche, pour lui demander d’instruire la dame Keïta de le laisser tranquille. Ce qui fut fait.

Pourquoi cette curieuse réaction face à une formalité exigée de lui par une loi ? Avait-il des choses à cacher, M. Camara ? Seraient-ce ces faits aujourd’hui dévoilés ? En tout état de cause, ces soupçons soulevés doivent a minima susciter des actes. Macky Sall a désormais l’obligation de demander à Badio Camara de déposer sa déclaration de patrimoine, mais aussi de commettre une inspection pour voir clair dans la gestion de la Cour suprême.

Cheikh Yérim Seck

Tanor Dieng – Khalifa Sall : De l’amour à la tragédie

YERIMPOST.COM La seule fois où j’ai vu Ousmane Tanor Dieng et Khalifa Sall ensemble, c’était il y a environ deux ans, à l’occasion du baptême de l’enfant du trésorier du Parti socialiste (PS). Installé juste derrière eux, je les ai vus se chuchoter à l’oreille l’un de l’autre. Lorsque le maire de Dakar a pris la parole, il a rendu tous les honneurs au secrétaire général du PS dont il a loué le leadership et les qualités personnelles. C’était le parfait amour, en somme !

Aujourd’hui, alors que le premier purge son dixième mois de prison, le second l’a exclu du PS pour mieux placer sa tête sous la guillotine du pouvoir. Non sans asséner, parlant du détenu et de ses co-bannis : « Ils ne mettront plus jamais les pieds à la Maison du parti. » Cette phrase, qui tombe tel un couperet, est tout un symbole ! La Maison du parti, la maison, est l’endroit ultime où l’on peut espérer trouver refuge face à l’adversité.

Dans cette affaire qui a toutes les allures d’une tragédie grecque, le roi a excommunié l’un de ses lieutenants, l’a expulsé du fort pour le livrer pieds et poings liés à l’ennemi. Comme la politique peut être cruelle ! Comme la lutte pour les privilèges peut être fratricide !

A entendre un valet qui habitait le fort, Bamba Fall, le lieutenant aujourd’hui banni est celui qui, hier, pendant la traversée du désert, a secouru le roi et sa famille, les a gavés de ses largesses, justement avec les fonds de cette caisse d’avance qu’il est accusé d’avoir détournés et pour lesquels il est embastillé ! Ironie du sort, le roi, au lieu de chercher à sauver son bienfaiteur d’alors, l’enfonce.

L’affaire Khalifa Sall serait une comédie si le sang du maire de Dakar n’était pas en train de gicler. C’est, par contre, une tragédie totale. Les couteaux sont sortis de leurs fourreaux à la Maison du parti, offrant un spectacle désolant du plus vieux pavillon politique du pays.

Dans le rôle de préparateur de l’exécution, Tanor Dieng a livré Khalifa Sall, désarmé et honni de son camp, à la potence de Macky Sall.

Le 23 janvier 2018, c’est un détenu flanqué de quelques dissidents qui va se présenter devant le juge. Seul face à son destin, presque seul face à l’adversité, il méditera sûrement, derrière le prétoire, cette phrase de Fiodor Dostoïevski : « On compare parfois la cruauté de l’homme à celle des fauves, c’est faire injure aux fauves » (in Les frères Karamazov, 1880).

Quand il assistera à cette comédie judiciaire qui mènera vers l’échafaud cet adversaire qui aurait pu barrer la route de sa réélection en 2019, Macky Sall laissera s’échapper un sourire narquois. Il savourera le plaisir d’avoir cassé le fort socialiste érigé avant sa naissance, en jouant les uns contre les autres au moyen des privilèges du pouvoir. Le locataire du Palais doit être fier de lui. Expert en démantèlement de chapelles antiques, il aurait été, dans une autre vie, dresseur de vieux fauves politiques en mal de moyens de survie.

Cheikh Yérim Seck

Enquête sur les bonnes affaires de Modou Lô 

YERIMPOST.COM Ses cachets se chiffrent à des dizaines de millions depuis presque une décennie. Mais, pour Modou Lô, il est hors de question de se limiter uniquement à la lutte pour vivre. Situation oblige ! Soutien d’une large famille, le Rock des Parcelles Assainies joue aussi de sa célébrité pour développer d’autres business qui lui permettent de bien entretenir ses parents et proches.

C’est ce qui l’a conduit à mettre en place une marque dénommée X Lô. Une marque qui se spécialise dans l’habillement: T-shirts, casquettes, blousons…. Le label est développé grâce à un partenariat que le lutteur a noué avec le groupe de rap français Wati Bi. La notoriété de Modou Lô a évidemment un impact positif sur le chiffre d’affaires. Bien que les chiffres des ventes ne soient pas encore connus, une source, proche de celui que ses fans surnomment Kharagn Lô, confie à Yerimpost que le label fait du profit.
À l’instar de beaucoup d’anciens lutteurs comme Yékini ou Tyson, Kharagne Lô ne s’en tient pas à la lutte, mais diversifie ses activités. A Taïba Ndiaye (département Tivaouane, région de Thiès), village de ses ancêtres, le Rock possède de vastes terres qui lui servent pour l’agriculture. Cette zone réputée fertile donne de bons rendements à Modou Lô.

