Blog de Cheikh Yerim Seck

Category archive

EDITOS

Messieurs dames du Forum Civil, ne faîtes pas ce que vous fustigez tous les jours !!!

YERIMPOST.COM Par l’intéressant facteur personnel de Mouhamadou Mbodj, intellectuel raffiné au bagout certain, le Forum Civil s’est imposé dans la société civile sénégalaise, à la faveur des années 2000, comme une sentinelle de la transparence et de la bonne gouvernance.

Mbodj n’est plus… Ses successeurs s’entre-déchirent aujourd’hui pour hériter de cette antenne sénégalaise de Transparency International. Deux tendances s’en disputent le leaderhip: une dirigée par le très acerbe et ultra-médiatisé Birahim Seck, et une autre incarnée par l’avocat Me Moussa Félix Sow, qui défendit l’Etat du Sénégal dans nombre de dossiers sensibles, réputé donc plus commode.

Dans cette guerre de tranchées, le Forum Civil offre le visage d’une lutte triviale pour le pouvoir, d’une vulgaire guerre pour des privilèges, avec ses coups tordus, ses croche-pieds dans les médias, ses communiqués et contre-communiqués à tous égards ressemblants à ceux des politiciens ordinaires…




Dernier coup d’éclat en date, ce communiqué du 13 septembre de la section thiessoise de l’organisation qui se démarque de l’AG d’une des tendances prévue à… Thiès.

Le pire, c’est qu’il n’échappe pas à aucun observateur averti que le Forum Civil est déchiré par les calculs de ses responsables à la veille de l’échéance électorale cruciale de février 2019. Il est traversé par les micmacs politiciens et autres complots pour lesquels il étripe les quidams politiques à longueur d’année.

Comme tout le monde, ces messieurs et dames passés maîtres dans l’art de donner des leçons de probité et de désintéressement se battent pour des postes auxquels sont attachés des privilèges. Diriger le Forum civil c’est, entre autres retombées, être membre es-qualité du Conseil économique, social et environnemental avec les juteux avantages y attachés. C’est aussi une position privilégiée pour bénéficier des prébendes issues de ce que l’économiste Amady Aly Dieng appelait « le voyagisme missionniste », « la séminarite aiguë » et « le per-diemisme ».

Le militantisme rétribué est certes aussi partagé que le bon sens. Le Forum Civil ne doit pas pour autant nous donner à voir les maux qu’il fustige à longueur de colonnes et d’ondes des médias. Cette force symbolique de la démocratie sénégalaise doit se ressaisir et retrouver une exemplarité à la hauteur de son positionnement sur la scène publique.




Cheikh Yérim Seck

Brouille avec Abdoulaye Wade: Pourquoi Madické Niang n’a pas tort…

YERIMPOST.COM Tout est déjà dans la forme de l’échange épistolaire entre les deux hommes. Le ton d’Abdoulaye Wade est dur, accusatoire, à la limite extrémiste. Celui de Madické Niang est calme, modéré, à la limite excessivement conciliant.




Abdoulaye Wade reproche en somme à Madické Niang d’être l’instigateur de cette lettre signée de plusieurs cadres libéraux qui réclame pour le Parti démocratique sénégalais (Pds) une candidature alternative à celle de Karim Wade aujourd’hui juridiquement compromise.

Madické Niang lui rétorque qu’il n’a besoin de se cacher derrière personne pour lui tenir pareil langage. Pour preuve, il lui a adressé, le 3 septembre 2018, une « lettre confidentielle » dans laquelle il lui indique cette autre voie à suivre pour que la grande famille politique du Pds ne soit pas exclue du rendez-vous majeur de février 2019.

Qui, d’ailleurs, a plus de légitimité que lui pour soumettre pareille proposition à Abdoulaye Wade ? Avocat, avocat de Karim Wade dans l’affaire qui lui a valu sa condamnation, Madické Niang connaît les obstacles juridiques qui s’opposent à la candidature de son client. Interlocuteur du pouvoir au cours des pourparlers qui ont précédé la grâce accordée à Wade-fils, il maîtrise mieux que quiconque les engagements pris par ce dernier auprès de Macky Sall, sous le parrainage du Qatar, pour pouvoir humer l’air de la liberté…

Et puis, au nom de quel principe, au Pds, une organisation constituée d’adultes, ne peut-on pas poser le débat d’un plan B vu que le plan A, censé porter les couleurs du parti, n’est même pas inscrit sur les listes électorales ? Lorsque Abdoulaye Wade, dans le confort de son palace de Dubaï, proclame dans son courrier que le Pds va imposer à Macky Sall la candidature de Karim Wade, peut-il être crédible ? Depuis 2012, quel rapport de force victorieux a pu imposer l’ex-parti au pouvoir au régime actuel ?

Madické Niang n’est ni fourbe ni lâche. Sa démarche, couchée sur une lettre confidentielle adressée à Wade, procède d’un principe de réalité. Le président du groupe parlementaire du Pds à l’Assemblée nationale est dans son rôle. Son geste traduit du courage et non de la trahison. C’est un fidèle absolu. Au cours de la dernière fête de Tabaski, nombre de chefs religieux et de responsables du parti ayant reçu des béliers ne savent pas que c’est Madické qui les a achetés de sa poche pour les donner au nom d’Abdoulaye Wade. Ce geste est une pure preuve de fidélité.




Dans une organisation d’adultes doués de bon sens, on ne file pas droit dans le mur motus et bouche cousue. Le débat sur un plan B du Pds ne peut être empêché. Madické Niang l’a posé dans une forme respectueuse de la qualité de ses rapports avec Wade. Il n’a pas tort, même si ce dernier monte sur ces grands chevaux jusqu’à atteindre le sommet de la terre…

Cheikh Yérim Seck

Doit-on chercher à nuire à Macky Sall par tous les moyens ?

YERIMPOST.COM Au cours de la journée d’hier, 2 septembre 2018, j’ai vécu dans ma chair des méthodes d’une rare brutalité. Alors que je me trouve à l’étranger, nombre de mes connaissances au Sénégal et dans le monde m’ont appelé au sujet d’un audio partagé à travers Whatsapp et les réseaux sociaux. Sans doute pour le colorer et en augmenter le buzz, cet élément sonore a été présenté comme étant mon oeuvre.




Son contenu est aussi grotesque que dangereux. Celui qui y parle, et qui imite ostensiblement ma voix, « révèle » que toute l’eau utilisée par les Sénégalais, y compris pour boire, se laver et faire leurs ablutions rituelles, est le fruit du recyclage des liquides et solides des fosses sceptiques.

Sabotage ne peut être plus pernicieux dans un pays si massivement musulman ! L’audio, au vu des réactions que j’ai reçues, en a traumatisé plus d’un. Les auteurs de la machination en ont profité pour invectiver le président de la République, orchestrateur de ce « crime » écologique, en des termes discourtois et brutaux.

Je comprends bien que nous sommes dans un contexte pré-électoral propice à toutes les intrigues. Je conçois même qu’on puisse orchestrer des manoeuvres peu orthodoxes pour brouiller l’image d’un adversaire politique.

Nul ne saurait toutefois accepter que l’on use de méthodes si pernicieuses quelle que soit la volonté d’éjecter Macky Sall du fauteuil présidentiel. La manoeuvre d’hier autour de l’eau, une ressource stratégique source de guerres dans de nombreuses parties du monde, est tout simplement une atteinte à la sûreté de l’Etat. Heureusement que la prompte réaction du ministre concerné a calmé les esprits.

Pour autant, doit-on chercher par tous les moyens à nuire à Macky Sall ? La réponse est évidemment non. Les adversaires du président de la République gagneraient à cesser les campagnes de mensonge et de dénigrement. Tout ce qui est faux est grossier et inefficace. « Tout ce qui est excessif est insignifiant », dixit Charles-Maurice de Talleyrand.




Cheikh Yérim Seck

M. le président de la République, limogez le directeur général des élections pour « faute lourde »

YERIMPOST.COM M. le président de la République, le document publié par la direction générale des élections, à l’issue de la réunion du 27 août, est ainsi intitulé: « Liste des coordinateurs ayant retirés les supports de parrainage ». La manière d’orthographier le mot « retirés » est indigne des mentions « République du Sénégal » et « Un peuple-Un but-Une foi » (notre devise nationale) qui titrent le document.

Pour l’exemple, et par égard à cette image majestueuse qui doit auréoler l’Etat et la République, je vous demande de limoger le directeur général des élections et de nommer à sa place une personnalité qui ne va plus « verser la figure du Sénégal par terre », pour reprendre le jargon ivoirien.

On ne le dira jamais assez, tout pouvoir repose sur la prestance, le prestige, le mythe… Les serviteurs de l’Etat à un certain niveau n’ont pas droit à l’erreur. Cette erreur du directeur général des élections est une faute, une faute lourde, au regard de tous les moyens mis à sa disposition, à commencer par un prolixe chargé de communication.

Au-delà de lui, M. le président de la République, vous donnerez le signal, à travers son limogeage, que les documents de l’Etat du Sénégal doivent être définitivement expurgés de fautes d’orthographe, de grammaire, de syntaxe…




Cheikh Yérim Seck

Ousmane Tanor Dieng parle, reparle et s’enfonce

YERIMPOST.COM « Le silence est le refuge des faibles et la grandeur des puissants. » Longtemps apparu à l’opinion sous un manteau d’homme d’Etat, Ousmane Tanor Dieng semble commencer à oublier cette leçon de conduite du général Charles De Gaulle. Le président du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct) parle beaucoup, trop, beaucoup trop ces derniers temps… Celui qui passait il n’y a guère longtemps pour une énigme du fait de son aptitude au silence et de son impassibilité face aux événements est entrain de devenir l’un des perroquets de la très bavarde arène politique sénégalaise.




Multipliant interviews, coups de sang et phrases assassines, le secrétaire général du Parti socialiste (PS) cumule erreurs de com, bourdes et aveux.

Interrogé sur sa succession à la tête du PS, il a répondu: « Il est temps de laisser la place à la jeune génération. Mais je n’ai pas de candidat, parce que je n’ai pas le droit d’en avoir. » Mais non sans préciser qu’il va quand même briguer sa propre succession à la tête du parti à la fin de son mandat en cours. Allez-y y comprendre quelque chose ! Mais Ousmane Tanor Dieng n’en est pas à son coup d’essai. A la vaille de la présidentielle de 2012, n’avait-il pas confié à Jeune Afrique qu’il allait céder sa place en cas d’échec ? Après sa cuisante défaite, ne s’est-il pas agrippé à l’appareil pour pouvoir continuer à exister ?

A propos de sa responsabilité dans ce qui arrive à son camarade socialiste Khalifa Ababacar Sall, Ousmane Tanor Dieng a fait dans la dénégation: « Le Ps et moi n’y sommes pour rien. C’est une affaire banale de gestion. Il faudrait laisser la justice la régler ».

La réponse porte en elle-même l’indication sinon du rôle du moins de la « neutralité active » de « Tanor » dans l’affaire Khalifa Sall. D’autant que le patron du PS a exclu du parti le maire de Dakar à la veille de son procès pour le couper de toute base populaire et le livrer pieds et mains liés à l’infernale machine judiciaire.

Ousmane Tanor Dieng s’est débarrassé d’un rival gênant pour le contrôle du PS. Il s’est taillé une institution comme le Hcct pour assouvir sa vengeance contre son poulain qui trônait sur la très stratégique mairie de Dakar. Il triomphe sur les plateaux des médias alors que Khalifa Sall est entre les quatre murs de sa cellule…

Il doit se ressaisir pour faire honneur à cette place qu’il avait réussi à conquérir dans l’imaginaire des Sénégalais. Plus il parle, plus il se découvre. Plus il se découvre, plus il apparaît aux yeux de tous comme un monstre froid prêt à tuer pour son positionnement personnel. Ce diplomate de formation, sans doute l’un des plus diserts de sa profession, gagnerait à méditer cette pensée de Victor-Lévy Beaulieu: « Ne parle pas. C’est par la parole qu’on devient indigne de tout. »




Cheikh Yérim Seck

Le juge, les latinos et le ministre

YERIMPOST.COM «L’intérêt des faibles, c’est la justice», disait Jaurès. Dans les républiques où les juges ont une haute idée de leur fonction, cela est loin d’être une simple vue de l’esprit ; la justice est une vraie cuirasse pour les personnes en situation difficile.

Une émigrée salvadorienne et sa fille ont pu à suffisance vérifier la pertinence de cette phrase laconique. Un juge fédéral américain Emmet G. Sullivan a haussé le ton quand il a appris qu’une pauvre latino et sa fille avaient été expulsées avant que la justice ait statué définitivement sur leur demande d’asile. Le magistrat, qui a jugé cela «inacceptable», a ordonné à l’avion de faire demi-tour et a même menacé Jeff Sessions, le ministre de la Justice de Donald Trump, de le poursuivre pour outrage à magistrat ! Chapeau bas.
Vu d’ici, cela fait rêver ! Notre vieux poste radio ne peut capter cette lointaine chaine étrangère qui diffuse dans une langue que nous ne baragouinons même pas. C’est l’Amérique, terre des libertés ! Comme si la dictature était l’apanage de peuples ou de continents ! Comme si les chambres à gaz n’ont existé qu’au camp Boiro ! Et que Ceausescu, Pol-Pot et Pinochet n’ont été que les bourreaux de pauvres Africains de quelque république bananière au sud du Sahara !



Ce juge n’a point eu besoin d’être Robert Badinter pour montrer sa « témérité » devant l’Exécutif. A un magistrat, on demande de dire le droit au nom du peuple, comme on exige du soldat qu’il se batte pour défendre sa patrie. Si on l’empêche de faire son job ? Il « brise son épée »!
Ce juge étasunien menaçant « son propre ministre de la Justice » de poursuites, alors que l’affaire en question n’implique pas les intérêts d’un citoyen américain, je me demande ce qu’il aurait fait face à un ministre (ou beau-frère ?) d’une Association de Pilleurs de la République qui n’est même pas capable t’étancher la soif de son peuple, s’il accusait des juges communautaires d’avoir sorti une décision suspecte ! Emmet G. Sullivan aurait certainement collé tout ministre de l’Education qui se serait permis de « déchirer » un arrêt de la Cour Suprême. Le juge l’aurait condamné à lire cent fois L’esprit des lois.
Ce magistrat n’aurait pas baissé le froc devant un « petit ministre » qui aurait le toupet non d’égratigner un juge mais de cogner violemment sur la figure d’honorables magistrats de la cour des comptes en les qualifiant de « petits magistrats de rien du tout » !
Il n’y a pas de justice indépendante dans l’absolu. Il n’y a que des hommes jouissant de leur liberté qui, même dans un système fermé où la hiérarchie est pesante et contraignante, savent dire non à une injonction « manifestement illégale », d’où qu’elle puisse venir, et passer outre ! Un juge qui imiterait Yao Ndré apporterait à son pays une très vilaine flétrissure que les papys raconteraient à leurs petits-fils des décennies et des décennies après.

Mais on ne demande pas non plus à un magistrat de ressusciter le sosie de Kéba Mbaye. Ce dernier n’a pas voulu être un héros, il a juste fait son boulot. On demande à un juge d’en avoir assez dans son froc pour ne pas devenir un tailleur des lois ordinaires ou constitutionnelles qui deviendraient modulables selon les désirs et desiderata de l’Exécutif ; il pourra ainsi éclairer la lanterne du justiciable pour lui permettre de suivre le fil d’Ariane dans le labyrinthe des avis et décisions de justice ! Qu’il ne rabâche pas sempiternellement aux citoyens en détresse, dont il est le dernier rempart, que dire le droit n’est pas son rayon, comme un médecin qui se déclarerait incompétent pour toutes les pathologies dont souffriraient ses patients ! Il se doit de rassasier ceux qui ont faim et soif de justice.
Les juges ont fait leur droit, ils sont bien formés ; ils n’ignorent nullement ce qui se fait ici et ailleurs ! Un gros baobab sur la route comme un gros caillot qui obstrue les veines de la République et qui menace de l’étouffer…

Il arrive un moment, le juge osera faire son travail. Malgré les consultations à domicile et les dossiers sous le coude du prince, malgré les demandes incessantes de coups d’accélérateur ou de rétropédalage sur les dossiers sensibles, malgré les menaces d’affectation dans des zones déshéritées et de mises au frigo, malgré les prolongations et les augmentations de crédits alloués aux institutions.
Un proverbe bien de chez nous dit explicitement : « Une hyène qui suit un gaillard qui marche dans la nuit ne montre pas qu’elle a du cran ; c’est le bonhomme qui n’a pas l’allure fringante ! »




Moustapha Diop
mrgediop@gmail.com

La politique: une affaire de gladiateurs ou de gentlemen ?