Le business privilégié des lutteurs étant l’immobilier, Modou Lô ne s’est pas empêché d’investir dans le secteur du bâtiment. Une partie de son immeuble R+4 sis à Yoff est louée.
Selon les sources de Yerimpost, Modou Lô détient un patrimoine bien fourni qui lui permet de vivre aisément, après sa carrière. Mais, puisque la lutte a ses raisons que la raison ignore, certains détails de ces biens du lutteur restent un mystère.

Babacar FALL, bfall@yerimpost.com

L’Etat doit faire la guerre en Casamance !!!

YERIMPOST.COM Suite à la tuerie barbare qui a emporté quatorze innocents dans la forêt de Bourofaye, le colonel Ndiaye, directeur de l’information et des relations publiques des forces de défense, nous a appris que l’armée avait commencé à faire le coup de feu dans la nuit du lundi 8 au mardi 9 janvier 2018, dans le cadre d’une opération de poursuite des coupables en Casamance.

Il n’y a pas beaucoup à espérer de cette battue qui n’est en définitive qu’une opération de police. Or, la gangrène qui ronge depuis trente-six ans cette partie du pays exige une thérapie lourde, une intervention chirurgicale. Depuis 1982, en effet, l’Etat sénégalais se laisse distraire par une rébellion qui ne tient pas parole, des pourparlers qui n’aboutissent pas, des accords de paix qui ne ramènent pas la paix…

L’Etat a suffisamment fait la preuve de sa bonne foi, de sa volonté de paix, du respect de ses engagements… Mais il fait face à une organisation trafiquante, dilettante, malfaisante… Cette dernière tuerie du 6 janvier est la preuve, s’il en est encore besoin, que le MFDC a perdu son âme pour se muer en une officine criminelle.

Toute discussion de toute nature avec un mouvement devenu si amoral est pure perte de temps. Elle ne servirait, suite à la chute de son soutien Yahya Jammeh, qu’à permettre à la rébellion de gagner du temps pour tenter de se refaire à coups de trafics de toutes sortes.

L’Etat du Sénégal doit, une bonne fois pour toutes, éradiquer la rébellion casamançaise. Les exemples du Liberia, de l’Angola, de la Sierra Leone… prouvent qu’une rébellion ne prend fin que lorsqu’elle est vaincue, anéantie, éradiquée… Notre pays ne peut pas faire l’économie d’une guerre pour débarrasser le maquis casamançais des bandes armées qui y sèment mort et pillages de toutes sortes. S’il ne le fait pas aujourd’hui, il sera obligé de le faire demain. Nicolas Machiavel l’a fort bien dit, depuis la Renaissance: « Une guerre prévisible ne se peut éviter, mais seulement repousser. »

Pour pacifier cette région du sud de notre pays, la force militaire apparaît comme un mal nécessaire. La guerre fait peur, mais elle est, dans bien des cas, le moteur de l’Histoire. C’est un instrument de gouvernement que certaines circonstances imposent. « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens », a dit, à juste titre, le général prussien Carl von Clausewitz, dans le plus important traité de stratégie militaire jamais écrit, De La Guerre.

Depuis bientôt quatre décennies, des rebelles qui ne représentent qu’eux-mêmes font peser une menace existentielle sur le Sénégal. Ils hypothèquent le développement de la Casamance et maintiennent une dangereuse porosité de nos frontières avec la Gambie et la Guinée Bissau. Le contexte géopolitique actuel, marqué par la chute du dégénéré Yahya Jammeh qui régnait à Banjul et la neutralité du nouveau pouvoir à Bissau, est on ne peut plus favorable à une reprise en main totale de notre territoire. Mais aussi de nos frontières. Un politiste réputé l’a dit : un pays qui ne maîtrise pas ses frontières n’est pas un pays, c’est une vaste passoire…

Or, les frontières, le territoire, l’intégrité territoriale, la souveraineté… n’ont jamais été donnés. Ils ont toujours été conquis. A l’épreuve du feu et au prix du sang. Commandant en chef de l’armée de la République serbe pendant la guerre de Bosnie, Ratko Mladic l’a rappelé par une formule brutale mais historiquement vraie : « Les frontières ont toujours été tracées avec du sang et les Etats bornés par des tombes. » Une fois pour toutes, l’Etat du Sénégal doit faire cette guerre inévitable en Casamance.

 

Cheikh Yérim Seck

 

 

Les leçons à tirer de la faute d’orthographe de Macky Sall

YERIMPOST.COM Nul n’est infaillible, fût-il président de la République ! Dans son tweet lancé le 12 janvier 2018, à 15h 17mn, Macky Sall, qui condamnait à juste titre les propos injurieux du président américain, Donald Trump, contre l’Afrique et Haïti, a écrit que « l’Afrique et la race noire mérite le respect et la considération de tous. » L’oubli des lettres n et t, qui devaient accorder le verbe mériter, a affolé la toile, suscité commentaires, railleries voire indignations.