Qui dit politique parle d’une âpre compétition pour la conquête et la conservation du pouvoir, donc de rivalité et de concurrence entre challengers qui se battent pour prendre et diriger l’Etat qui, qui plus est, est ce « MONSTRE FROID » dont parlait le philosophe Nietzsche, qui peut devenir plus dangereux qu’un camion lourdement chargé et dont on aurait scié les freins. Avouons que tout ceci ne milite pas pour un amusement tranquille d’enfants de chœur qui s’égaient dans une cour de récré.
« Deux coqs vivaient en paix ; une poule survint. Et voilà la guerre allumée. » Ces mots dans une des fables de Jean de la Fontaine résument bien la situation de conflit. Mais cela ferait-il de la politique une guerre sans merci au cours de laquelle on aurait le droit d’user et d’abuser d’armes (non conventionnelles parfois) pour détruire ses adversaires ?



Quand on écoute les thèses que certains intellectuels avancent pour expliquer certaines dérives de l’Exécutif, qui semblent corroborer cette vue chère au théoricien marxiste Antonio Gramcsi, on est tenté de les croire. Tout l’art de la politique consisterait à donner des coups de Jarnac à tout-va comme Djimbori sait si bien le faire. La politique, pour user d’une image culinaire locale, serait une sorte de couscous très sec que l’on doit faire manger à ses adversaires aux confins d’une région aride : les malheureux auraient très mal au gosier, ils risqueraient d’avaler de travers une portion de leur repas infect et ils auraient de terribles indigestions ! Mais que voulez-vous ? La politique, c’est la guerre ! Il est vrai que l’arène de la guerre, qui aurait ses « douceurs », peut exercer sur les hommes tant d’attraits.
Encore que la guerre a ses normes. Les Samouraïs, raconte-t-on, se refusaient à achever un adversaire désarmé !
Personnellement, je pense comme Fénelon, sans être un pacifiste dans l’absolu, que « la guerre est le plus grand des maux dont les dieux affligent les hommes. »
Entre « l’argument de la force et la force de l’argument », comme disait l’autre, chacun pourra choisir son camp !
Dans la conquête comme dans l’exercice du pouvoir, mais beaucoup plus dans le second cas, il y a ceux qui pensent à la postérité et ceux qui spéculent sur leur prospérité. Certains gouvernants essaient d’apporter sécurité et bien-être aux leurs. Même un enfant qui ferait cours dans un abri provisoire ! Ils ne cessent alors de méditer leur départ, quand ils tourneront le dos au pouvoir. Seuls. Quand les historiens feront les comptes et mécomptes !
Mais il y a aussi les hommes qui n’ont ni appris des erreurs des autres ni corrigé leurs propres lacunes, dont les regards ne portent pas au-delà de leur bedaine, qui trépignent déjà à l’idée d’assouvir une vengeance crypto-personnelle avec cette force hors norme qui est entre leurs mains.
Au Libéria, Samuel Doe, atrabilaire et sanguinaire chef de la junte militaire, a été « charcuté » par son ennemi juré, Prince Johnson ; rigolant, une bouteille de Whisky en mains, un joint de cannabis entre les lèvres… Comme les hurlements démentiels du malheureux l’importunaient, il lui sectionna la langue !
Le brillant juriste Diallo Telli, premier secrétaire général de l’OUA, mourut d’inanition au Camp Boiro. Sékou Touré se méfiait de ce cadre adulé. Accusé d’être la tête de file du fameux « complot peul », il fut expédié ad pâtre !
On peut retrouver à foison nombre de curiosités morbides comme celles-là, elles ont légion partout où la dictature a régné.
Chez nous, les choses sont aussi allées très loin entre les présidents Mamadou Dia et Senghor. Sauf qu’on n’en est pas heureusement arrivé aux monstruosités rappelées plus haut !
Dans les démocraties, quel que puissent être l’âpreté des contradictions, on évite certaines dérives. Entre les excès qu’on retrouve dans certaines dictatures et la main parfois très lourde de Senghor, je préfère les procédés plus avenants entre Giscard et Mitterrand ou plus récent entre Wade et Diouf. L’image de l’ancien président français Nicolas Sarkozy à côté de son tombeur François Hollande pour fêter les harkis, ou celle où l’on voit Bill Clinton et Barack Obama inaugurer ensemble le musée des civilisations noires, commencé par Bush, fut très belle.
Ne pas faire de cadeaux à ses opposants est de bonne guerre, mais se laisser aller à certaines extrémités peut se révéler très improductif. Dans les républiques où les règles sont bien définies, la démocratie polit les mœurs. La cruauté comme la rudesse du jeu politique peut être tempérée par la cuisson vapeur du couscous, ou par de l’eau tiède qu’on verserait sur la semoule. Cela rendrait la pilule, autant pour moi, le couscous, plus facile à avaler et à digérer.



Sinon gare au retour de manivelle. La roue de l’histoire tourne !
Quand Samuel Doe subissait sa descente aux enfers, il a dû voir le spectre du président William Tolbert en caleçon avec ses ministres, exécutés sans autre forme de procès ce fameux 12 Avril 1980 !
Serigne Sam Mbaye, dans l’une de ses prêches, avait lancé cette formule terrifiante de rappel à l’ordre : « Celui qui ne songe jamais aux trois premiers jours qu’il passerait au fond de sa tombe, peut bien faire ce qu’il veut alors qu’il est encore en vie. » Mais on me dira que les hommes politiques n’émargent pas à ce registre !
Je leur rappellerai l’image d’un président déchu qui s’en va alors que son ennemi assuré s’installe. On n’a pas besoin de leur rappeler comment périt celui qui règne par l’épée. Georges Danton, ministre de la Justice et membre du conseil exécutif provisoire mis en place après la chute de la monarchie en France, faisait preuve d’une violence inouïe à l’égard de ses malheureux adversaires. Mais son courage émerveilla tout le monde lors de son exécution. Quand le tribunal monstrueux qu’il avait contribué à créer se retourna contre lui, il resta stoïque et admirable, frisant même la provocation. Au bourreau qui allait lui couper la tête, il dira sans ciller : « N’oublie pas surtout, n’oublie pas de montrer ma tête au peuple : elle est bonne à voir. »
La bonne nouvelle venue de Côte d’Ivoire est tombée : le président Alassane Ouattara a amnistié Mme Simone Gbagbo ! Allez-y savoir si c’est pour apaiser le pays ? De l’élégance ou de la grandeur ?
Parfois, c’est une simple question d’artifice et de finasserie pour éviter demain d’être dans l’impossibilité d’assister aux funérailles d’un proche ! Suivez mon regard.


PROPOS DE MERCREDI: Faux-jouer avec le feu

Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un Homme, mon fils. »
Le premier chef de l’Etat du Sénégal, le président Dia, a placé ces vers de l’écrivain anglais Kipling en exergue d’un de ses ouvrages. Cette leçon de foi, de caractère et d’humilité fut une de ses références essentielles. Elle lui a peut-être inspiré, un certain 17 décembre 1962, la posture dont le Sénégal lui sera éternellement redevable. Victime d’une conspiration politique, il préfère perdre le pouvoir et aller en prison, au lieu d’activer la Garde républicaine qui lui restait fidèle. Il s’expliquera le jour de son procès : « je ne voulais pas faire couler le sang sénégalais juste pour garder le pouvoir ».



Son avocat d’alors, le président Wade, a adopté une posture similaire au lendemain des élections violentes de 1988 : « je ne veux pas prendre le pouvoir en marchant sur des cadavres ». Je fais partie des jeunes radicaux de l’époque qui peuvent témoigner de l’engagement ferme de Dia et Wade à bannir toute violence et à inscrire la lutte de l’opposition dans le cadre des méthodes démocratiques. Au nom de ce principe, le président Wade a accepté d’attendre 12 ans avant d’entrer en possession d’un mandat que les Sénégalais ont voulu lui accorder dès 1988.
Cette posture républicaine de nos hauts dirigeants a construit le Sénégal comme un îlot de paix et de stabilité dans un océan ouest-africain en furie. Nous en sommes orphelins aujourd’hui. Et beaucoup ont peur pour nous, à cause du sans-gêne et de la psychorigidité qui dominent au sommet de l’Etat.
A sept mois de la présidentielle, la violence démesurée et l’impunité des forces de sécurité, la déchéance spectaculaire des magistrats, les changements unilatéraux et injustes des normes du processus électoral, … jalonnent un projet de confiscation sanglante du pouvoir qui s’affiche crûment.
Une idée fixe a conquis les esprits marron : « ce serait une humiliation pour un président de n’exercer qu’un seul mandat ». Un tel déshonneur justifie tous les coups tordus contre la souveraineté du peuple et sa liberté de choisir ses dirigeants. Et rend urgent de « montrer aux opposants à qui ils ont affaire ». On en frissonne !
Devant ce péril imminent, les démocrates s’armeront sûrement des leçons des présidents Dia et Wade en refusant l’initiative de la violence. Mais elles seront certainement débordées par des forces rétrogrades si elles oublient que sans la résistance farouche à l’oppression, l’humanité serait retournée depuis longtemps à l’âge de la pierre taillée.
Une vieille sagesse sénégalaise avertit tout responsable : « à l’heure du bilan, ceux qui avaient alerté à haute voix sont meilleurs que ceux qui avaient tout prévu» ; et « la parole pleure quand elle est prononcée trop tôt ou trop tard ».



08/08/2018
Mamadou Bamba NDIAYE
Ancien député
Secrétaire général du Mps/Selal

Cheikh Bamba Dièye, allez-y jouer aux aristocrates chez les roturiers !

YERIMPOST.COM Cheikh Bamba Dièye a donné un véritable coup de pied dans la fourmilière. Il était grand temps s’il n’est pas déjà trop tard ! Thomas Jefferson a raison : « Une petite rébellion de temps en temps, c’est comme un orage qui purifie l’atmosphère. » On commençait à se lasser de ce silence qui est si mortel dans une démocratie.

Un ami me racontait l’histoire d’un couple qui vivait dans une maison mitoyenne à la sienne. Le mari, qui avait coutume de lever le coude, devenait agressif, voire tyrannique. La bonne dame supportait alors coups, injures et invectives sans broncher. Mais arrivait toujours la riposte à la mesure de l’outrage. C’était sur un ton ferme et coléreux ! Elle avait bien raison. « Se révolter contre la tyrannie, c’est obéir à Dieu », comme disait l’autre.

On demande à Cheikh Bamba Dièye d’être un agneau, un charmant chérubin avec des loups qui font preuve d’une telle trivialité que tous les citoyens soucieux de la quiétude de ce pays ont du mal à contenir leur courroux en les écoutant parler comme des nantis jouissant de leur droit de propriété avec un bien dont ils viennent de faire l’acquisition. Nichés dans une légalité sournoise, ils ne se donnent aucune limite pour s’attaquer ouvertement aux juges de la CEDEAO, s’ils ne dilapident pas nos 28 milliards sans ciller !

Allez donc demander à un pauvre homme au visage tuméfié, à qui des colosses imbus d’eux-mêmes donnent des coups bas, sans que l’arbitre ne daigne lever le petit doigt, de continuer à encaisser des coups et à geindre !

Dans une lettre célèbre qu’Abraham Lincoln aurait adressée au professeur de son fils, le 16e président des USA suggérait à l’enseignant d’apprendre à l’enfant « à être doux avec les doux, et dur avec les durs. »

Quand toutes les institutions d’une République sont aux ordres, assujetties au bon vouloir du Prince, quand une bonne partie de la presse privée du pays caresse les autorités dans le sens du poil, quand les régulateurs sociaux sont aphones, quand le citoyen n’a plus que sa voix, celle-ci devient forcément gutturale !

Il a fallu à un proche du président Macron de lever son petit doigt sur un citoyen pour que la Justice et l’Assemblée réagissent. Ici, on a tiré et tué, avec une arme achetée avec l’impôt des citoyens, un étudiant sans que rien n’ait été fait !

Que personne ne vienne nous demander de ne pas exprimer notre courroux : nous avons soif d’eau… et de Libertés ! Les nôtres, bien que constitutionnelles, ont été dûment confisquées. Désormais, ce sont des fonctionnaires qui ont le droit de nous dire quand et comment en jouir !

Moustapha Diop




Cheikh Bamba Dièye, on ne vous reconnaît plus !

YERIMPOST.COM A vue d’oeil, le leader du FSD/BJ mute d’un dirigeant politique sage et pondéré à un trublion amer et excessif. Sa récente sortie contre Macky Sall et les magistrats, au cours du meeting du weekend dernier de Khalifa Président, est illustratif de la mue du personnage.

Des quolibets de toutes sortes (association de malfaiteurs, corrompus, bandits…), inhabituels dans son langage d’ordinaire si modéré, sont sortis de sa bouche.

La vie politique est certes violente. Cheikh Bamba Dièye doit l’avoir éprouvé avec sa défenestration du gouvernement et son éjection du siège de maire de Saint-Louis au profit de Mansour Faye. Mais ainsi tourne la roue du pouvoir… Le fils de Cheikh Abdoulaye Dièye, biberonné à la politique, qui a hérité du parti de son père avant de devenir l’un des plus jeunes candidats à une présidentielle du Sénégal indépendant, sait mieux que quiconque que, comme a dit Winston Churchill, il faut élever un chien et non faire la politique pour bénéficier de la loyauté.

Cheikh Bamba Dièye doit donc avoir suffisamment durci le cuir pour ne pas laisser les vicissitudes de la vie politique lui voler son âme. Cette belle pépite de la vie politique sénégalaise, qui a un passé et peut avoir un avenir, doit se ressaisir et revenir au style modéré mais efficace qu’on lui connaît. L’insulte le rend méconnaissable.

Cheikh Bamba Dièye a une capacité d’analyse avérée, un niveau intellectuel au-dessus de la moyenne dans le milieu politique sénégalais, une éloquence remarquable et remarquée… La politique de chez nous a certes besoin d’insulteurs. Mais pas de lui dans ce registre. Il y en a suffisamment qui ne savent faire que ça et qui excellent dans le rôle.

Le style de gouvernance de Macky Sall n’est pas tendre avec ses adversaires politiques. Le locataire du Palais depuis 2012 est un vrai posé mais un faux faible. Il a une main de fer dans un gant de velours. Il a le poignet dur sur ses opposants qui peut les pousser à la révolte. Voire à la faute. Tel est le piège à éviter !

Redevenez vous-même, Cheikh Bamba Dièye. On ne vous reconnaît plus !




Cheikh Yérim Seck

Le parrainage expliqué à ma fille… Dis Pa, c’est quoi le parrainage ?

YERIMPOST.COM A cette question abrupte de ma fille, j’avoue que j’en suis resté longuement bouche bée. Etonné et surpris qu’une fille de six ans s’intéresse à ces questions politiques au lieu de s’extasier en regardant son programme préféré sur une chaîne jeunesse en ces moments de vacances. Je ne savais quoi lui répondre. Je mis quelques minutes avant de balbutier la première chose qui me soit venu à l’esprit.

« Le parrainage ? Ben, il parait que c’est un truc génial ma fille. Il permet de rationaliser les candidatures « fantaisistes » aux différentes élections et in fine les partis politiques qui foisonnent comme des sachets en plastique dans les rues de la ville. C’est vrai que comme tout le monde j’en suis encore resté bouche-bée, mais si l’on en croit aux affirmations des communicants du prince. Tu vois ces messieurs au verbe facile et à la faconde naturelle, costume sur mesure, cravate rouge bien nouée, qui écument les plateaux des télés, la leur comme toutes les autres qui ont fini par tomber dans leur escarcelle. La bouche en cœur, ils nous ont expliqué le projet. Ils ont disserté, discouru, expliqué, demandant à l’opposition de ne pas faire la fine bouche sur cette trouvaille du président qui va apporter une révolution qualitative dans la façon d’organiser des élections dans le pays.