Il est vrai que cette coquille est malvenue dans un tweet re-tweeté 5 627 fois (à 16h 52 ce samedi 13 janvier), et qui a donc fait le tour du monde en quelques heures. D’autant que cette prise de position forte d’un chef d’Etat africain contre son homologue américain est, par la rareté des précédents, un moment de communication fort pour Macky Sall.

Ce dernier n’est toutefois pas fautif. On ne saurait demander à un chef d’Etat d’être expert en orthographe. Il y a des personnes payées par l’Etat du Sénégal pour l’être. La charge de président de la République, personnalité centrale sur laquelle tous les gros acteurs et grands enjeux agissent, dédouane son titulaire de la gestion du détail. Ce tweet est révélateur de l’incompétence de la cellule de communication de la présidence. Laquelle devait mettre en place une procédure de nature à valider tous les tweets du président avant leur diffusion. Celui-ci a beaucoup trop à faire pour s’occuper d’une correction en français.

La faute d’orthographe est d’autant plus grave qu’elle intervient après d’autres impairs… Notamment ce compte-rendu du conseil des ministres dans lequel une quinzaine de fautes avaient été dénichées.

Sous Macky Sall, c’est un euphémisme de dire que la communication présidentielle laisse à désirer. Le portail de la présidence est d’un niveau ordinaire. Les discours du président de la République sont des compilations d’adverbes et de formules redondantes. Il n’y a, dans le verbe présidentiel, ni esprit, ni humour, ni culture générale, ni trait de style… Les allocutions du chef de l’Etat dégagent de lui le profil d’une armoire à glace qui n’exprime nulle émotion et aucune forme d’humanité. Or, le lyrisme, le cœur, la fantaisie, les effets de style… font le sel du verbe.

En un mot comme en mille, la coquille sur ce tweet est le signe brutal d’une faiblesse de communication et d’un déficit de stratégie d’image caractéristiques de l’ère de la deuxième alternance. Des lacunes d’autant plus à corriger que Macky Sall est le premier produit qui brande la marque Sénégal. Tout impair sur sa com rejaillit négativement sur l’image de notre pays.

Cheikh Yérim Seck

 

 

 

Arrêtez de critiquer Macky Sall à propos de la Casamance !

YERIMPOST.COM Au lendemain de la tuerie de Niaguis, la classe politique s’est livrée à son jeu favori, la seule chose qu’elle sache vraiment bien faire : le bavardage politicien. Certaines voix se sont élevées pour dénoncer un laxisme de l’Etat. D’autres se sont employées à dénier toute efficacité au pouvoir dans la gestion de la crise casamançaise.

Dans ce brouhaha, une personnalité politique s’est particulièrement distinguée par son irresponsabilité. Il s’agit d’Abdoulaye Baldé, le maire de Ziguinchor. Cette figure importante de la vie politique en Casamance, dont la voix, naturellement, compte, s’est laissée aller à une tirade inappropriée, accusant l’Etat d’amateurisme et de débrouillardise dans la gestion du conflit. A travers une expression wolof mal venue, « taf yeungueul », Baldé a tenté de discréditer l’action de la puissance publique dans une région en insurrection. Quel désastre verbal ! Quelle indigence patriotique ! Le rappel est pédagogique : la Casamance n’est pas une question politicienne, c’est un enjeu de sécurité nationale.

Poussant leurs calculs jusqu’à la perfidie, les politiciens de notre pays doivent être les seuls à ne pas avoir compris que, pour pacifier cette région sud en proie à une rébellion depuis 1982, il faut un consensus national fort.

Le Sénégal est en guerre en Casamance contre des tueurs sans foi ni loi qui se sont élevés contre l’intégrité territoriale, l’unité nationale, la sécurité collective… Quand un Etat est en guerre, aucun de ses citoyens ne doit le critiquer, tous doivent le soutenir jusqu’à la victoire. Toutes les chapelles qui le composent doivent taire leurs contradictions pour sauver l’essentiel. C’est ce que, en d’autres cieux, on appelle « l’union sacrée » chaque fois que la nation, le territoire, l’indépendance sont menacés…

Observer cette règle non écrite, c’est trop demander à nos hommes politiques qui ne respectent rien. Pas même les faits. Car, tout le procès fait à Macky Sall au cours de ces derniers jours est fondé sur des falsifications.

Le président du Sénégal depuis mars 2012 a, en effet, réalisé des avancées réelles dans le règlement de la crise. Il a instauré une accalmie qui a duré des années, réussi à faire libérer les otages, contenu la nuisance Yahya Jammeh et contribué à y mettre fin… Dans son adresse à la nation du 31 décembre 2017, il a prononcé des mots forts et volontaristes en vue de l’achèvement du processus de paix. S’il ne fait pas dans l’agitation, Macky Sall gère avec sérieux le dossier de la Casamance.