Par exemple, quand ton papa adoré sera convoqué par l’administration pour être dans les bureaux de vote le jour des élections, il n’aura plus, suant comme un ouvrier dans la touffeur moite d’une salle de classe mal éclairée, des dizaines de bulletins de candidats fantoches qu’il passera des heures à installer avant d’accueillir les électeurs.




En outre, les électeurs âgés comme ton papi ne perdraient plus de temps pour des gus venus de n’importe où, racontant n’importe quoi, qui ne savent même pas voter. Des candidats qui, le temps d’une campagne, trouvent subitement des dizaines de millions pour payer leur caution et financer leur campagne, alors qu’ils n’en avaient guère pour payer leur loyer et étaient sous la menace d’une assignation en expulsion.

Le machin, c’est comment encore ? Le parrainage ! C’est pour économiser beaucoup d’argent qui servira à payer les avancements et autres reclassements des enseignants. Tu vois, ton papa est toujours en débrayage. Il s’en est même fallu de très peu pour qu’il soit radié pour grèves intempestives ! Lui et ses collègues ne sont pas contents parce que l’Etat leur doit des sous, mais les nombreux candidats aux élections font grever inutilement les charges de l’Etat, lui faisant perdre de l’argent. Avec le parrainage, il y aura moins de candidats et plus d’argent pour construire des salles de classe qui vont remplacer les abris provisoires pour tes petits camarades là-bas qui font leurs cours dans des huttes ! »

  • C’est naze. Je ne comprends pas tout ce baratin !

« Ok, ne t’énerve pas ma princesse ! Voyons voir une autre illustration plus didactique. C’est, comme jadis, avant qu’on ne se soit mis en mode appart fermé, quand toute la famille vivait dans la grande concession avec les tantes et les oncles, les cousins et autres membres plus ou moins éloignés de la famille ; chaque matin, quand maman allait au marché, grand-mère prenait une petite calebasse, elle y mettait du riz et triait pour extirper les déchets et autres débris qui donnent des maux de ventre aux enfants pour ne laisser que les bonnes graines de riz toutes blanches et appétissantes, celles que l’on doit manger pour être en bonne santé !

Ou encore un autre exemple. C’est comme quand tu veux être première de ta classe alors que tu es loin d’être la plus douée. Après la composition, patatras ! Tu es classée septième ou huitième. Tu fais le point ! Ben il y a six ou sept personnes qui sont beaucoup trop forts pour toi. Aucun moyen de te classer devant eux. Et tu veux être première pour mériter le prix d’excellence. Que faire ? »

  • Sais pas moi…

« C’est simple. Tu accuses l’un de tes concurrents, la main dans le cœur, d’avoir volé la craie de ton oncle qui, « pur hasard », se trouve être le maître de la classe et dont les décisions sont irrévocables et définitives. Tu demandes à ton petit camarade de montrer qu’il n’est pas un voleur de craie ! Il est condamné et envoyé en exil forcé dans une autre école.

À la récré, tu demandes à un autre rival de te prêter un peu d’argent pour te payer un goûter. Comme toi, il a les poches trouées, il évoque l’impécuniosité générale ; mais tu lui rappelles qu’il peut prélever une petite somme modique sur la Caisse d’Avance qu’il garde par devers lui. Tu n’aurais point d’argent et tu as faim. D’ailleurs, ce serait un secret bien gardé et, dès le lendemain, tu lui rembourserais la somme due. Il te croit. Aussitôt après, tu convoques une réunion pour demander au commissaire aux comptes de vérifier l’argent de la caisse d’avance : « la confiance n’exclut pas le contrôle ! » Le malheureux est condamné et rétrogradé au niveau inférieur. Deux adversaires en moins. Là tu piges. Tu vois comme c’est pratique !

Sauf que tu n’es pas encore première de ta classe ma grande. Mais rassure-toi, ton pater est doué pour te tirer d’embarras. Passons à l’étape suivante avec tes autres rivaux. Elle est déroutante, épatante. Tes adversaires n’y verraient que du feu !




Alors ton oncle (ton maître ?) va exiger de chaque élève de la classe d’aller remplir une fiche, portant noms, adresses, téléphones et signatures des maîtres des classes et écoles qu’il a fréquentées, mais aussi des encadreurs et autres répétiteurs, attestant qu’ils vous ont bien expliqué les leçons sur lesquelles l’évaluation porterait à la prochaine composition pour attester que vous avez le niveau requis. Si un élève ne trouve pas assez de signatures, il est éliminé. S’il en trouve suffisamment, le maître (ton oncle ?) pourra toujours contester l’authenticité des signatures qui seraient douteuses. »

  • Ah ! Je n’y comprends que dalle.

« Ben moi aussi ma fille. Je n’y comprends pas grand-chose mais je chercherai sur Google. Il parait qu’on peut tout y trouver, même de la sauce arachide pour couscous ! »

Moustapha Diop

La destruction du Mali, une menace existentielle pour le Sénégal

YERIMPOST.COM Au cours du débat de l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2010, en Côte d’Ivoire, le candidat Alassane Ouattara avait lancé une prévision passée presque inaperçue. Il avait prédit que, avant 50 ans, nombre d’Etats africains allaient disparaître. Nous sommes en plein là-dedans, pour parler vulgairement.

Après la Somalie, le Soudan du Sud, la Centrafrique, la Guinée Bissau, voici que le spectre touche un Etat où on croyait la démocratie, la stabilité et le développement irréversibles: le Mali.

Dans ce pays sahélien vaste comme cinq fois la France métropolitaine, aussi grand que le Ghana, la Côte d’Ivoire, la Guinée, le Sénégal, le Bénin et le Togo réunis, ce qui s’est passé hier 29 juillet, à l’occasion de ce qui devait être le premier tour de l’élection présidentielle, est le signe de la destruction d’un Etat-multiséculaire qui remonte à l’Empire du Mali.

Bureaux de vote saccagés, attaques armées, assesseurs molestés, matériel électoral brûlé, localités embrasées… Ce pays, dont les parties nord et centre sont occupées par des bandes armées qui y sèment mort et chaos, n’est plus que l’ombre de lui-même. En dépit de la présence massive de forces internationales d’interposition et de maintien de la paix, l’Etat central ne contrôle plus rien ou presque. Il oscille la maladie grave et la mort clinique.

Le Mali est entrain d’être détruit au nez et à la barbe de la communauté internationale.

Si les djihadistes qui y sévissent prennent ce qui reste du pouvoir, le Sénégal partagera la moitié de sa frontière orientale avec une force sans foi ni loi mue par l’obsession d’accéder à l’océan. En clair, d’annexer le territoire sénégalais pour atteindre l’Atlantique.

Si le semblant d’Etat central résiste vaille que vaille sans rien contrôler, nous sommes à la portée des trafics en tous genres menés dans le très étendu no man’s land malien: armes, drogues, ressources naturelles, êtres humains… Etre dans le voisinage immédiat d’un pays où circulent autant d’armes entre les mains de djihadistes et de rebelles pose un sérieux défi sécuritaire au Sénégal. D’autant que, si le Mali tombe totalement, il n’y aura plus de tampon entre la bande sahélienne de tous les dangers et notre pays.

Si, à l’issue de cette élection chaotique, la situation dégénère au point de bouter les Maliens hors du Mali, ils ne partiront pas en Côte d’Ivoire encore incertaine, ni au Niger autant menacé que leur pays, encore moins en Guinée où l’économie et la monnaie ne leur offrent aucune perspective de bien-être. Ils viendront en grande partie au Sénégal. Or, celui-ci ne peut pas accueillir certains flux sans courir le risque de tomber dans une grave crise humanitaire et économique.

Dans tous les cas de figure, le Sénégal tousse lorsque le Mali s’enrhume. Nul doute que nos autorités exercent une vigilance stratégique sur ce pays voisin, ami et frère. Il ne peut pas en être autrement. La destruction du Mali constitue une menace existentielle pour le Sénégal.

Cheikh Yérim Seck




Cette promesse d’Abdoulaye Wade à Hadjibou Soumaré va casser ce qui reste du Pds

YERIMPOST.COM A défaut de susciter la candidature de Cheikh Hadjibou Soumaré, Abdoulaye Wade l’a vivement encouragée. Ou même plus. Il a laissé entendre à celui qu’il nomma Premier ministre qu’il allait l’adouber comme candidat du Parti démocratique sénégalais (Pds), sa formation politique.

Ce gentlemen agreement a été conclu avec la bénédiction d’un chef d’Etat ouest-africain en exercice. Depuis que le très politique Abdoulaye Wade a compris, après moult menaces et tentatives de négociation restées vaines, que la candidature de Karim Wade à la présidentielle allait être déclarée irrecevable, il ne cesse de chercher une alternative. Mais partout, sauf parmi les responsables restés fidèles à son parti.

De la même façon qu’il avait surplombé ces derniers pour adouber son propre fils comme candidat, « la seule constante » du Pds s’est tournée vers un ancien collaborateur resté longtemps, à la tête de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), à l’écart de la vie politique du pays. Ce choix, qui a toutes les allures d’une option du désespoir, traduit le vide sidéral que ressent Wade dans les rangs de ce qui reste de son parti.

A ses yeux, Oumar Sarr, le coordonnateur du Pds, Madické Niang, le président du groupe parlementaire du parti à l’Assemblée nationale, et tutti quanti sont du menu fretin et ne peuvent être élevés à la dignité de candidat à la présidentielle.

Abdoulaye Wade ne s’est pas arrêté là dans l’outrance. Sûrement saisi d’un doute à propos des chances de victoire du très peu populaire Cheikh Hadjibou Soumaré, il a continué à chercher… Et pensé à… Boubacar Camara, un novice en politique quasi-inconnu en dehors du très fermé microcosme dakarois.

Tel un enfant à une distribution de cadeaux dans la fratrie, Abdoulaye Wade veut tout, sauf ce qu’il a. Il peut adouber tous les candidats, sauf ceux qui sont devenus banals à ses yeux à force de rester dans son champ de vision. « La seule constante » tarde à se rendre compte qu’elle l’est moins depuis qu’elle ne peut plus distribuer de privilèges liés à la position de pouvoir. S’il persiste dans cette lubie Cheikh Hadjibou Soumaré, il va casser ce qui reste du Pds.




Cheikh Yérim Seck

Visite de Xi Jinping à Dakar, succès du leadership diplomatique de Macky Sall

YERIMPOST.COM Ce samedi 21 juillet, peu après 15h, l’avion de Xi Jinping a foulé la piste de l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar. Arrivé en compagnie de son épouse, pour une visite d’Etat, le numéro un chinois a été accueilli à sa descente par le couple présidentiel sénégalais.

Notre pays est la première étape d’une tournée africaine qui mènera Xi au Rwanda et à Maurice, l’étape d’Afrique du Sud étant imposée par sa participation au sommet des pays émergents, les Brics. Les Etats choisis pour cette tournée, réputés pour leurs progrès dans la gouvernance politique et économique, reflètent, par l’effet de comparaison, le rayonnement du Sénégal aux yeux de l’hyper-puissance chinoise.

Dakar est en quelque sorte un passage obligé des leaders des plus grandes puissances mondiales, d’Obama à Macron, en passant par Xi et bien d’autres rois et têtes couronnées d’Europe et d’Asie. Macky Sall, dont la présence aux sommets du G8 s’est imposée depuis son arrivée au pouvoir, en mars 2012, a inscrit notre pays au banquet des grandes puissances qui scellent le destin du monde. Et il est l’un des premiers présidents africains que le nouveau locataire de la Maison Blanche, Donald Trump, va recevoir.

Dans ce style qui est le sien, discret mais efficace, et qui tranche d’avec celui tonitruant de son prédécesseur, Abdoulaye Wade, l’actuel numéro un sénégalais a réussi à imposer un leadership diplomatique fort en Afrique et dans le monde. Son humilité et sa courtoisie y sont pour quelque chose, après douze ans au cours desquels le pedigree professoral et le ton donneur de leçons de Wade avaient fini d’agacer nombre de ses pairs d’Afrique et d’ailleurs.

La Chine, convoitée par tous les pays en développement, du fait de la diligence de ses concours financiers, va injecter 1 milliard de dollars dans l’économie sénégalaise. A l’ère contemporaine, la diplomatie, c’est aussi et surtout la conduite des relations internationales dans le souci de sauvegarde des intérêts économiques. Au niveau de la symbolique comme à celui des répercussions concrètes, la visite de Xi Jinping à Dakar est un succès du leadership diplomatique de Macky Sall.




Cheikh Yérim Seck

Modou Diagne Fada rejoint une sphère présidentielle où tous le détestent

YERIMPOST.COM Pépite de la jeunesse politique du Sénégal, porte-étendard de la relève au lendemain de la première alternance, en 2000, Modou Diagne Fada s’est mué en un politicien froid qui pose des actes suivant une seule boussole: ses intérêts propres. La vitesse supersonique à laquelle il a créé une coalition avec Abdoulaye Baldé, au sein de laquelle était censé être désigné un candidat, pour ensuite virevolter en direction de la prairie présidentielle, est sidérante.

Mais Fada, qui a mis à exécution un plan dont la préméditation n’a échappé à personne en dépit des détours, a fait l’un des plus mauvais choix de sa carrière politicienne. Il a basculé dans la sphère présidentielle où tous le détestent. Macky Sall, qui a la rancune tenace et la revanche dure en politique, n’a pas oublié que Modou Diagne Fada, poulain d’Idrissa Seck puis de Karim Wade, fut un moment instrumentalisé contre lui.

Les proches du chef de l’Etat ne font aucun mystère de leur opinion: Fada a rejoint le Macky avec le seul calcul de prendre à leur candidat des fonds de campagne qu’il n’utilisera que pour ses besoins personnels. Le locataire du Palais, allergique à tous les types d’entrepreneurs politiques, martèle urbi et orbi que tous ceux qui viennent à lui pour le rouler dans la farine se prendront à leur propre jeu.

Mahammed Boun Abdallah Dione, conciliant devant l’Eternel, modéré et capable de traiter avec quiconque peut apporter un tant soit peu à son « boss », compose avec tout le monde. A l’exception de quelques-uns dont Modou Diagne Fada. C’est chimique; ce dernier l’insupporte…

Inutile de préciser que les caciques de l’Alliance pour la République (APR, le parti présidentiel), connus pour leur ostracisme et leur réticence à partager la moindre portion du gâteau du pouvoir, tueraient les intrus au banquet du style de Fada s’ils le pouvaient.

Last but not least, le leader de Les Démocrates Réformateurs /Yeesal, publiquement accusé par Abdoulaye Wade d’être la taupe de Macky Sall au sein du PDS, et qui avait été l’instrument de la cassure du groupe parlementaire de cette formation politique, ne peut susciter que méfiance au sein du camp qu’il vient de rejoindre.

En un mot comme en mille, Modou Diagne Fada a rejoint une sphère présidentielle où tous sinon le détestent, du moins se méfient de lui.




Cheikh Yérim Seck

Faut-il croire Pierre Goudiaby Atépa ?




YERIMPOST.COM J’ai récemment rencontré Pierre Goudiaby Atépa dans un avion sur l’axe Paris-Dakar. Nous avons échangé quelques minutes. Et sommes convenus de nous voir pour discuter de sa candidature à la fonction suprême. Il m’a défini son engagement par une formule-choc: « Et si on remplaçait les politiciens qui ont échoué par des gens qui ont fait leurs preuves ailleurs ? » Je dois avouer partager le diagnostic et l’amorce de solution.

Mais, si Pierre Goudiaby Atépa est novice en politique, ce n’est pas un homme neuf. Il est, à sa façon, un dignitaire politique, ayant gravité autour des pouvoirs successifs de Senghor à Wade. Il a toujours été là, profitant même de ses entrées dans les allées du pouvoir pour rafler des marchés hors de toute concurrence. Ce sont ses collègues architectes qui l’ont clamé haut et fort, après que Wade lui a attribué sans appel d’offres le chantier de la Porte du Millénaire.




C’est seulement sous l’ère Macky Sall que l’architecte n’a pas une introduction notoire au Palais. Est-il né de cet éloignement une frustration, source de candidature en guise de revanche ? Je soulève une interrogation légitime mais ne puis y répondre, n’étant pas dans la tête du leader du mouvement  » Ensemble pour une refondation ».