A défaut de le soutenir, nul ne doit le blâmer, même avec raison. A fortiori à tort. Sous d’autres cieux, ses opposants l’auraient rencontré pour lui soumettre des propositions en vue d’une paix définitive. Si, ici, ils n’ont pas la culture politique de le faire, ils doivent cesser de le critiquer à propos du dossier de la Casamance.

Cheikh Yérim Seck

 

L’Etat doit enrayer ce gros drame humain à Ads !

YERIMPOST.COM Il se passe à l’Agence des aéroports du Sénégal (Ads) un drame humain d’une ampleur insoupçonnée. En inaugurant l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) de Diass, l’Etat du Sénégal a déserté Léopold Sédar Senghor, cette bâtisse blanche qui, depuis l’indépendance, a accueilli tous les avions en partance et à destination de Dakar. Mais pas seulement. L’Etat a également et surtout ôté leur moyen de subsistance à plusieurs milliers de Sénégalais qui, au fil des décennies, ont bâti leur activité et construit leur vie autour de cette infrastructure stratégique.

Limak Aibd Summa, qui est à l’Aibd ce que Ads fut à l’aéroport de Dakar, a repris les 456 permanents et 88 temporaires fixes de Ads, laissant en rade le plus gros de la troupe : les 800 à 1200 prestataires qui composaient les brigades Espaces verts, Nettoiement, Gardiennage…

Ces hommes et ces femmes, ces soutiens de famille, ces « goorgoorlou » (jargon local désignant les Sénégalais qui se décarcassent et arrivent à peine à joindre les deux bouts) ont reçu, le 4 janvier, une notification de cessation de leur activité signée de Pape Mael Diop, directeur d’une Ads en sursis. Ils viennent grossir les rangs de cette armée de chômeurs, miséreux et désespérés de toutes sortes qui forment le plus gros contingent de notre peuple.

L’Etat, dont la seule légitimité réside dans le fait de protéger, ne doit pas abandonner à leur sort ces Sénégalaises et Sénégalais qui ont acquis une expérience dans le domaine aéroportuaire. Il doit arbitrer et imposer à Limak Aibd Summa de les récupérer, au lieu de recourir aux services de sociétés privées qui ignorent les règles de sûreté imposées à toute activité dans un aéroport.

Le Sénégal couve suffisamment de souffrances sociales et de drames humains pour qu’on en rajoute.

Si nous voulons une société de progrès, il est temps de penser les modèles économiques avec le souci de préserver l’emploi et de protéger les personnes.

Cheikh Yérim Seck

Les derniers jours avant la condamnation de Khalifa Sall…

YERIMPOST.COM Il est inutile pour les partisans et autres sympathisants de Khalifa Sall de se faire trop d’illusions. Le maire de Dakar sera condamné. Le verdict est connu d’avance. Les reports font partie du décor.

Il ne s’agit pas d’être devin pour le savoir. S’il est arrêté et jeté en prison depuis neuf mois, ce n’est ni pour le blanchir à l’issue d’un « procès équitable », ni lui donner l’occasion de redorer son blason.

Le pouvoir, qui a décidé de lui faire payer sa rébellion contre la ligne directrice de son parti incarnée par Tanor, fidèle de Macky, veut se montrer implacable tout au long du processus qui va aboutir à  sa mise à mort.

Les menaces musclées de ses proches collaborateurs comme Barthélemy Dias, les « vociférations » de ses amis d’ici et d’ailleurs, n’ont pas servi à grand-chose. Il a été « déshabillé » de façon expéditive par l’Assemblée nationale, après les tergiversations sur son immunité parlementaire.

Même l’argent n’a pas fait le bonheur de  l’édile de la capitale. La caution déposée pour une liberté provisoire a fait long feu.

Le jeu de chaises musicales autour de son jugement, avec l’éviction du juge Maguette Diop et son remplacement par Malick Lamotte, n’est que leurre. Une manière d’envelopper, avec un semblant de sérieux, un dossier déjà ficelé.

Au Sénégal, plus qu’ailleurs, il n’y a pas de justice, il n’y a que des hommes. Hélas.

Mame Goor Ngom

Sale coup d’Aliou Sall

YERIMPOST.COM Aliou Sall s’est donc senti obligé, sous une forme épistolaire,  de « remettre à l’ordre » la maire de Paris. Pour lui, Anne Hidalgo est coupable d’une maladroite ingérence dans un dossier pendant en justice au Sénégal.  Cette position de Sall-frère est impudique sur le fond, très peu pertinente  et cynique sur la forme.

 

Le maire de Guediawaye, sur qui pèsent de lourds soupçons de corruption dans la fameuse  affaire Petrotim, est-il l’homme idéal pour rappeler à Khalifa Sall que l’onction électorale et la légitimité du suffrage universel ne donnent à aucun élu un blanc-seing qui lui garantit une immunité judiciaire, ou le soustrait de facto à l’obligation de la reddition des comptes et de l’imputabilité ?