S’il n’a jamais été candidat, Pierre Goudiaby Atépa n’en a pas moins été dans la politique. Ou tout au moins dans les jeux de pouvoir. Son propos sanguin sur la candidature de Karim Wade est dans la logique de l’adversité qui a toujours animé ses rapports avec le rejeton de l’ancien président. Wade-fils, qui a toujours pris ce visiteur régulier du Palais pour « un escroc », ne l’a jamais raté. L’attaque à la mitraillette contre lui de Karim Wade, qui l’a violemment accusé d’avoir cherché à voler l’Etat, à l’occasion d’une réunion autour des tracteurs indiens, résonne encore aux oreilles de quelques habitués du Palais sous Wade.

Comme nombre de politiciens, Atépa traîne son lot d’accusations de commissions occultes et de pratiques nébuleuses. En Afrique, du Tchad à la Guinée Equatoriale, en passant par l’Angola, l’architecte a réalisé des oeuvres dont le Sénégal doit être fier, même si l’opinion sur son travail et sur lui est fort contrastée.

Dans une tirade récente, le frais émoulu candidat a accusé la presse de traiter la politique politicienne au détriment du développement. Il a raison. Mais Pierre Goudiaby lui-même fait-il du développement ? A la tête des cadres casamançais, il est l’objet de critiques récurrentes. Son association est réputée se servir de la Casamance plutôt que de servir les populations de cette région. De là à penser que ces cadres agitent le spectre de la crise casamançaise pour servir leurs intérêts personnels, il y a un pas que nul ne doit franchir sans disposer de preuves  irréfutables d’agissements aussi graves sur une question si sensible.

L’architecte milite pour la protection du littoral contre la prédation foncière. C’est tout à son honneur, même si cet engagement peut être entaché d’un doute. Il est interprété par certains comme visant à protéger l’accès à la mer de sa propriété qui surplombe la corniche de Dakar.

Pierre Goudiaby Atépa est à bien des égards une identité remarquable. Le très politique homme d’affaires, qui a déjà voulu être candidat en 2012 avant de se désister, a réussi dans le privé mais entretient une relation avec la politique qui peut relever de la psychanalyse. Ce businessman prospère et tentaculaire, qui aurait pu se suffire à son activité, est, à sa manière, « un complexé du pouvoir ». Il n’est pas le seul. Il est de ces hommes qui brûlent de l’obsession de se retrouver au sommet de la pyramide de Maslow. Il revient aux Sénégalais d’analyser son offre politique pour y croire ou pas…




Cheikh Yérim Seck

De juriste adulé à tailleur du droit: chronique de la chute d’Ismaïla Madior Fall

YERIMPOST.COM Ismaïla Madior Fall a suivi une trajectoire classique, presque triviale, sous nos cieux. Comme beaucoup avant lui, il s’est positionné dans la masse critique, a dépassé la mêlée d’une tête pour être repéré et récupéré, avant de se muer en thuriféraire sans borne du régime…

Chez le professeur de droit constitutionnel Ismaïla Madior Fall, l’arrivée sous les ors, lambris et dorures du pouvoir a sonné le début d’une décadence intellectuelle aiguë. Pour rester dans les faveurs du Prince, celui qui fut crédité d’une crédibilité dans l’exégèse de nos institutions est aujourd’hui amené à tordre le coup aux normes constitutionnelles et principes généraux du droit dans le but d’auréoler d’un semblant de légalité les coups tordus de Sa Majesté.

C’est consternant de voir ce constitutionnaliste, spécialiste de la norme fondamentale qui fixe les droits essentiels de la personne humaine, tenter une fastidieuse argumentation contre la décision de la Cour de justice de la Cedeao qui établit la détention arbitraire infligée à Khalifa Sall.

C’est une tragédie d’entendre celui qui passait il n’y a guère longtemps comme l’une des consciences juridiques de notre pays défendre les entorses les plus graves à nos lois, de la liberticide Crei à la déconsolidante révision constitutionnelle destinée à écarter certains adversaires de la bataille électorale de février 2019, en passant par le reniement de l’engagement de réduire le mandat présidentiel maquillé en refus du Conseil constitutionnel…

A sa décharge, Ismaïla Madior Fall n’est pas seul dans son cas. Bien des diseurs de vérités sous Abdoulaye Wade ont aujourd’hui le bec cloué par les postes et privilèges distribués par Macky Sall. Le président du Sénégal depuis mars 2012 a un talent fou pour boucher la bouche à ceux qui parlaient un peu trop à son goût. Bien des grandes gueules d’hier grossissent aujourd’hui les rangs de ses « dames de compagnie ».

Mais l’exemple de son ex-conseiller juridique promu garde des sceaux est un cas d’école. Sans doute du fait de la scientificité du droit, l’alchimie d’Ismaïla Madior Fall est on ne peut plus grossière. Sa chute est symptomatique de l’opportunisme et de la vénalité de bien des intellectuels de chez nous. Ce professeur d’université, cible de critiques de plus en plus ouvertes de ses collègues, est tombé du piédestal de juriste de référence pour s’enfoncer dans l’abîme de tailleur sur mesure du droit.




Cheikh Yérim Seck

 

Détention arbitraire! Le péril de la détention! Le danger de l’arbitraire!

YERIMPOST.COM Ce 29 juin 2018, la Cour de justice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a déclaré, dans un arrêt à forte charge historique, que Khalifa Ababacar Sall, maire de Dakar, poursuivi et incarcéré au Sénégal pour malversations dans la gestion de la caisse d’avance de sa commune, a été arbitrairement détenu de la proclamation par le Conseil constitutionnel des résultats des législatives de juillet 2017, qui le donnaient élu, à la levée de son immunité parlementaire.




Du 14 août 2017 au 25 novembre de la même année, un citoyen sénégalais a été privé de sa liberté. Il a été délesté de son droit d’aller et venir, de travailler pour sa mairie, de vivre dans son domicile, de profiter de sa famille, d’être maître de lui-même… Pendant ces plus de trois mois, il est resté, sans fondement légal, confiné entre les quatre murs d’une cellule de la prison de Rebeuss, gelé dans sa volonté et son activité.

Il n’y a pire martyre. La prison est l’une des meilleures inventions pour faire souffrir son pensionnaire dans sa chair et dans son esprit. Roger de Bussy-Rabutin a raison, « on ne se réveille pas un matin en prison qu’on ne soit triste jusqu’à la mort. » (Mémoires, 1693).

Jeter un être humain à juste raison en détention est contesté, a fortiori à tort. Si la détention est un drame, la détention arbitraire est une tragédie.

Or, le régime de Macky Sall en a fait une spécialité. Ses deux opposants les plus coriaces, Karim Wade et Khalifa Sall, ont été frappés de détention arbitraire dûment constatée par des juridictions internationales libres de toute influence, du Groupe de travail international de l’Onu sur les droits humains à la Cour de justice de la Cedeao. Le vernis démocratique sénégalais craquelle pour laisser place à des points rouges sur la carte du monde des violations des droits de l’homme.

C’est une loi immuable de l’Histoire: l’arbitraire favorise l’injustice, l’injustice génère la révolte, la révolte conduit à la guerre, la guerre crée le désordre, le désordre cause la destruction et la mort… L’arbitraire est le début de la chaîne qui mène à la mort. Il est plus périlleux que le péril. Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes l’a écrit: « l’autorité arbitraire n’est jamais plus active et plus dangereuse qu’alors qu’elle devient un instrument de vengeance contre un particulier. » Avant d’ajouter: « Le bien de l’Etat, la tranquillité et la liberté légitime exigent que tout arbitraire soit détruit. »

Et c’est là une cause nationale: les organisations de défense des droits de l’homme et toutes les forces démocratiques de notre pays doivent se dresser. Elles ont la mission historique de freiner le spectre de la détention arbitraire, d’enrayer plus globalement le danger de l’arbitraire.




Cheikh Yérim Seck

 

A l’image du Sénégal, les Lions sont une symphonie inachevée

YERIMPOST.COM Quand on observe le Sénégal, on ne peut pas ne pas être saisi d’une sensation de terrible gâchis. Notre pays est un hub naturel. Situé à une poignée d’heures de l’Europe, il n’est séparé de l’Amérique et de l’Asie que par la frontière naturelle de l’océan. En dépit de ce privilège géographique, nous n’avons toujours pas réussi à positionner ne serait-ce un pavillon national pour desservir les capitales du monde.

L’océan Atlantique borde toute la longueur du pays qui compte parmi les plus beaux sites du moindre. Notre secteur touristique est toutefois entre la maladie grave et la mort clinique.




Nous bénéficions depuis l’indépendance d’une stabilité insolente (zéro coup d’Etat et nulle crise grave) qui ne nous a servi qu’à engranger une aide internationale massive ayant paradoxalement conduit à nous appauvrir chaque année davantage.

Le Sénégal est une démocratie qui fonctionne mais qui n’a jusqu’ici permis, en dépit de deux alternances pacifiques, que de substituer des équipes dirigeantes corrompues et incompétentes à d’autres.

Notre pays a des ressources humaines de qualité aussi bien à l’intérieur que dans la diaspora. Aux postes de décision ont toutefois toujours été placés des politiciens dont le seul mérite est la capacité d’user d’intrigues et de clientélismes pour s’accaparer de sinécures et privilèges.

Tel est le sort, quasi-métaphysique, du Sénégal. Nous avons tous les atouts mais n’en usons aucun pour construire le progrès.

Un peu comme, de l’avis de tous les spécialistes, notre équipe nationale de football avait toutes les cartes en main pour réussir cette Coupe du monde Russie 2018, mais a fini par plonger ses 15 millions de supporters dans la déception et la déprime. C’est ainsi: sur tous les fronts, le Sénégal n’a pas remporté de victoire essentielle depuis 1960. Notre peuple si superstitieux doit oeuvrer à élaguer la guigne qui le plombe.

L’histoire bégaie… A l’image du pays, cette belle génération de Lions a été une symphonie inachevée…




Cheikh Yérim Seck

La vraie signification des mots et actes du grand discret et gros taiseux Baba Diao

YERIMPOST.COM Il faut connaître un tant soit peu le très discret et trop peu accessible Abdoulaye Diao dit Baba pour se risquer à qualifier ses mots et actes à l’occasion de la cérémonie de deuil suite au décès de sa mère. Ce trader mythique, discret jusqu’à la caricature, doit être le Sénégalais le plus avare en parole et en apparition publiques.

En privé, ce diplômé de l’Institut français du pétrole, patron compétent de la prospère entreprise Itoc, est un homme intellectuellement structuré, cultivé, soucieux de la situation du Sénégal… Il n’a toutefois aucune sensibilité politicienne ni la moindre velléité partisane. D’ailleurs, sa position actuelle de trait d’union entre les acteurs politiques, économiques, religieux et coutumiers, ne lui permet de rouler pour aucune coterie.

Le geste qu’il a posé en pleine cérémonie, consistant à intimer l’ordre à Talla Sylla de se lever pour serrer la main à son « grand-frère » Idrissa Seck, avec qui il était en froid, n’a rien de politique. C’est un acte social d’un Sénégalais pur jus qui réconcilie ses deux cadets brouillés qui se sont croisés chez lui en une circonstance particulière. C’est d’ailleurs la énième fois qu’il rapproche des personnes en conflit.

De même, lorsque Baba Diao, affirme que Karim Wade est son neveu qui lui a toujours manifesté de la politesse, il n’agit sous aucune forme de calcul politique. Le président de la République, Macky Sall, est pour lui « un frère » par affection pour qui il a accepté un poste de conseiller spécial à la présidence. De même, Madické Niang, Ousmane Tanor Dieng, Idrissa Seck, Souleymane Ndéné Ndiaye… sont ses proches. Il est, dans un pays clivé comme le Sénégal, l’unique trait d’union de la classe politique. Cette position est précieuse. Tout pays a besoin de passerelles, surtout pour atténuer les chocs en cas de crise.

La présence à la cérémonie de deuil de Serigne Bassirou Mbacké Abdoul Khadre, d’Ahmed Khalifa Niasse, et de représentants de toutes les familles religieuses est le signe de la centralité de « Baba ». Ce quasi-septuagénaire fringant à la chevelure généreuse, au regard de félin, à la mine ferme et à l’esprit vif est ce qu’on appelle sous d’autres cieux un homme influent. Cet ingénieur, qui a bâti sa fortune sur le trading de pétrole et de gaz, a un mode de vie qui tranche d’avec celui clinquant des Sénégalais. Il commence à travailler après la descente de ses compatriotes, au crépuscule, pour se conformer à l’horaire des bourses du pétrole. Et épouse les codes de son très sélect monde professionnel qui imposent, pour pouvoir décider, de savoir se cacher.




Cheikh Yérim Seck

Candidature de Karim Wade: l’aveu d’Aly Ngouille Ndiaye

YERIMPOST.COM « Karim Wade ne peut pas être candidat. Il ne s’est pas encore inscrit sur les listes électorales. Karim a demandé à s’inscrire », a lâché le ministre de l’Intérieur, hier 18 juin, dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Aly Ngouille Ndiaye répondait aux questions des députés qui statuaient dans le cadre d’une procédure d’urgence sur le projet de loi portant modification du Code électoral.




Dans une vidéo datée du 17 avril dernier, on apercevait pourtant Karim Wade se plier au protocole de l’inscription dans le centre ouvert à cette fin dans son actuel pays de résidence, le Qatar. Il ne s’était pas inscrit pour autant… Ces trois phrases d’Aly Ngouille Ndiaye, qui sonnent comme des révélations sciemment lâchées, nous apprennent aujourd’hui que le candidat déclaré du Parti démocratique sénégalais (Pds) s’est présenté pour être inscrit sur les listes électorales mais ne l’a pas été.

En cause, son casier judiciaire. Condamné à plus de cinq ans de prison, sa peine emporte la perte de ses droits civiques et politiques. En clair, le fils d’Abdoulaye Wade a perdu sa qualité d’électeur… Et on est, là, au coeur de la polémique qui avait surgi au moment de la révision constitutionnelle instituant le parrainage. L’aspect de la modification, qui exigeait d’être électeur pour être éligible, avait été fortement décrié comme étant une disposition conçue pour permettre d’écarter de la présidentielle de février 2019 deux adversaires potentiels du candidat au pouvoir: Khalifa Sall et Karim Wade.

Le régime est allé de dénégations en démentis, niant tout calcul crypto-personnel dans l’élaboration de la modification constitutionnelle. Depuis hier, la confusion est terminée et le doute n’est plus permis. La sortie d’Aly Ngouille Ndiaye, qui déclare que Karim Wade n’est pas candidat parce qu’il n’est pas inscrit sur les listes électorales, qui conditionne donc l’éligibilité à la possession de la qualité d’électeur, sonne comme un aveu de ce que le pouvoir niait.

Le Pds, enfermé dans un déni de la réalité depuis plusieurs mois, doit se rendre à l’évidence que continuer à miser sur Karim Wade comme candidat équivaut à se résoudre à être exclu de l’échéance électorale de février 2019. Pilier du régime en place, premier flic du pays, organisateur du scrutin, Aly Ngouille Ndiaye a lancé des propos qui, loin d’être banals, reflètent la position du pouvoir à propos de la candidature du poulain du Pds. Et, par ricochet, celle du Conseil constitutionnel, au regard de l’inféodation de cette institution à l’Exécutif.




Condamné lui aussi à plus de 5 ans de prison, comme par hasard, Khalifa Sall va devoir faire face à la même mécanique broyeuse de candidature. Si sa condamnation n’est pas encore définitive, la justice, qui a fait montre d’une grande célérité pour le convoquer devant la Cour d’appel, se dépêchera de confirmer sa peine en appel, puis en cassation… Et le maire de Dakar, à l’instar de Karim Wade, perdra sa qualité d’électeur, donc son éligibilité…

Cheikh Yérim Seck

Chapeau, M. le président, pour cette concertation et ces avancées !!!

YERIMPOST.COM Le boycott de la rencontre par l’opposition dite significative n’y a rien fait. Les réserves oratoires d’une certaine bien-pensance n’ont pu rien entraver. La concertation sur la gestion des ressources issues de l’exploitation du pétrole et du gaz, tenue ce 12 juin au Cicad, a été une réussite.

Le premier succès de cet événement, à mettre à l’actif de son initiateur, le président de la République, Macky Sall, a été de réunir, pour la première fois, les forces vives autour des défis et enjeux de l’exploitation des ressources pétrolières et gazières. Au-delà de toutes les controverses, et de toutes les réserves sur le timing et le format de la concertation, le constat est têtu: pour une fois, les Sénégalais ont échangé autour du pétrole et du gaz, loin des invectives par médias interposés.