 

Comme si lui Aliou Sall n’a pas vu son dossier à  milliards au niveau de l’Office national de lutte contre la corruption (Ofnac) rangé dans les tiroirs de l’oubli.  Ironie du sort, le rapport de cette institution sur le pétrole, qui ne sera manifestement jamais publié sous Macky,  est antérieur à celui de l’Ige qui vaut au maire de Dakar son emprisonnement. Démarche sélective.

 

C’est un secret de Polichinelle  de dire que si Nafi Ngom, la présidente de cette institution a été fragilisée et limogée, c’est parce qu’elle a eu l’audace de fouiner là où il ne fallait pas.

Le président de l’Association des maires du Sénégal réagit plutôt pour sa propre chapelle politique et pour l’intérêt de son frère qui lui  a  confié la Caisse des dépôts et des consignation (Cdc) avec ses 200 milliards, violant ainsi son propre serment de ne jamais nommer son frangin.

Le cynisme formel de cette missive réside dans son timing. A quelques heures d’un procès capital pour un député-maire-opposant, réagir de façon si froide  relève du machiavélisme peu subtil.

Car les questions de souveraineté, à  y regarder de près, ce n’est pas la tasse de thé de nos dirigeants si étrangers.

Mame Goor Ngom

 



Pour notre sécurité nationale, l’Etat doit peser sur le choix du nouveau patron de Sonatel

YERIMPOST.COM Première entreprise du Sénégal, plus grande contributrice à l’impôt, la Sonatel est un outil stratégique. Mais elle échappe totalement au contrôle de l’Etat qui détient pourtant 27% des parts dans son capital. Cette entreprise fonctionne comme un îlot extraterritorial à l’intérieur du Sénégal. Nos autorités la perçoivent à travers le prisme d’une forteresse suspecte qui garde beaucoup  d’argent mais en soustrait une bonne partie à l’impôt.

Or, la Sonatel ne vend pas du savon. Elle fait dans de la téléphonie, de l’Internet, du transfert d’argent… Elle gère nos communications personnelles et professionnelles, nos données personnelles et professionnelles, nos flux financiers… notre vie tout court. Ces informations et données stratégiques sont sous le contrôle d’une firme étrangère, France Telecom.

Cet actionnaire majoritaire, détenteur d’une concession aussi sensible, s’est opposé de toutes ses forces à l’installation de data center au Sénégal. Il a fallu le cran du directeur général sortant, Alioune Ndiaye, pour qu’il en soit érigé un à Rufisque.

Mais l’infrastructure reste une coquille vide. L’Etat doit veiller à ce que nos données y soient stockées et non plus à 6 000 km d’ici. C’est une question de sécurité nationale. Mais aussi de souveraineté. C’est trivial : qui détient l’information détient le pouvoir, qui détient tes données te tient. C’est suicidaire de continuer à stocker à l’étranger les fichiers de nos passeports et cartes d’identité biométriques, de nos transactions bancaires, de nos avoirs monétaires…

Si l’Etat ne s’assure pas de bien connaître le remplaçant d’Alioune Ndiaye, il ne pourra pas garder un œil sur Orange Money, une structure à surveiller comme du lait sur le feu. D’autant qu’Orange France vient de créer Orange Bank. Si Orange Money, qui transfère une quantité impressionnante d’argent, devient une filiale de cette banque, comme la Bicis l’est de BNP Paribas, ce sera la porte ouverte à tous les dangers. Ce sera une menace grave à notre sécurité monétaire, à notre sécurité tout court. L’exemple ivoirien le prouve.

En avril 2011, quand la France a voulu éliminer Laurent Gbagbo, il a suffi que la Société Générale et BNP Paris bloquassent à partir de Paris les transactions de leurs filiales ivoiriennes pour mettre le régime à terre. L’Etat du Sénégal doit être instruit par ce précédent pour ne pas se laisser davantage prendre en otage par la France, vu l’extranéité déjà intolérable de notre secteur bancaire.

Mieux, s’il ne prend garde, l’Etat risque de voir ses 27% baisser drastiquement en valeur. Le secteur des télécoms, partout dans le monde, est structurellement condamné à une baisse des revenus. Pour une raison évidente, la Sonatel a plafonné en termes de nombre d’abonnés. Les sources de profit sont donc recherchées ailleurs que sur le mobile. Si nos autorités ne veillent pas, la tendance actuelle va s’alourdir : les innovations mises en place créent de la valeur qui sera directement captée par la maison-mère.

Si un nouveau directeur couleur locale foncée ne renverse pas la tendance, c’est près de 10% du PIB du Sénégal et 12% de nos recettes fiscales qui risquent de fondre comme neige au soleil. L’Etat n’a pas meilleur outil que la Sonatel pour faire financer ses projets. Le cash flow de ce mastodonte et les participations détenues par ses employés peuvent satisfaire bien des besoins de financement de notre pays.

Pour des raisons stratégique, sécuritaire, économique et même symbolique, les autorités de notre pays doivent, dès la réunion du Conseil d’administration qui se tient ce 3 janvier, annoncer la couleur et afficher une position à la hauteur de nos intérêts nationaux. Mais aussi peser de tout leur poids pour faire prévaloir leur point de vue, leur volonté politique. Car, même minoritaire, l’Etat est l’actionnaire le plus influent.

Cheikh Yérim Seck

 

 

Le Sénégal signe un gros contrat de réalisation de 5 aérodromes !

YERIMPOST.COM  Après la construction de l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD), le Sénégal s’attaque à la réhabilitation d’infrastructures aéroportuaires. C’est à cet effet que la société Transcon electronic systems a été désignée pour la réalisation de cinq aérodromes régionaux. A la clé, un contrat de 100 milliards de nos francs a été signé entre l’Etat du Sénégal et l’entreprise tchèque spécialisée dans les équipements électriques et électroniques pour aéroports et héliports. Quatre ans à attendre avant que les régions de Matam, Tambacounda, Saint-Louis, Ziguinchor, Kédougou ne procèdent à l’inauguration de ces aérodromes qui vont vraisemblablement faire du Sénégal un hub aérien incontournable. En exclusivité sur yerimpost, les premières images de ce vaste chantier.

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Les magistrats posent mal leur problème !

YERIMPOST.COM Au cours de son colloque des 28 et 29 décembre autour du thème de l’indépendance de la magistrature, l’Union des magistrats du Sénégal (UMS) a formulé un certain nombre de recommandations. « Il a été proposé que le président de la République et le ministre de la Justice ne siègent plus au sein du Conseil supérieur de la magistrature », pouvait-on lire en tête de ces recommandations. Au grand dam du garde des sceaux, Ismaïla Madior Fall, qui a répliqué qu’il ne revenait pas aux magistrats, mais à la Constitution, de régir l’indépendance de la justice et de déterminer la composition des institutions de la République dont le Conseil supérieur de la magistrature.
Réponse aussi stéréotypée que facile, mais indémontable en droit. La légalité constitutionnelle est, en effet, impériale. Mais là n’est justement pas le débat.
Le Sénégal a hérité de la France cette composition décriée du Conseil supérieur de la magistrature. Pour autant, nul ne peut mettre en doute l’indépendance des juges français. Signe de l’insolente liberté de la justice hexagonale, un juge a débouté, en 2010, Nicolas Sarkozy, alors au pouvoir, plaignant au pénal contre Dominique De Villepin dans le cadre de l’affaire Clearstream.
En réalité, nos magistrats bénéficient d’espaces de liberté dont ils usent beaucoup moins que leurs homologues français. En cause, au-delà de la loi, certains de nos réflexes culturels. La trop forte révérence envers l’Exécutif, distributeur des sinécures et privilèges, explique en grande partie la frilosité de nos juges.
La mentalité de fonctionnaire, fondée sur le respect de la verticalité, ligote davantage les esprits et les asservit. Comme l’a constaté Abdoulaye Wade, dans une formule brutale et assassine: « les magistrats sont esclaves dans leur tête ». Alors à la tête du pays, le très peu diplomate Wade a dû être instruit par l’exemple de magistrats prompts à demander des instructions sur la conduite et le règlement de leurs dossiers. Et qui le feraient quelle que soit la marge de manœuvre que leur accorderaient les lois.
La question est donc psychologique avant d’être institutionnelle. Les institutions sont abstraites. Elles ne valent que par l’action des hommes qui les animent. Notre Conseil constitutionnel ou ce qui en tient lieu se déclare systématiquement incompétent pour connaître de tout recours susceptible de déboucher sur une défaite du pouvoir. Au même moment, son homologue nigérien a déclaré inconstitutionnelle une troisième candidature du président Mamadou Tandia à sa propre succession. Son homologue kényan a annulé l’élection frauduleuse du président sortant, Uhuru Kenyatta.
Les magistrats de notre pays ont un défi primordial à relever : se créer une sphère psychologique d’indépendance. C’est pour eux un enjeu de dignité tout court : la gestion robotique des dossiers surtout politiques a fini de ruiner leur crédibilité. Ils passent aux yeux de l’opinion pour des pantins à la solde du pouvoir. Sur nombre de dossiers, la justice est injuste. Notre démocratie est affaiblie par la défaillance de la gardienne des libertés.
L’UMS serait bien avisée de dire à ses membres de prendre déjà ce que les forces du pouvoir qui commande et de l’argent qui corrompt les empêchent de prendre. Poser aujourd’hui l’entrave à l’indépendance de la justice dans des termes institutionnels, c’est mal poser le problème.
Cheikh Yérim Seck