La rencontre a permis des avancées significatives, au premier rang desquelles la validation des éléments structurants de la loi d’orientation à soumettre à l’Assemblée nationale avant l’ouverture de la session budgétaire. Des normes comme la part à réserver aux générations futures, le pourcentage à verser au budget de l’Etat et la surveillance de l’affectation des ressources au profit du plus grand nombre vont être gravées dans le marbre de la loi et avoir force exécutoire.

La société civile, qui a longtemps fustigé sa marginalisation, va intégrer le Comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz (Cos-Petrogaz). Le Cos-Petrogaz est l’organe de pilotage stratégique qui a pour mission d’assister le président de la République et le gouvernement dans la définition de la politique de développement du secteur pétrolier et gazier et d’assurer le suivi de la mise en œuvre, à travers son Secrétariat permanent qui en est l’outil de supervision. L’entrée dans cette structure d’organisations de défense de la transparence va contribuer à la consolidation de sa gouvernance.

Le Cos-Petrogaz va, par ailleurs, mener une série de concertations avec le secteur privé en vue de l’élaboration du contenu local de la politique pétrolière et gazière.

Last but not least, des crd vont être organisés dans toutes les régions du pays pour partager avec les populations les conclusions de la concertation sur la gestion des ressources issues du pétrole et du gaz.




Si le commentaire est libre, le fait est sacré. Le fait, en l’occurrence, c’est que, ce 12 juin 2018, des pas ont été posés dans la bonne direction, celle de la transparence. Le Sénégal s’est inscrit dans cette dynamique moderne de la gestion concertée, de la gouvernance ouverte, de la citoyenneté participative… Il reste à veiller à ce que les fruits tiennent la promesse des fleurs. Pour l’heure, les graines ont été semées. Chapeau bas, M. le président de la République !

Cheikh Yérim Seck

Ma proposition pour mettre fin à la mendicité des handicapés

YERIMPOST.COM L’affaire de cette femme handicapée, rouée de coups par un agent de la sécurité de proximité, doit, au-delà des cris d’indignation, inciter à une réflexion pour mettre fin à la mendicité dans les rues des personnes en situation de handicap.




Il faut d’abord commencer par rapatrier dans leurs pays d’origine tous les handicapés et autres mendiants ouest-africains, réfugiés économiques au Sénégal où le business de la manche est l’un des plus juteux au monde. C’est une question de tranquillité publique et de salubrité humaine. Les rues de Dakar, il faut avoir l’honnêteté de le dire, sont surchargées de ces hommes, femmes et enfants qui créent un réel problème d’encombrement. Et une gêne pour les passants qu’ils n’interpellent pas de la meilleure des manières.

Après cette première mesure salutaire, qui va renvoyer à chaque pays ses propres mendiants, il faudra créer un Fonds d’assistance aux handicapés et nécessiteux qui va recevoir les dons et offrandes en espèces et en nature des Sénégalais si prompts, par croyance ou par superstition, à donner. Ce Fonds, à confier à une personnalité intègre, va également, à l’image de Zakat House, institution ayant pignon sur rue dans certains Etats arabes, recueillir l’aumône légale des musulmans de notre pays.




Le Fonds se chargera ensuite de redistribuer tous les avoirs et biens collectés à des handicapés et nécessiteux dûment recensés. Cette redistribution ne se fera pas seulement à des fins de consommation. Il s’agira également d’organiser les bénéficiaires en entités économiques pour financer leurs projets. L’objectif étant, bien évidemment, moins d’entretenir dans la durée les récipiendaires que de les extirper de la pauvreté.

Tout ce dispositif devra être accompagné par un Etat fort qui retirera tous les mendiants des rues, désencombrera les artères de notre capitale et combattra la mendicité sur la voie publique sous toutes ses formes. Y compris par le biais de sanctions pénales. C’est à ce prix que le Sénégal sera débarrassé de cette étiquette de carrefour ouest-africain de la mendicité que les pays voisins, à juste titre, lui collent.

Cheikh Yérim Seck

Ces manipulations de Macky Sall pour s’éviter des remarques au sommet du G7 !!!

YERIMPOST.COM Rien de ce qui est arrivé au cours de cette journée du 07 juin n’est fortuit. Tout au contraire… Tout a été froidement orchestré pour tomber pile poil ce jour où, comme par hasard, s’est ouvert le sommet du G7 auquel prend part, es-qualité, Macky Sall, président du comité d’orientation des chefs d’Etat et de gouvernement du Nepad.




Dans un scénario bien réglé, avec aucun détail laissé au hasard, le pouvoir de Macky Sall a fait courir, dès le matin du 07 juin, la rumeur du retrait de la loi sur le parrainage, briefé certains journalistes, orchestré l’intox… Il est question d’attirer l’attention sur le rappel par le gouvernement du projet de loi portant mise à niveau du Code électoral suite à la révision constitutionnelle instituant le parrainage. Dans quel objectif ? Faire comprendre aux dirigeants des sept nations les plus riches du monde, à travers les fiches de leurs ambassades respectives, qu’au Sénégal, après un bras de fer fort médiatisé, le pouvoir négocie désormais avec l’opposition autour de la question litigieuse du parrainage.

Ce n’est pas là l’unique manipulation de Macky Sall. Le 06 juin, en conseil des ministres, à quelques heures de prendre l’avion pour le Canada, le président de la République a annoncé et fait acter dans le communiqué que le dialogue avec l’opposition et la société civile autour de la gestion du pétrole et du gaz allait démarrer le 12 juin. Une manière fort habile de couper l’herbe sous les pieds de ces dirigeants de pays puissants prompts à poser des questions à leurs homologues d’Etats pauvres sur la gestion des revenus issus de leurs ressources naturelles.

Rien de ce que Macky Sall a fait ou dit ces derniers jours n’est donc le fruit du hasard. Tous ses actes et paroles ont procédé d’un calcul froid, voire cynique.

Il est certes vrai que le locataire du Palais de l’Avenue-Léopold-Sédar-Senghor ne pouvait pas ne pas tenter de montrer patte blanche avant de se rendre au Canada, dans ce contexte où la communauté internationale s’inquiète face aux dérives multiformes de son régime: emprisonnements d’opposants, changements forcés des règles électorales, népotisme dans la gestion du pétrole…

Pour ne rien arranger, Barthélémy Dias, emprisonné pour délit d’opinion, a commis un mémorandum sanguin qui a devancé Macky Sall en Amérique du Nord. Il fallait éviter à tout prix que cette contre-attaque largement diffusée aux Etats-Unis serve de base au numéro un américain, Donald Trump, pour interpeller notre président sans fioriture diplomatique.




En un mot comme en mille, le numéro un sénégalais a multiplié les gages à l’endroit de l’opposition et de la société civile, ouvert les vannes du dialogue autour du code électoral ainsi que du pétrole et du gaz, donné des signaux verts à ceux qu’il est allé rencontrer… Il est fort à parier que ces mesures cosmétiques n’iront pas beaucoup plus loin que le stade de l’annonce. Le vernis risque de craqueler sous l’effet de la révolte des Sénégalais exaspérés d’être pris pour les dindons de la force. Tout peut atteindre le point de rupture. Toute chose a une limite. Y compris le cynisme en politique !

Cheikh Yérim Seck

Etre une entreprise sénégalaise est un délit à l’Aibd, au Sénégal tout court

YERIMPOST.COM Les entreprises sénégalaises en activité sur la plateforme aéroportuaire de Diass voient rouge et broient du noir. Tout se passe comme si le staff dirigeant turc de l’Aéroport international Blaise Diagne (Aibd) s’emploie à les tuer pour, sait-on jamais, installer des sociétés étrangères à leur place.

Teylium Logistique, Global Com, Senecartours, Infinity… ont mis sur pied un Collectif des prestataires de l’Aibd (CPA) dans le but déclaré de « lutter contre la cherté de l’aéroport et les contrats usuriers et injustifiés mis en place par les Turcs ». Au même moment, ajoute le CPA, « les entreprises étrangères, françaises et turques, bénéficient de contrats très avantageux au détriment des entreprises sénégalaises. »




Vous avez bien lu: dans notre pays, sans doute le seul au monde dans ce cas, les entreprises locales sont les parents pauvres de l’économie, ostracisées, défavorisées au profit des sociétés étrangères. Une sorte de préférence nationale à l’envers… Lorsque le patronat s’en est plaint, voici la réponse que lui a servie le président de la République, Macky Sall: « Vous ne pouvez pas vous dérober à la concurrence… »

Nos patrons auraient pu faire face à la concurrence si elle était loyale. Elle est toutefois orchestrée par nos propres autorités de manière à les défavoriser. Nos fleurons nationaux de l’immobilier, confinés à Diamniadio, pourront-ils rivaliser avec la société marocaine à laquelle a été attribuée la trop bien située assiette foncière de l’ex-gare routière de Pompiers, au coeur de Dakar ? Par la force des choses, tout le business juteux du Sénégal s’est retrouvé entre les mains d’intérêts français, marocains, turcs…

A l’Aibd, les taxes imposées aux entreprises sénégalaises sont quatre fois supérieures à celles appliquées à leurs homologues des aéroports d’Abidjan et d’Accra, alors que la Côte d’Ivoire et le Ghana ont des économies plus fortes que la nôtre. Mais, ne nous y trompons pas, la préférence nationale, de rigueur dans tous les pays soucieux de leurs intérêts, doit relever d’une volonté politique pour être traduite dans la réalité.

La règle, de simple bon sens, consiste, pour paraphraser un dicton wolof, à poursuivre l’antilope en direction de la maison et non de la forêt. Cela s’appelle le patriotisme économique, le patriotisme tout court…



Cheikh Yérim Seck

 

Par décence, laissez à Abdoulaye Wade sa maison du Point E

YERIMPOST.COM Lorsque j’ai lu la lettre que ce patriarche de 92 ans a visiblement écrite, au vu de la laborieuse ponctuation, j’ai eu un pincement au coeur. Voir Abdoulaye Wade, ancien président du Sénégal, devoir batailler pour ne pas devenir SDF dans ce pays, est surréaliste.

Pour la dignité de notre République, dans un souci de décence tout court, aucun Sénégalais ne devrait se résoudre à cette éventualité. Surtout pas l’actuel chef de l’Etat, Macky Sall, dont l’ascension d’un poste de cadre à Petrosen à la fonction suprême s’est faite à coups de décrets de nomination signés par Wade.




Le très politique Abdoulaye Wade l’a bien compris, qui écrit: « Au lendemain de sa victoire, tentant de s’expliquer sur sa déclaration d’un patrimoine de 7 milliards, il avait répondu : «c’est le président Wade qui me les a donnés». J’ai déjà répondu que c’était faux et qu’il lui fallait trouver ailleurs une autre justification plausible. Au demeurant, il est étonnant que celui qui déclare que j’ai été son bienfaiteur en lui offrant sept (07) milliards de francs CFA ordonne la saisie de ma maison pour 550 millions, alors qu’un homme doué de raison et assis sur le socle de nos valeurs se serait empressé de payer les dettes de son bienfaiteur, qui ne représentent après tout que 7% de la supposée libéralité.​ »

Dépouiller l’ancien chef de l’Etat de sa maison du Point E serait, il est vrai, contraire à toutes les règles de bienséance et à nos codes culturels. D’autant qu’il l’a acquise antérieurement à son accession au pouvoir et qu’elle est partie intégrante de son histoire sociale. Wade le rappelle d’ailleurs si bien avec des mots qui touchent: « Avocat ayant l’un des plus grands cabinets de Dakar, c’est par de dures et longues journées de travail à travers tout le Sénégal, que j’ai acquis un respectable patrimoine dont la maison du Point E que Macky Sall veut m’enlever, m’obligeant à me faire héberger par des amis depuis qu’il a lancé l’affaire de Karim. Je ne dis pas qu’il ne réussira pas mais il faudra qu’auparavant il marche sur mon cadavre. »

La plainte annoncée pour diffamation et injure contre Macky Sall est un appel au secours, le baroud d’honneur d’un vieil homme usé par des décennies de lutte et poussé à bout au crépuscule de sa vie par un homme à qui il a fait tant de bien avant que les vicissitudes de la vie politique ne les sépare.




« Wadiste éternel », Samuel Sarr, dans un communiqué indigné, a réagi à la saisie des clés par l’huissier avec des mots qui résonnent: « Cette maison du Point E qui a été acquise par notre père spirituel après de dures années de labeur , au delà de sa fonction sociale, a servi de champ de batailles politiques pour asseoir une démocratie enviable au Sénégal et permettre à beaucoup d’hommes et de femmes, y compris l’actuel Président de la République, de se hisser au plus haut sommet de la pyramide politique et étatique. Je soutiens, solennellement que, quels que soient les mobiles évoqués pour la saisie des clés de cette maison par voie judiciaire, le Président de la République, Macky Sall, devrait prendre toutes les dispositions idoines pour faire éviter une telle situation à notre père spirituel, à son bienfaiteur qu’il ne cesse de harceler depuis qu’il lui à succédé à la magistrature suprême. Les valeurs qui caractérisent la nation sénégalaise parmi lesquelles l’honneur aux anciens et la reconnaissance de l’Etat à ses serviteurs pour services rendus devaient empêcher une telle bourde voire humiliation. »

Toute chose a une limite. Même la haine. Même la vengeance. Quel que soit ce qu’on puisse reprocher à Abdoulaye Wade et à sa famille, la simple décence impose de lui laisser sa maison du Point E.

Cheikh Yérim Seck

Arrêtez le feu ! Ce pays va brûler !

YERIMPOST.COM Chaque jour qui passe dans ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Idrissa Seck révèle une fissure profonde dans la nation sénégalaise. Au fil de cette polémique nauséabonde aux accents de règlement de comptes politique et de rivalité de chapelles religieuses, surgissent au grand jour les fragilités de notre vivre en commun sans cesse refoulées depuis plus d’un siècle.

Au bout de sa seconde sortie au vitriol contre le leader de Rewmi, Serigne Mbaye Sy Mansour, khalife général des tidianes, a laissé s’échapper le vrai motif de son courroux: la proclamation de sa sortie de la confrérie de Cheikh Ahmed Tidiane Chérif par celui qui fut perçu il n’y a guère longtemps comme en étant membre. La mâchoire serrée, la mine fermée, le guide des tidianes du Sénégal a dit à Idrissa Seck « bon débarras », avec ce commentaire assassin: « Kou Yalla guéné si bopam seytané moo lay awou… »




Cette phrase a heurté bien des disciples de la confrérie mouride à laquelle Idy, comme le surnomment les Sénégalais, a proclamé désormais appartenir. De sorte que la polémique s’est subitement structurée autour d’une césure nette. Il suffit d’entendre l’intervenant pour savoir à quelle confrérie il appartient. Les réseaux sociaux se sont enflammés, avec des échanges entre mourides et tidianes d’une rare violence.

Au même moment, les étudiants, qui ont repris le pouvoir à la faveur du décès, le 15 mai 2018, de leur camarade Fallou Sène, tué lors de la répression d’une émeute à l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis, se succédaient, faisant dans la surenchère chaque jour davantage, au bureau du président de la République, qui a fait le choix dangereux de faire sauter tous les paravents entre eux et lui. Dans un contexte où l’Etat se saigne à blanc pour mobiliser les 50 milliards engloutis annuellement par le paiement de leurs bourses, ils réclament leur augmentation et une réduction des prix des tickets de restaurant. Non sans exiger, après avoir obtenu le départ du recteur de l’UGB et du directeur du Crous, les démissions de ministres importants du gouvernement ! La République des étudiants, en somme !

Cette République est tombée dans le grotesque, avec cette sortie fort malheureuse de Macky Sall qui, présentant son ouvrage, a déclaré que la France est l’amie du Sénégal parce que, sous la colonisation, les tirailleurs sénégalais bénéficiaient de… desserts à la différence des autres Africains ! Alors que l’on pouvait légitimement s’attendre à un Mémorial en souvenir de nos soldats tués par la France à Thiaroye en 1944, voila qu’une farce de mauvais goût vient aggraver une blessure nationale déjà béante.

Les équilibres de ce pays tanguent de tous bords. Le Sénégal s’embrase peu à peu. Arrêtez ce feu ! Le pays va brûler !

Cheikh Yérim Seck

Cessez de politiser la question technique du paiement des bourses !!!

YERIMPOST.COM Le décès de l’étudiant Mouhamadou Fallou Sène, le 15 mai, lors d’une manifestation d’étudiants réclamant le paiement de leurs bourses, est une tragédie, un incident à tous égards regrettable. C’est une épreuve vécue dans leur chair par un père et une mère de famille du Sénégal profond qui se sont saignés à blanc pour mettre leur fils dans les conditions de réussir à l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis, de réussir dans la vie tout court…

Pareil drame ne doit pas, décemment, servir d’alibi à un politicien de ce pays pour attaquer, accuser, accabler son adversaire… On ne fait pas la politique partout, avec tout, sur tout…

Dès que Fallou Sène est tombé, alors que son cadavre était encore chaud, des rivaux à Saint-Louis du ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation ont rué dans les brancards, exigeant sa démission alors qu’il se trouvait à l’étranger, en mission à Addis-Abeba, et alors que sa responsabilité n’avait pas encore été évaluée. La suite a montré que le ministère de Mary Teuw Niane a mené le processus de paiement des bourses dans le respect des règles et des délais fixés. Et que le retard de paiement, cause de l’émeute au cours de laquelle Fallou Sène a été tué, ne peut pas lui être imputé.

Mary Teuw Niane n’est pas la seule cible dans le viseur des politiciens embusqués, désireux de faire leur beurre avec le sang de l’étudiant disparu. Amadou Ba, ministre de l’Economie, des Finances et du Plan, cible privilégiée des hommes d’affaires boulimiques et des hommes politiques chasseurs de primes, a fait l’objet d’attaques totalement injustifiées, signe d’une méconnaissance évidente des règles de fonctionnement de la trésorerie de l’Etat.
Le paiement des bourses est une opération récurrente gérée par des fonctionnaires du ministère en-dessous du directeur du Trésor, donc du ministre du Budget et du ministre des Finances. C’est le trésorier général qui ordonne au payeur général de payer. Mais, comme ces intervenants engagent leur responsabilité personnelle, ils vérifient la véracité des ayants droit qui ne font pas moins de 117 000 personnes. D’autant que le cadre même des bourses est propice aux trafics et magouilles de toutes sortes qui échappent y compris aux plus hautes autorités de l’Enseignement supérieur. Ce n’est pas pour rien que le ministre lui-même a déposé, le 19 mai 2014, une plainte devant le procureur de la République suite à la découverte d’un réseau de bourses fictives.

Dans un tel contexte, quelle que soit la pression des délais, l’agent du ministère des Finances qui s’occupe du paiement est obligé, sous peine d’engager sa responsabilité personnelle, de procéder à un minimum de vérifications et de recoupements. Cela relève d’une routine administrative dont Amadou Ba n’est même pas informé.

Ceux qui allèguent donc des difficultés de trésorerie de l’Etat pour expliquer le retard de paiement de la somme de 1 000 000 000 de francs cfa – laquelle a retenu Ecobank de payer du 2 au 11 mai – ont tout faux. A ce niveau, il y a une explication technique très simple. Environ 39 milliards de francs cfa ont été votés par l’Assemblée nationale pour payer des bourses qui culminent à la somme de 50 milliards !

L’écart d’une dizaine de milliards ne peut être décaissé par le ministère des Finances que sur la base d’une autorisation parlementaire. Sans ce quitus, le Trésor public, qui détient bel et bien les fonds pour payer Ecobank, ne peut les débloquer pour honorer sa dette vis-à-vis de cette banque. Voici ce qui explique ce que d’aucuns ont qualifié de difficulté du Trésor pour payer 1 milliard.

Par quelle alchimie certains ont-ils pu enjamber ces rouages techniques et les directeurs personnellement responsables de l’opération, pour convoquer la responsabilité du ministre des Finances ? C’est par le même procédé que ceux qui réclament la tête de Mary Teuw Niane ont cherché à le mouiller.

Il est vrai que le contexte de cette année pré-électorale, marqué par une guerre des tranchées au sein du parti au pouvoir, est on ne peut plus prompt à entretenir un climat délétère et une ambiance de coups tordus.

Grand argentier du pays, gardien du nerf de la guerre, Amadou Ba suscite, comme ses homologues de tous les pays, fixation, adversité et fantasmes. D’autant que l’ancien directeur des Impôts à qui Macky Sall a confié les cordons de la bourse est obligé de prendre des mesures drastiques et impopulaires dans un contexte économique difficile marqué par le renchérissement du coût du pétrole, donc la nécessité de raffermir la gestion pour ne pas creuser les déficits et aggraver la dette.

Si certains ont leurs raisons pour lui en vouloir, ils n’arriveront pas à établir sa responsabilité à propos du retard de paiement des bourses. En dépit des tirs sanguins de politiciens embusqués. Le souci de la vérité impose de dénoncer pareilles méthodes. Il est plus que temps de cesser de politiser la question technique du paiement des bourses.




Cheikh Yérim Seck

Arrêtez de tuer les Sénégalais !

YERIMPOST.COM Balla Gaye, Bassirou Faye, Mouhamed Fallou Sène… Au fil des années universitaires et des grèves et manifestations, la liste des étudiants tombés sous les balles des forces de l’ordre s’allonge. Le décompte macabre s’aggrave et, avec lui, les points noirs sur le visage de la démocratie sénégalaise.

Si cette spirale tragique n’est pas enrayée, notre pays risque de battre le record des démocraties tueuses de manifestants. Surtout avec le pic atteint par le régime d’Abdoulaye Wade qui, à la veille de la présidentielle de 2012, a ôté la vie à 12 de nos compatriotes, dont le très regretté Mamadou Diop.

Or, dans tous les pays respectueux de la liberté de manifester, il se passe des débordements pires que ceux qui ont cours au Sénégal sans que les forces de l’ordre usent de balles réelles pour tuer ou blesser. Le 1er mai dernier, les black blocs, ces groupes extrémistes d’anarchistes, ont semé en France des troubles plus graves et plus destructeurs que le soulèvement de ce 15 mai des étudiants de l’Université Gaston Berger (UGB) de Saint-Louis. Ils n’ont pas été criblés de balles réelles, encore moins tués, mais ont été contenus, neutralisés, interpellés pour certains par des forces de l’ordre qui s’astreignent à la « norme zéro mort » qui constitue le référentiel de mesure de la qualité de leurs interventions.

Si nos policiers et gendarmes les ignorent, on doit leur enseigner les normes internationales protectrices des citoyens dans l’exercice du droit de manifestation et de cortège. S’ils connaissent les règles mais manquent d’expertise pour contrôler les foules, il convient de les former. Quitte à créer une brigade spéciale anti-émeute entraînée à contenir les manifestations violentes !

Il n’y a aucune raison que les groupes ultra-violents d’altermondialistes et autres casseurs soient efficacement contrôlés à l’occasion de moult sommets internationaux dans nombre de villes du monde, sans que nos forces de l’ordre parviennent à réprimer sans bavure la poignée d’agitateurs d’une petite université comme l’UGB.

L’mage du Sénégal dans le monde impose qu’on cesse de verser le sang des Sénégalais dans l’exercice de leurs prérogatives démocratiques. La jouissance des libertés constitutionnelles doit être garantie. Les débordements doivent être contrecarrés par des moyens proportionnés. Les auteurs de bavures doivent être sanctionnés sans faiblesse. Les balles réelles doivent être bannies comme instrument de restauration de l’ordre public. Les forces de l’ordre doivent une bonne fois pour toutes arrêter de tuer les Sénégalais…




Cheikh Yérim Seck

M. le président, voici pourquoi vous devez mettre fin à l’arnaque de Gérard Sénac

YERIMPOST.COM M. le président de la République, sans doute fort de certaines informations, vous vous étiez engagé, le 31 décembre 2011, sur le plateau de la 2stv, une fois élu, à dénoncer le contrat liant l’Etat à Eiffage.

Le 7 mai 2018, réagissant au décès accidentel de Papis Baba Diallo, suite à des négligences cumulées de la direction de l’autoroute à péage, vous avez réaffirmé la nécessité de revoir le contrat qui lie l’Etat à Eiffage. Vous devez, M. le président, aller jusqu’au bout de cette idée. Voici pourquoi.

Je passe sur le montage du projet qui a occasionné le vol d’au moins 37 milliards du Sénégal par Gérard Sénac qui n’a pas investi un seul penny. Ce businessman a construit l’autoroute avec au maximum 50 des 87 milliards que l’Etat lui a remis et a fait main basse sur le reste.

J’en viens au cahier des charges lui-même, qui stipule que l’entreprise titulaire de la concession doit concevoir, financer, construire, exploiter et entretenir l’autoroute. Eiffage n’a rien financé. C’est le Trésor public sénégalais qui l’a fait à sa place. Après n’avoir rien financé, cette entreprise s’est vue accorder l’exploitation de l’autoroute pour 30 ans, soit la durée maximale.

Et, même si elle avait investi 61 milliards, Eiffage est entrée dans ses fonds depuis longtemps et a engrangé un bénéfice conséquent. Sur une base de prévision de départ de 40 000 véhicules par jour, l’autoroute en reçoit en effet plus de 60 000 par jour. Et applique des tarifs de péage caricaturaux depuis plus de six ans. Alors que le Maroc est à 5,5 francs par km, et la Tunisie à 10 francs par km, Gérard Sénac est, sur la base des 1400 francs pour 20 km, à 70 francs par km. Il empoche tout, bien que n’ayant pas financé l’autoroute à 100%.

Même si Gérard Sénac avait déboursé la somme qu’il prétend avoir investie, il suffit de faire le calcul pour se rendre compte qu’il a fini d’amortir cet investissement fictif et d’engranger un bénéfice conséquent.

M. le président, voici quelques raisons parmi tant d’autres pour lesquelles vous devez mettre fin à l’arnaque. De Gérard Sénac, un industriel français qui a pignon sur rue au Sénégal a récemment dit: « M. Sénac rigole et fait du mécénat pour l’art. Il est fort sympathique. C’est la marque distinctive des escrocs. »

Cheikh Yérim Seck

L’état-major général, les fantassins et les marins ruminent une colère noire

YERIMPOST.COM L’état-major général et le ministère de la Défense ont été tenus totalement non informés du décret 2018-835 du 04 mai 2018 portant création d’une prime de qualification au profit du personnel navigant de l’Armée de l’Air. Ce décret doit d’ailleurs être l’unique concernant l’armée qui ne porte pas la mention PR/MFA/EMGA.

Le chef d’état-major général de l’armée a donc dû en connaître le contenu au même moment que tout le monde. Pour moins que cela, son homologue français, Pierre De Villiers, a rendu le tablier le 19 juillet 2017, opposé qu’il était à une coupe envisagée par le président Emmanuel Macron sur le budget de la défense.

Au Sénégal, le chef d’état-major général, Cheikh Guéye, a été tenu complètement à l’écart de cette mesure qui crée une grosse disparité au profit des aviateurs et au détriment des fantassins et marins. Les premiers se sont vus accorder des primes qui dépassent les salaires des seconds.

Si le calcul du président de la République consistait à calmer l’armée de l’air après deux crashs qui ont coûté la vie à ses éléments à cause d’un matériel usagé et défectueux, il a braqué du même coup l’armée de terre et l’armée de mer. L’état-major général, les fantassins et les marins sont ulcérés par le sentiment de subir une injustice, une injustifiable inégalité de traitement.

Le décret du 04 mai a circulé ces derniers jours à travers les comptes Whatsapp des officiers, avec des commentaires jamais connus au sein de la troupe. Notre armée, connue pour sa discipline, son mutisme et son attachement aux principes républicains, est, cette fois-ci, braquée par une décision qu’elle juge injuste de son chef suprême.




Cheikh Yérim Seck

Monsieur le juge Ibrahima Hamidou Dème, votre entrée en politique est une mauvaise option

YERIMPOST.COM Monsieur Ibrahima Hamidou Dème, le 26 mars 2018, vous démissionniez de la magistrature par une lettre qui fera date dans les annales glorieuses de la République. Un an plus tôt, vous quittiez la position enviable de membre du Conseil supérieur de la magistrature. Toutes les deux fois, les raisons que vous avez évoquées à l’appui de vos décisions ont frappé l’opinion publique par leur pertinence et leur dignité.

Mais, dès que vous avez ôté votre robe de juge, vous avez aussitôt annoncé votre volonté d’arborer à la place le manteau de politicien. Et, ce 5 mai à Thiès, avec tambours et trompettes, vous avez franchi le Rubicon pour pénétrer dans l’arène politique à la tête d’un mouvement. Je pense que vous avez pris la plus mauvaise des options qui s’offraient à vous. Vous auriez pu ouvrir une école de formation aux principes de la République, créer une association de défense des institutions, ouvrir un cabinet de consultation en droit ou sur les questions judiciaires, devenir un avocat défenseur de la liberté des juges…

Vous avez décidé d’entrer dans le segment de notre vie publique le plus brutal, le plus corrupteur, le plus pervers… Le précédent Ousmane Sonko, passé d’inspecteur des impôts à opposant crédible, n’est pas pertinent comme exemple pour vous. Sonko était dans l’anti-chambre de la politique pendant plus d’une décennie à la tête du syndicat des fonctionnaires des Impôts. Il a eu le temps de prendre des coups, d’en donner, de s’aguerrir, d’assimiler les codes d’un monde à part… Inspecteur des Impôts, il a appris à la tête de son parti et fait face au pouvoir des années avant d’être radié de la Fonction publique. La transition s’est donc naturellement opérée pour lui.

Quant à vous, Ibrahima Hamidou Dème, vous tombez comme un novice dans ce jeu de massacres. Vous avez le cuir tendre. Vous risquez de finir dans l’estomac des crocodiles du marigot politique sénégalais. Ils vont vous attaquer, vous déstabiliser, vous étriller, vous décrédibiliser, vous dévorer… Et je crains que vous n’ayez pas les moyens des ambitions de changement que vous portez pour le pays. Eux ont des appareils, de l’argent volé des caisses de l’Etat ou tiré de circuits louches, des apparatchiks experts en coups tordus, des mercenaires qui mobilisent pour eux contre avantages en nature et en espèces… Vous, vous n’avez rien de tout cela. Eux ont un discours fondé sur la manipulation et le mensonge. Vous, dans la droiture du juge imbu de principes, vous ne devez pas pouvoir faire dans ce registre.

Et, si vous vous présentez à la future élection présidentielle, je crains que vous ayez un score minuscule du type de celui qui a humilié et définitivement rayé des personnalités inconnues au bataillon qui par le passé ont cru pouvoir mener la mère des batailles politiques.

Or, votre pedigree personnel aurait pu servir notre démocratie comme force symbolique ou comme contributeur à la masse critique. Et, on ne le dira jamais assez, ce n’est pas que dans la politique que l’on peut être utile. Vigie de la République, sentinelle de la démocratie, puissance d’alerte… sont des rôles plus précieux et plus prestigieux que bien des positions politiques.

Cheikh Yérim Seck



Gérard Sénac, dans votre pays, auriez-vous osé pareilles négligences ?

YERIMPOST.COM Gérard Sénac, par vos négligences coupables, vous avez occasionné l’extinction d’un des plus illustres talents du monde audiovisuel africain. Papis Baba Diallo, membre de Gelongal, titulaire du prix de meilleur réalisateur africain, a perdu la vie ce 5 mai 2018 sur l’autoroute que vous gérez.

Les circonstances de l’accident qui l’a emporté laissent entrevoir de graves négligences de votre part. Papis s’est retrouvé nez à nez avec un troupeau de boeufs déambulant sur la chaussée. Votre autoroute, la plus chère au monde, n’est pas clôturée. Comment pouvez-vous prendre autant de liberté avec l’étancheité d’une route à grande vitesse aussi passante ?




L’autoroute n’est pas clôturée, elle n’est pas non plus éclairée. L’accident est intervenu à hauteur de Toglou 2, sur un tronçon dépourvu d’éclairage. C’est donc dans l’obscurité que Papis, qui a payé les tarifs usuriers qui sont les vôtres pour pouvoir aller vite, a vu son chemin coupé par un troupeau de boeufs. Il a trouvé la mort. L’un de ses frères qu’il transportait a eu le bras fracturé. Un autre a subi des contusions sévères.