Vert sous Diouf, bleu sous Wade, marron sous Macky… L’anti-modèle Sada Ndiaye

YERIMPOST.COM Sada Ndiaye a réussi la prouesse – rare pour être signalée – d’avoir été vert sous Abdou Diouf, d’être devenu bleu sous Abdoulaye Wade, et de s’être récemment empaillé marron, le marron de l’APR, l’APR de Macky Sall, Macky Sall le nouveau tenant du pouvoir. Sada Ndiaye mène sa carrière politique selon une tradition de son Fouta Natal, où les bergers transhument avec leurs troupeaux des zones asséchées vers des pâturages où l’herbe est plus verte.
Sada Ndiaye a réussi une deuxième prouesse : après avoir été le bras armé d’Abdoulaye Wade pour éjecter du perchoir de l’Assemblée nationale Macky Sall, pouvoir aujourd’hui rallier ce dernier. Celui qui a porté en 2008 la loi Sada Ndiaye, celle-là même qui a poussé le président d’alors de l’Assemblée nationale à la démission en écourtant son mandat de 5 à 1 an, rampe aujourd’hui sous les pieds de sa victime devenue président de la République.
Last but not least, Sada Ndiaye a réussi une troisième prouesse : devenir ministre puis député après avoir été épinglé par un rapport de la Cour des comptes qui lui a interdit d’exercer toute fonction publique.
Il est fort, très fort, trop fort… Mais dans le pire. Sada Ndiaye est le prototype achevé de ce politicien sénégalais qui piétine tous les principes pour servir ses intérêts personnels.
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Peut-il y’avoir un George Weah sénégalais ?

YERIMPOST.COM Seul footballeur africain à avoir remporté le ballon d’or en 1995, George Weah a brisé un tabou absolu dans le continent en devenant, ce jeudi 28 décembre, le premier sportif de haut niveau à être élu président de la République. A 51 ans, l’un des plus grands buteurs de l’histoire du football a pris une revanche sur l’Histoire: en 2005, le monde entier, les Etats-Unis en tête, s’était coalisé pour lui ravir une victoire nette, au profit de son adversaire d’alors, Ellen Johnson Sirleaf. Le Liberia sortait d’une guerre civile qui a traumatisé le monde par ses 250 000 morts entre 1989 et 2003. Il était plus rassurant de confier le pays à une femme mure issue des institutions de Bretton Woods plutôt qu’à un objet politique non identifié, un footballeur fraîchement retraité qui avait le profil-type d’un aventurier. Deux mandats de Sirleaf plus tard, le peuple libérien vient d’administrer une gifle aux politiciens et apparatchiks de tout acabit.

Opposé à Joseph Boakai, vice-président d’Ellen Johnson Sirleaf pendant douze ans, Weah lui a infligé une sévère défaite. L’ampleur de sa victoire tourne autour de 61,5 pour cent, signe du rejet de politiques sclérosés incapables de satisfaire les aspirations de la population. Pareille option des Libériens s’inscrit dans une tendance de plus en plus lourde en Afrique, où les peuples n’en peuvent plus de politiciens incompétents et corrompus.

Notre pays, le Sénégal, qui a vécu quarante ans de pouvoir socialiste, puis douze ans de régime libéral, enfin bientôt six ans de libéralisme à la sauce Macky, n’est toujours pas arrivé à régler les problèmes du plus grand nombre. Les Sénégalais votent pour substituer des oligarchies kleptomanes et inefficaces à d’autres. Le discrédit des politiciens aux yeux de nos compatriotes est patent.

Au cas où Macky Sall échoue, si un homme qui s’est fait tout seul, loin des combines politiciennes, présente un discours digeste, nous pourrons connaître un Weah sénégalais. Même si la culture, sous nos cieux si portés à la méchanceté et à l’envie, est de tuer les icônes, le Sénégal ne peut pas continuer à s’accommoder de politiciens généreux en promesses qui, une fois élus, ne servent que leurs intérêts propres et ceux de leurs proches.

L’heure n’est pas loin où un homme neuf dans tous les sens du terme va mettre fin à plus d’un demi-siècle d’incompétence et de tricherie. Ceux qui en doutent doivent méditer le cas de la France, pris en otage pendant de longues décennies par deux familles politiques qui se relayaient au pouvoir. Au bout de tant d’échecs, un ovni politique de moins de 40 ans, à la tête d’un mouvement âgé de moins d’un an, a balayé toutes les oligarchies politiques pour s’installer à l’Elysée.

Cheikh Yérim Seck

Affaire Mimi Touré: La justice et l’Assemblée nationale doivent ouvrir des enquêtes

YERIMPOST.COM Ministre de la Justice au moment des faits, puis Premier ministre, enfin envoyée spéciale du président de la République, Aminata Touré parle de la traque des biens mal acquis en connaissance de cause. Le 19 décembre, sur RFM Matin, elle a déclaré que cette opération anti-corruption de poursuite des délinquants financiers a rapporté « plus de 200 milliards » à l’Etat sénégalais. Devant la vague de protestations soulevée par cette révélation pour le moins surprenante, elle est revenue à la charge, le 21 décembre, pour détailler, jusqu’à hauteur de 254 milliards, les montants recouvrés et les personnes physiques et morales sur lesquelles ils ont été perçus. De vives controverses s’en sont suivies. Birahim SECK de Transparency International, une voix autorisée, a contesté les chiffres avec force détails. Abdoulaye Baldé, décrit comme ayant transigé, a démenti. Aïda Ndiongue, apparue dans la liste de l’ancien Premier ministre comme ayant payé 47 milliards, a contesté.