M. Sénac, ce n’est que dans une République bananière, un Etat fragile pour lequel vous n’avez aucun respect, que vous pouvez vous permettre d’accumuler autant de négligences. Votre autoroute, dont les tarifs de péage sont tout simplement caricaturaux, est un vaste cimetière où des Sénégalais de plus en plus nombreux laissent leurs vies.

M. Sénac, vous êtes français, je crois. Oseriez-vous, si vous gériez un ouvrage de ce type dans votre pays, vous laisser aller à de telles légèretés ? Vous auriez été poursuivi, civilement et pénalement sanctionné pour mise en danger de la vie d’autrui ou homicide involontaire.

Mais, comme nous sommes au Sénégal, un pays africain pauvre, habité de nègres dont la vie ne compte pas pour un penny, vous amassez des sommes colossales sans avoir la décence d’en investir la plus infime partie pour conformer l’ouvrage aux normes prudencielles en vigueur dans le monde entier. Nous y reviendrons.

Cheikh Yérim Seck

 

 

 

Assane Diouf tabassé par des gardes… Honte à l’administration pénitentiaire !

YERIMPOST.COM Je ne peux pas être suspect de sympathie pour Assane Diouf qui m’a abreuvé d’injures parce que… dakaractu avait désapprouvé les insanités qu’il débitait. Je pense même que cet insulteur public, sauvagement violent et puérilement vulgaire, mérite la peine qu’il est entrain d’endurer pour avoir injurié le président de la République, la Première dame, le président de l’Assemblée nationale, le procureur de la République, ainsi que des symboles de notre pays comme Serigne Bassirou Mbacké Abdou Khadre, porte-parole du khalife général des mourides, et le premier porte-étendard du Sénégal, l’icône planétaire Youssou Ndour.

Mais, même s’il avait tué, Assane Diouf n’en resterait pas moins un être humain revêtu d’une éminente dignité, un être créé à l’image de Dieu, comme l’indique ce postulat de la pensée judéo-chrétienne, un des fondements historiques des droits de l’homme.




Assane Diouf est en prison. Il demeure un être humain, un citoyen protégé dans son intégrité morale et physique par des principes universels reconnus par ce qu’on appelait autrefois « les nations civilisées ». Ces gardes pénitentiaires qui l’ont tabassé, lui laissant des blessures au genou et à la cheville, ont déshonoré leur écusson, violé ses droits, nui à l’image du Sénégal, signataire de toutes les conventions internationales interdisant la torture et les traitements cruels, inhumains et dégradants. Honte à eux ! Honte à l’administration pénitentiaire qui admet en son sein ces pratiques d’un autre âge !

Le traitement fait à Assane Diouf est inadmissible dans un Etat démocratique. Placé en isolement total, il ne reçoit de visite que de son avocat, Me Elhadji Diouf. Son épouse, de nationalité américaine établie aux Etats-Unis, de passage au Sénégal, a été empêchée de lui rendre visite en prison. Autant de faits constitutifs de traitements cruels, inhumains et dégradants qui interpellent les organisations de défense des droits de l’homme !

Les sévices exercés sur ce détenu sont symptomatiques de la brutalité de l’administration pénitentiaire du Sénégal, largement en-deçà du niveau de notre démocratie, constituée de gardes pour la plupart quasi-analphabètes totalement ignorants des normes protectrices des droits de l’homme. Bourrés de complexes, ces matons se comportent comme s’ils avaient des comptes à régler avec les détenus célèbres. Karim Wade a subi un fauchage qui lui a laissé de graves séquelles au genou. Je ne veux pas, pour ne pas personnaliser cette question, évoquer ce que j’ai moi-même vécu.

Assane Diouf ne doit plus endurer de brimade d’aucune sorte. Tous ses droits doivent être respectés. Le procureur de la République doit s’auto-saisir pour poursuivre les auteurs des coups et blessures volontaires qu’il a subis. C’est cela faire justice. La justice n’est pas la vengeance. C’est un pilier de l’harmonie sociale. Les prisons ne sont pas des camps de torture. Ce sont des maisons de redressement, de rééducation, de réinsertion sociale. L’insulteur public ne doit pas être détruit. Il doit être corrigé et socialement reclassé.

Cheikh Yérim Seck

La construction des Sphères ministérielles de Diamniadio est d’une pertinence absolue

YERIMPOST.COM Ceux qui doutent de la pertinence de la construction des Sphères ministérielles à Diamniadio, je les invite à lire le texte ci-dessous, extrait d’un document de travail remis au chef de l’Etat, Macky Sall, et dont Yerimpost a obtenu copie…

 

 » Programme présidentiel de rénovation et de développement du parc immobilier de l’Etat

(…)

En ce qui concerne le développement du parc immobilier de l’Etat, il a été constaté dès 2012 un déficit de 300.000 m2 d’espaces de bureaux qui sont à l’origine des 16 milliards de loyers payés chaque année.




A cet effet, 120.000 m2 de bureaux, 10.000 postes de travail, 2.200 places de parking et 38 ascenseurs répartis dans 9 nouveaux immeubles sont érigés à Diamniadio sous l’égide de l’Agence de gestion du patrimoine bâti de l’Etat afin d’améliorer l’environnement de travail des agents de l’Etat, la réduction du parcours de l’usager, la mise en place d’un vrai dispositif d’accueil et d’orientation dissocié de celui des forces de sécurité, pour une administration plus à l’écoute des citoyens.

Ledit projet dénommé Sphères ministérielles de Diamniadio, est réparti sur 3 des 4 arrondissements que compte le nouveau pôle urbain.

Dans le 3e arrondissement, l’Entreprise sénégalaise Gétran développe une sphère de 20.000 m2 qui sont répartis dans 2 grands immeubles, pouvant accueillir jusqu’à 4 ministères de taille moyenne (2000 à 4000 m2) qui seront livrés en Octobre 2018.

Dans le 2e arrondissement, Spherex une filiale du groupe Teyliom développe une sphère de 54.000 m2 répartis en 3 grands immeubles de 6 ailes pouvant abriter jusqu’à 12 ministères de taille moyenne (3.000 à 4.000 m2) ainsi que des salles de réunion, de conférences et des espaces de commerce. L’infrastructure sera livrée en juillet 2018.

La sphère du 1er arrondissement qui sera inaugurée ce mercredi 2 mai 2018, a été réalisée par le groupe Envol immobilier. C’est un ouvrage de 42.000 m2 comptant 1.600 postes de travail meublés et équipés qui peut accueillir jusqu’à 6 ministères dont 2 de grandes tailles (6.000 à 8.000 m2) et 4 de taille moyenne.

Les méthodes contractuelles et le dispositif technique mis en place par les développeurs ont permis de réaliser le projet en 23 mois sur les 30 prévus par la convention et de permettre ainsi à l’Etat d’économiser 8 milliards d’engagements locatifs par an dès 2018 et de renouveler son parc immobilier.

En outre, il sera initié dans le cadre du programme présidentiel de rénovation et de développement du parc immobilier de l’Etat, un projet de regroupement dans le pôle urbain de Diamniadio, des 33 agences des nations unies présentes au Sénégal avec une capacité d’accueil de 3.000 agents qui permettra de créer plus de 10.000 emplois indirects.

Enfin, le programme présidentiel de rénovation et de développement du parc immobilier de l’Etat, c’est aussi les sphères administratives régionales (SAR) qui consistent en la création dans chaque chef-lieu de région d’une cité administrative regroupant sous l’autorité du gouverneur, tous les services déconcentrés de l’Etat et des logements des représentants de l’Administration territoriale. »

Aux extraits de ce document, on peut ajouter d’autres arguments en faveur de la pertinence du projet. La logique de l’investissement public à Diamniadio est de créer les conditions d’un cadre de vie meilleur qu’à Dakar avec des coûts d’accès à la propriété divisés par 2.

Permettre à  une génération de Sénégalais, qui ont subi les contre-coups d’une mauvaise gestion du foncier entre 2000 et 2012 ayant conduit à un phénomène d’exclusion des classes moyennes, d’accéder à la propriété avec les conditions de transport qui s’attachent à notre temps.

L’ État a veillé à installer dans chaque arrondissement du pôle urbain une infrastructure qui permet de catalyser des activités du logement afin d’éviter un phénomène de création de cités dortoirs.
Aussi, il a été mis en place un dispositif de segmentation de l’offre. Chaque développeur de quartier a l’obligation de faire un pourcentage de logements économiques, un autre de moyen standing, et un 3e de haut de gamme.
Pour exemple, un appartement de 3 pièces de 100 m2  sur la VDN à Dakar vaut 50 millions en moyenne, le même bien de même qualité vaut dans le pôle urbain entre 15.6 et 25 millions, soit environ 150 000 par mois pendant 20 ans avec les frais financiers.
Pour toutes ces raisons, la construction des sphères ministérielles en particulier et du pôle urbain de Diamniadio en général est d’une pertinence absolue.
Cheikh Yérim Seck




Ces multiples signes d’une crise mortelle à l’APR

YERIMPOST.COM Dissidence ouverte de l’aboyeur Moustapha Cissé Lô, rébellion à peine voilée du cofondateur Alioune Badara Cissé, frustrations lâchées puis ravalées de la Cojer, diatribes entre barons, absence de congrès, longue léthargie des structures… C’est un euphémisme: L’Alliance pour la République (APR) est aujourd’hui en crise.




A l’image d’un météore, qui atteint les planètes les plus éloignées à la vitesse de l’éclair pour ensuite imploser, le parti créé par Macky Sall en 2009, arrivé au pouvoir à une vitesse supersonique en 2012, risque d’être tué par des contradictions internes dès le lendemain de la présidentielle de 2019.

Signe de la décadence imminente de cette formation, Moustapha Cissé Lô, l’une de ses figures emblématiques, son « chien de garde », son aboyeur prompt à sortir les crocs contre les adversaires, a pris ses distances, proclamant urbi et orbi: « L’APR ne fonctionne pas comme un parti. Les rôles n’y sont pas distribués suivant les critères de la légitimité et de la représentativité. Au lendemain de la présidentielle de 2019,  elle va se briser en autant de morceaux qu’une calebasse cassée. » Avant d’enfoncer le clou: « A partir de ce moment, je vais prendre ma propre route. Comme vont le faire au moins dix hauts responsables du parti qui comptent agir comme moi, y travaillent déjà, mais n’osent pas le proclamer aujourd’hui. »

Le cas Moustapha Cissé Lô n’est pas le seul symptôme de la crise. L’âme de l’APR, celui-là même qui, avec Macky Sall, l’a créé, est en rébellion de plus en plus ouverte, et a fini de se constituer en opposant dans le pouvoir. Alioune Badara Cissé, car c’est de lui qu’il s’agit, vite défenestré du gouvernement au lendemain de l’accession au pouvoir, laissé au chômage durant des années, casé de fraîche date au poste de médiateur de la République, n’est aujourd’hui du camp présidentiel que de nom. Affectueusement surnommé ABC, cet intellectuel cultivé, qui profite de sa posture de médiateur, censé donc être équidistant, use aujourd’hui d’une liberté de parole dévastatrice pour le pouvoir. Et construit un nouveau pavillon politique avec des organisations qui se sont constituées pour le soutenir: Les Abcdaires, AbcJaime, Jeunesse avec Abc…

Cette guerre aujourd’hui ouverte des cadres au sommet se répercute jusqu’aux cellules de base de l’APR. Ainsi qu’aux structures comme la Convention des jeunesses républicaines (Cojer, le mouvement de jeunesse du parti), dont la présidente, Thérèse Faye, combattue par le cercle intime de Macky Sall, a laissé exploser sa frustration au lendemain du remaniement consécutif aux législatives du 30 juillet 2017, avant d’être calmée avec des promesses par le numéro deux, Mahammed Boun Abdallah Dionne.

L’APR est aujourd’hui une bombe à retardement qui bouillonne de toutes parts. Le moindre fait de l’actualité révèle le climat de guerre civile qui y règne. Pour avoir fait poster sur Yerimpost un article répondant à l’édito de Cheikh Yérim Seck sur le calvaire des fidèles de la première heure de Macky Sall, Mahmoud Saleh a essuyé des réponses au vitriol signées de responsables du parti et de mouvements comme Les Abcdaires et AbcJaime.

Le climat, déjà suffisamment tendu à l’APR, est alourdi par les transhumants, ralliés de la dernière heure, hommes d’affaires mués en politiciens et autres personnalités de la société reconverties en brasseurs de voix imposés dans diverses localités par Macky Sall lui-même, dans le souci de ratisser large pour assurer sa réélection. Ces nouveaux venus, qui ne sont pas les bienvenus, braquent les historiques.

Aux querelles d’ego au sommet s’ajoutent les violentes guerres au sein des cellules de base du parti. A cet égard, l’exemple le plus éloquent est sans nul doute le conflit qui oppose Abdoulaye Daouda Diallo à Cheikh Oumar Anne pour le contrôle de Podor. Cette confrontation fratricide fait régulièrement la une des journaux par les affrontements, les dommages collatéraux et les coups bas qu’elle occasionne.

A quelques mois de l’échéance cruciale de la présidentielle, l’APR est en lambeaux. Si la position de pouvoir et les privilèges y liés vont permettre à Macky Sall de la maintenir artificiellement en vie jusqu’au scrutin de février 2019, le parti présidentiel va commencer à se démembrer au lendemain de ce rendez-vous électoral. Dans le cas où Macky Sall se succède à lui-même, l’APR continuera à exister pour la forme. Avant de disparaître totalement avec la fin du second et dernier mandat de son leader.

Cheikh Yérim Seck

 

 

 

 

 

ABC, El Pistolero, Abdou Mbow, Mor Ngom, Benoit Sambou… le calvaire des fidèles de la première heure de Macky Sall

YERIMPOST.COM Dans le Macky, la fidélité de la première heure est un délit. Cruelle ironie du sort, les compagnons historiques de Macky Sall, au lendemain de son éjection brutale du perchoir de l’Assemblée nationale par Abdoulaye Wade, sont aujourd’hui les laissés pour compte du régime. Tous ceux qui avaient pris le risque de l’accompagner dans son aventure politique alors incertaine sont aujourd’hui relégués à la périphérie du pouvoir.

On apprend, ce matin du 24 avril, que Moustapha Cissé Lô, fidèle parmi les fidèles, évincé sous Wade de l’Assemblée nationale pour prix de sa fidélité à Macky Sall, a démissionné de toutes les instances de l’Alliance pour la République (APR, le parti au pouvoir) pour rester un militant tout court. De déceptions en humiliations, « le fou du roi » a fini par se rendre compte qu’il était bon à insulter les adversaires de Macky Sall mais jamais à être responsabilisé. Après avoir été contraint de ravaler son ambition de briguer la présidence de l’Assemblée nationale, offerte à « l’allié » Moustapha Niasse, El Pistolero, écarté de toutes les décisions politiques stratégiques, s’est retrouvé marginalisé dans le choix de l’équipe censée conduire à la victoire le président-candidat en février 2019. C’en est trop pour ce boutefeu qui s’était senti très tôt écarté, au point d’avoir mis sur pied, dès 2013, en marge de l’APR, un mouvement citoyen mort-né.

Moustapha Cissé Lô n’est pas seul dans son cas. Un autre porte-flingue de Macky Sall, Abdou Mbow, un jeune qui a renoncé en 2008 à sa place au sein de l’Ujtl et à son salaire à l’Assemblée nationale, n’a guère connu un meilleur sort. Patron des jeunes de l’APR au moment de l’accession au pouvoir, il a été dépossédé du poste de ministre de la Jeunesse qui lui revenait en vertu d’une règle de logique politique. Planqué à l’Assemblée nationale, Abdou Mbow, sur-formé à Science Po Paris, est confiné depuis six ans à un rôle de répondeur automatique des détracteurs du régime. Alors que d’autres de son âge, apparus de fraîche date mais semble-t-il dans les grâces du cercle intime du Prince, siègent sous les ors, lambris et dorures du Palais, autour de la prestigieuse table du conseil des ministres.

Qu’elle est cruelle, la tragédie vécue par les historiques de l’APR! Qu’il est inhumain le traitement fait à Alioune Badara Cissé! Le cas d’ABC est l’illustration extrême de ce que la politique sous nos cieux peut produire comme ingratitude. Tous ceux qui sont informés savent que, sans ABC, Macky Sall n’aurait aujourd’hui été rien d’autre qu’un ancien dignitaire lambda du régime de Wade. C’est ce fin lettré, ce Saint-louis épris de la langue anglaise, ce disciple fervent de Serigne Touba, qui a forgé le destin présidentiel de Macky Sall, créé l’APR, installé toutes ses cellules au Sénégal et à l’étranger… Pour la petite histoire, c’est lui qui a choisi le nom APR parmi d’autres, après avoir consulté un expert en numérologie.

Dans la logique du destin immanquable des fidèles de Macky Sall, Alioune Badara Cissé a été défenestré du premier gouvernement auquel il a appartenu, laissé longtemps dans la galère du chômage avant d’être « casé » au poste de médiateur de la République face à l’indignation massive de ceux qui connaissent son passé avec celui qui s’est retrouvé à la tête de l’Etat.

C’est ainsi: il faut voir le traitement infligé à Abdoulaye Wade, qui lui a mis le pied à l’étrier en le propulsant aux plus hautes fonctions de l’Etat, pour se rendre compte que Macky Sall ne sait pas rendre la monnaie de leur pièce à ceux qui lui ont fait du bien.

Aujourd’hui, sous des apparences trompeuses, Mbaye Ndiaye, Mor Ngom, Benoit Sambou et tant d’autres fidèles, ayant des coquilles vides en guise de postes, souffrent en silence d’être dans le pouvoir sans être au pouvoir. « En politique, trahison, lâcheté et hypocrisie sont des religions. » Vieux de plus d’un semi-siècle, ce propos effroyable du romancier français Laurent Denancy demeure une vérité d’une brûlante actualité.

Cheikh Yérim Seck




Macky Sall a beaucoup fait, les enseignants doivent retourner dans les classes

YERIMPOST.COM Au cours de sa conférence de presse d’hier, 21 avril, Serigne Mbaye Thiam a menacé les enseignants grévistes de mesures de rétorsion, en brandissant la Constitution. Le ministre de l’Education nationale est, à juste titre, ulcéré par la surenchère interminable d’une corporation en éternelle contestation qui réclame des droits sans jamais honorer ses devoirs. Pareille attitude est d’autant plus lassante que beaucoup d’efforts ont été faits pour satisfaire ses revendications.

Le vendredi 30 mars, au moment où les Sénégalais avaient les yeux rivés sur le palais de justice de Dakar où devait être vidé le délibéré du procès Khalifa Sall et cie, le président de la République recevait les enseignants réunis autour des six syndicats les plus représentatifs. Sur leur principale revendication, à savoir l’indemnité de logement, Macky Sall leur a proposé la somme de 85 000 francs CFA à atteindre comme suit: 15 000 francs d’augmentation à partir d’octobre 2018 et 10 000 francs en janvier 2019. De 60 000 à 85 000, les enseignants n’ont pas craché sur la proposition mais ont demandé à consulter la base. Les vacataires n’ont pas été laissés pour compte, puisque le chef de l’Etat a également proposé une augmentation de salaire. Un plan d’apurement sur trois ans des rappels a aussi été discuté. Le président a promis un paiement entre 20 et 25 milliards par an jusqu’à épuisement total.




L’Etat a consenti un effort financier exceptionnel dans le souci de mettre fin à un cycle infernal de grèves qui ont fini de mettre à genou le système éducatif. Macky Sall a bravé le veto des bailleurs de fonds pour poser sur la table des mesures concrètes et audacieuses de sortie de crise. Parallèlement à la mise en oeuvre de ces mesures, il a demandé aux enseignants de reprendre le chemin des classes pour éviter de compromettre l’avenir des élèves. Sans être entendu.

Face à ces avancées, les enseignants n’ont en effet même pas eu la courtoisie d’amorcer le dégel. Ils ont continué à se livrer à leur activité principale depuis des décennies: faire grève. Comme si une confusion sémantique s’était installée dans leur esprit entre enseigner et faire grève. C’est trivial mais le rappel est pédagogique: un enseignant enseigne. Les enseignants ont déserté les classes pour le macadam des manifestations, les plateaux des médias, les lieux des assemblées générales, les tribunes des conférences de presse…

Ils continuent quand même d’être payés pour un travail qu’ils ne font plus, tout en se faisant défrayer pour des cours clandestins et illégaux dans les écoles privées. Cette escroquerie détruit l’école publique qui est passée du stade de la maladie grave à celui de la mort clinique. Or, l’école publique est le lien de la nation, l’espace de promotion de l’égalité des chances entre les citoyens, le lieu d’impulsion de l’élitisme républicain…

Serigne Mbaye Thiam a raison de s’offusquer devant un tel gâchis dans un pays qui fut naguère le quartier latin de l’Afrique et qui s’est mué en une usine de fabrique de nullards. Et c’est là aussi que les enseignants doivent être interpellés. Alors qu’ils posent des revendications surtout financières et très peu pédagogiques, le résultat de leur travail au cours de ces dernières années est plus catastrophique que la catastrophe.

L’Etat doit siffler la fin de la récréation. L’heure du retour dans les classes a sonné. Serigne Mbaye Thiam est attendu sur des mesures énergiques. Macky Sall a fait son devoir. Les enseignants doivent honorer le leur. Un sursaut de conscience professionnelle leur est nécessaire. Il faut arrêter les dégâts. Beaucoup de générations d’élèves ont déjà été sacrifiées sur l’autel d’un corporatisme vénal, irresponsable et anti-patriotique.

Cheikh Yérim Seck

 

Quand le Sénégal vire du modèle au contre-modèle: Chronique d’une démocratie qui se déconstruit

YERIMPOST.COM « Tripatouillage constitutionnel », « manoeuvre pour écarter de potentiels adversaires », « changement des règles du jeu électoral », « révision constitutionnelle forcée »… Tels sont les termes par lesquels la presse internationale désigne ce qui se passe au Sénégal. Ces mots, on avait l’habitude de les entendre dans le traitement de l’actualité de pays comme le Togo, la RDC ou le Congo.

En l’espace de quelques mois, le vernis qui enveloppait le modèle démocratique sénégalais a craquelé. Notre pays est passé de la rubrique des démocraties-modèle à celle des républiques bananières. Arrestations d’opposants, interdictions de manifestations pacifiques, tripatouillages constitutionnels… Amnesty International a eu raison de constater un recul des libertés au Sénégal, n’en déplaise au Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne, qui a maladroitement répliqué en taxant cette organisation de défense des droits de l’homme d’officine au service des homosexuels.




La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est sans nul doute ce projet de révision constitutionnelle imposé par Macky Sall à moins d’un an de la présidentielle de février 2019 pour modifier les conditions d’éligibilité à ce scrutin. Pareille réforme viole les règles fixées en la matière par la Cedeao. Dans le monde où nous vivons, faut-il le rappeler, toute modification des règles du jeu électoral, surtout à quelques mois d’une élection, est juridiquement disqualifiée et politiquement mal perçue.

A cela, il faut ajouter l’effet de cumul, dans un contexte où le Sénégal est épisodiquement cité dans des événements peu glorieux. L’emprisonnement de Karim Wade a causé un sérieux dommage à l’image de notre pays, surtout du fait de cette décision de l’Onu qui a qualifié sa détention d’arbitraire. Les conditions dignes d’un scénario de série B dans lesquelles le fils de l’ex-président Abdoulaye Wade a été exfiltré vers le Qatar, le jour de sa libération, à bord d’un jet privé, n’ont pas été pour honorer notre pays.

L’embastillement qui s’est ensuivi du maire de Dakar, Khalifa Sall, est apparu aux yeux d’une bonne partie de l’opinion nationale et internationale moins comme un exercice de lutte contre la corruption que comme une opération de liquidation d’un adversaire politique potentiellement dangereux. Sa condamnation à une peine lourde par une justice aux ordres suscite la même perception que ce système de parrainage institué au forceps: ils découlent tous les deux de la volonté du président-candidat d’écarter tous les potentiels rivaux qui lui inspirent quelque crainte.

Et, comme pour aggraver son cas après le traumatisme causé par la condamnation du très réseauté maire de Dakar, le pouvoir de Macky Sall a emprisonné son lieutenant Barthélémy Dias pour délit d’opinion.

Cruelle ironie du sort, toutes ces dérives contre les libertés interviennent sous Macky Sall, né après l’indépendance, arrivé au pouvoir à la faveur d’une alternance qui a conforté la place de démocratie majeure du Sénégal en Afrique. C’est sous son magistère que notre pays passe du statut de modèle à celui de contre-modèle voire de risée du monde. Notre démocratie, qui inspirait tant de complexes aux Africains, se tropicalise, s’africanise… Signe des temps, la prochaine présidentielle verra la non-participation de deux supers favoris (Khalifa Sall et Karim Wade) et d’autres candidats qui seront recalés par le biais du filtre du système de parrainage.

La volonté de Macky Sall de rempiler à tout prix coûte cher au crédit international de notre pays. Ismaila Madior Fall, son ministre de la Justice, professeur de droit, ancienne vigie de la République, est passé maître dans l’art des réformes déconsolidantes. La situation actuelle de notre pays impose la nécessité d’une société civile forte, vigilante, gardienne intraitable des acquis. Car les acquis ne sont guère irréversibles. Le pire n’est jamais trop loin. Et les démocraties, comme les civilisations, sont mortelles.

Cheikh Yérim Seck




Loi Sur Le Parrainage: Puéril et Vaniteux «Bras de Faire»…

YERIMPOST.COM Le Sénégal sent le gaz et d’inconscients et inconsistants politiciens s’amusent avec les allumettes de la démagogie et du «jusqu’auboutisme entêté». Le pays peut s’embraser du fait de leur légendaire incurie, ils n’en n’ont cure. Ceux qui vont aller braver les policiers, légitimés par leur aveuglement, doivent avant tout considérer que leurs enfants se la coulent douce aux Etats-Unis et dans de huppés pensionnats européens. Voilà notre classe politique, aréopage de professionnels qui ont fait de la Politique une juteuse rente, qui justifie à leurs yeux toutes les compromissions et tous les arrangements coupables avec la notion de patriotisme, lui préférant les ânonnements béats à la gloire de leur parti dominant, piétinant sans honte ni vergogne la punchline de leur «Nouveau Roi» qui déclamait, la dépouille de Mamadou Diop encore chaude, que la Patrie aurait sous son magistère, plus de vertus que le Parti… Pour le coup, c’est mal… parti.

Ce projet de loi sur le parrainage, d’abord découvert subrepticement, enfoui dans les dernières lignes du compte-rendu d’un Conseil de ministres, ensuite validé médiatiquement par les caisses de résonance habituelles de l’APR, étrangement défendu quotidiennement par tout un peloton de Marabouts, qui ont, descendus de leurs minarets, fait le service après-vente de la loi, forts certainement du livret explicatif de cette loi, livrée dans la mallette, pardon, le coffret, et qu’on a daigné nous expliquer seulement hier soir à la veille d’un scénario plein de dangers, avec deux ministres en mission cathodique à la RTS.




Cette loi qui provoque une flambée populaire, du fait de son inutilité, en tous cas de sa non-urgence, vaut-elle de mettre le Sénégal au bord du volcan ? On sait le président Macky Sall accrocheur, voire bagarreur, pour qui se souvient que, alors ministre de l’Intérieur, il n’avait pas hésité à défoncer un bureau de vote et à détruire une urne, pour pouvoir voter sans carte d’identité. La bagarre, il aime ça… Ses adversaires le savent bien et sont prêts à l’affrontement. Tout ça pour ça… N’a-t-il pas mieux à faire que cette guéguerre puérile de cour d’école, où l’on s’amuse parfois à celui qui a les plus gros biceps ? Il devrait penser à faire réussir son admirable et ambitieux rêve du Plan Sénégal Emergent qui n’a aucune chance d’être attractif pour des investisseurs qui ne sont pas suicidaires et qui ne vont pas miser un seul dollar dans un pays devenu instable. C’est l’heure de devenir un Homme d’Etat, et de savoir prendre des décisions courageuses et historiques, plutôt que de jouer au chef de bande, pour en sauver juste les plus opportunistes coureurs de postes et de prébendes.

Mais il convient, en dehors de savoir rejeter le piège de la violence inéluctable proposée par un clan aux abois, de réfléchir au fait que tout ce tintamarre est juste une malice pour nous faire oublier que cette histoire, qui ne concerne que les politiciens, est bien moins importante à éclaircir que la cruciale question des cartes d’identité nationale dont le non traitement médiatique nous laisserait accroire que c’est un problème réglé…

Restons vigilants… On veut nous faire prendre des vessies pour des lanternes et distraire les citoyens d’un vaste plan de fraude pour éviter un second tour… Pensez-vous que s’ils étaient véritablement concentrés sur ce grand chantier dans lequel patauge le Sénégal, ils auraient eu le temps d’organiser le sabotage d’un simple séminaire de Rewmi ? Qu’est-ce que cela sera quand ils seront en congrès ou en meeting ? Ils les bombarderont ?

Ne foutez pas le feu à notre Sénégal. Il ne vous appartient pas.

Jean Pierre Corréa

Moustapha Niasse, prenez vos responsabilités pour l’Histoire !

YERIMPOST.COM Moustapha Niasse, je suis né vous voyant parmi les principaux animateurs du pouvoir d’Etat. Vous avez toujours été là, en dépit des vicissitudes de la vie publique et des aléas de la respiration démocratique du pays. Directeur du cabinet présidentiel, ministre, ministre d’Etat, Premier ministre, président de l’Assemblée nationale… A l’exception du fauteuil présidentiel, que vous avez raté du fait de votre pedigree particulier, vous avez occupé toutes les positions dans l’appareil d’Etat. Le Sénégal vous a tout donné, a façonné votre carrière et vous a bourré de privilèges. Le monde étant petit, l’on sait que la position de pouvoir vous a enrichi et vous a permis d’enrichir vos proches.

Qu’avez-vous, en retour, rendu au Sénégal ? Vous avez été l’acteur d’un échec collectif de notre classe politique qui, de Senghor à Macky Sall, en passant par Abdou Diouf et Abdoulaye Wade, a appauvri notre peuple et sinistré les secteurs stratégiques de l’éducation, de la santé, de l’industrie, de l’agriculture…

Comme peut-être beaucoup de ceux qui ont exercé des responsabilités importantes dans notre pays depuis l’indépendance, vous n’avez, M. Niasse, encore rien fait de transcendant pour le Sénégal. Tout juste avez-vous, certes avec succès, réussi à vous bâtir une longue carrière politique en dépit des changements dans la météo démocratique.

Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire. Et vous tenez une occasion historique de rendre service aux Sénégalais. Ce 19 avril 2018 est l’un de ces jours au cours desquels se fait l’Histoire. Acteur central de cette réforme constitutionnelle controversée qui menace l’équilibre de notre pays, vous avez un rôle prépondérant à jouer. Pour une fois, oubliez votre personne, vos intérêts, votre position, votre perchoir, votre camp politique, et pensez à l’intérêt général. Refusez de rester dans l’Histoire comme le serviteur servile de coteries partisanes et d’intérêts personnels. Usez de votre position pour persuader ou, à défaut, contraindre Macky Sall de surseoir au vote de cet incendiaire projet de loi pour donner ses chances à une discussion.

Ce faisant, vous prouveriez que vous êtes ce sage de la classe politique non pas seulement de par votre position d’aîné. Et vous seriez le médiateur naturel pour dénouer cette crise qui porte un sérieux coup à la réputation démocratique de notre pays.

Si, au contraire, vous vous comportez en thuriféraire d’un camp pour faire voter une loi susceptible de brûler le Sénégal, vous sacrifierez définitivement une place d’homme d’Etat pour une position triviale d’homme politique, de politicien…

Moustapha Niasse, vous avez atteint cet âge canonique où même Dieu est indulgent à votre égard. Vous n’avez plus rien à perdre et tout à gagner. Pour égard à la dignité de votre fonction, prenez une posture qui honore la République, la démocratie, le dialogue si cher à votre défunt mentor Léopold Sédar Senghor…

Macky Sall était à peine né lorsque vous exerciez des responsabilités au plus haut niveau. Les privilèges qu’il vous a donnés ne doivent pas vous dissuader de lui tenir le langage de la vérité en ce tournant crucial. Le moment est d’autant plus propice qu’il ne courra pas le risque d’une rupture avec le président de l’Assemblée nationale que vous êtes à quelques heures du vote d’une loi si lourde de polémiques.

Moustapha Niasse, prenez vos responsabilités pour l’Histoire !

Cheikh Yérim Seck



° Top