Le 24 décembre, dans un communiqué insistant, Aminata Touré a persisté et signé, je la cite: « La reddition des comptes a même rapporté plus de 200 milliards à l’Etat du Sénégal car le décompte ne prend pas en compte les amendes individuelles de 138 milliards 239 millions chacun de Karim Wade, Bibo Bourgi, Mamadou Pouye et leurs sept autres complices qui sont des avoirs dus à l’Etat du Sénégal. »

Ces propos, d’une limpidité qui se passe de tout commentaire, soulèvent une question d’une importante capitale: où est passé tout cet argent censé avoir été recouvré ? De toute évidence, pas par le budget de l’Etat. De mémoire d’observateur, nulle loi de finances rectificative n’a été votée pour affecter ces importantes ressources. Les interrogations soulevées par les déclarations de Mme Touré n’en sont que plus légitimes. Et interpellent avec force les institutions de ce pays.




Il n’existe aucun pays démocratique au monde où des propos aussi précis puissent être tenus par une personnalité de ce rang sur un enjeu aussi important sans que, illico presto, la justice ouvre une information judiciaire et que l’Assemblée nationale constitue une commission d’enquête parlementaire.

Le procureur de Dakar, qui avait été si prompt à poursuivre le maire de Dakar pour 1,8 milliard de francs CFA, et l’Assemblée nationale, qui s’était empressée de lever l’immunité parlementaire de Khalifa Sall, doivent faire preuve d’une plus grande diligence pour élucider le sort de plus de… 200 milliards de nos francs.

Dans un pays comme la France, il a suffi d’un article étayé du Canard Enchaîné pour que le Parquet national financier ouvrît contre François Fillon une information judiciaire qui a évité à l’opinion de se tromper sur le candidat de la droite à la dernière présidentielle française.

« La gouvernance sobre et vertueuse repose sur la reddition des comptes », a martelé jusqu’à la saturation le régime de Macky Sall. Voici une belle opportunité pour traduire ce slogan en actes. Toute la lumière doit être faite sur cette somme faramineuse déclarée recouvrée par une voix autorisée et qui aurait pu suffire à régler tous les problèmes d’un secteur aussi sinistré que notre Education nationale.

Cheikh Yérim Seck, cyseck@yerimpost.com

 

 

 

AIBD: Grève honteuse et antipatriotique !

YERIMPOST.COM A peine le bruit des fanfares de l’inauguration de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) s’estompait que des travailleurs dudit établissement déclenchaient une grève. Ce mouvement d’humeur eut un retentissement à la mesure de l’écho mondial suscité par l’ouverture de cette infrastructure de dernière génération.

Alors que le Sénégal s’enorgueillissait de l’une de ses plus belles réalisations depuis l’indépendance, sous les yeux d’une Afrique admiratrice, des syndicalistes, sous le couvert d’un communiqué laconique fustigeant de « mauvaises conditions de travail », ont décidé de gâcher la fête et de foutre la honte à notre pays. Tous les médias internationaux, qui avaient couvert l’inauguration de l’un des plus beaux joyaux de l’Afrique indépendante, ont dû relayer la paralysie ô combien prématurée de l’aéroport.

Qui a bien pu orchestrer ce sabotage ? Qui a bien pu, dans un tel contexte, « verser la figure du Sénégal par terre », comme on dirait en Côte d’Ivoire ? Quelle revendication n’a pas pu attendre, respecter un délai de décence, laisser s’éteindre les projecteurs braqués sur le pays, pour s’exprimer ? N’y avait-il que la grève pour régler le problème soulevé ?

Aucun esprit sensé ne peut croire que l’Etat du Sénégal, qui venait d’inaugurer l’Aibd à grande pompe, n’allait pas s’empresser de corriger toute fausse note si les travailleurs la lui signalaient. Et puis, quelle infrastructure de la dimension de l’Aibd peut être mise en route sans qu’il y ait quelques couacs de départ ? Tous les débuts, on le sait, sont difficiles.

Si les aiguilleurs du ciel et autres grognards de l’aéroport ont cherché du buzz, ils en ont créé de très négatif au détriment de leur outil de travail. S’ils ont voulu exercer une liberté syndicale, ils l’ont fait de la pire des manières, en foulant au pied l’ordre public et la crédibilité du Sénégal. Des avions ont été cloués au sol et d’autres empêchés d’atterrir, des passagers ont été jetés dans l’errance et le désespoir, le pays a été coupé du reste du monde durant des jours…

Pareil désordre pique à l’orgueil tous ceux pour qui le Sénégal a un sens. L’image de ce pays, faut-il le rappeler, est au-dessus de toutes les coteries et de tous les corporatismes. Cette grève est une honte, une action antipatriotique, un gâchis monumental…




Cheikh Yérim Seck

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